Festif! de Baie-Saint-Paul 2026 – Jours 2 & 3 | Les bons coups
Première journée du Festif!, j’étais grognon. Pas de la faute à Baie-Saint-Paul, pas de la faute de personne. Enfin si, c’était de la faute de la patronne de ma copine, qui l’a empêchée de me suivre au festival en la faisant travailler ce week-end. Mais le Festif!, comme toujours, est au top : top au niveau de l’organisation, top au niveau des performances proposées, top au niveau de l’animation dans les rues. Alors mon côté grognon ne prendra pas le dessus : dans cet article, on ne mentionne que le positif! La crème de la crème, les tout meilleurs spectacles vus le vendredi et le samedi.
Bref, place aux bons coups. Juste les bons coups.
Les Louanges
Les douze coups de minuit ont sonné, toutes les lumières se ferment.
« Alouette, gentille alouette / Alouette, je te plumerai »
La comptine retentit dans l’obscurité du Pit à sable, où jouaient les Dead Obies il y a deux jours et les Goules la veille. À droite de la scène (ou côté cour, si vous êtes un geek), Les Louanges apparaît perché sur une pelle mécanique pour la première chanson.
De la comptine pour enfants, on passe au spleen de Roberge traduisant le ressenti d’une génération entière face au monde. « Le futur m’inquiète, à quiconque en haut, j’implore la clémence », clame-t-il sur Je confirme ma présence, cette superbe ouverture d’Alouette !, son troisième et plus récent album. « Je rêve au jour où j’aurai hâte à demain », dit-il pour conclure le morceau. Nous aussi, Vincent, nous aussi.
Les Louanges et son excellent groupe poursuivent sur Au pied de la montagne (sauvez mon âme), du même album, puis Promis juré, avant de retourner vers ses premiers amours avec Chaussée et Pitou, respectivement tirés de Crash et de La nuit est une panthère.
Entre Tercel et Ne me quitte pas des yeux, Les Louanges pose le contexte de création de son nouvel album sorti au printemps : Alouette ! est parti de questionnements identitaires qui démangeaient le principal intéressé. « Qui je suis? Qui sommes-nous? », dit-il. Un mot revenait souvent dans cette introspection, le « mot en Q ». « Le Québec! », précise-t-il, comme si nous n’avions pas compris, rappelant à quel point son nouvel album est notamment dédié aux personnes immigrantes se faisant pointer du doigt.
Qu’un artiste chante ses peines, ses amours, ses angoisses personnelles, son anxiété écologique, c’est une chose. Qu’il chante un Québec pluriel et plus inclusif que jamais dans un contexte aussi tendu que celui que nous vivons actuellement, c’en est une autre. Que l’on adhère ou pas à des paroles provocatrices comme « laisse faire la souche », il faut saluer l’audace d’un artiste qui tente de faire avancer le dialogue. Car le troisième référendum, qu’on le veuille ou non, il semble qu’on s’en rapproche. Il est dans le rétroviseur, il arrivera plus vite qu’on ne l’imagine. Vous connaissez le dicton du rétroviseur, justement : « Objects in mirror are closer than they appear. » Il faudra délier les langues d’ici les prochaines années, personne n’y échappera.
La très jolie Chez nous représente à merveille, encore une fois, la position adoptée par Vincent Roberge : « Certains cultivent leur jardin avec amour, laissent quelque chose aux prochaines pousses / Et d’autres qui se contentent de clôturer leur cour »
Les Louanges termine son set avec La journée va être chaude, puis Correct, avant un rappel notamment ponctué de La nuit est une panthère.
Trois albums, trois bangers, comme disent nos voisins anglophones. C’est un tour du chapeau, un sans-faute. Inarrêtable.
Gab Bouchard / Malaimé Soleil
Deux spectacles à 1h du matin, pendant que le Boss est déjà rentré à la maison avec ses jeunes enfants.
Red Bull dans le corps, la nuit est encore jeune. On profite de ses 23 ans comme on peut!
Et le positif d’un événement comme le Festif! de Baie-Saint Paul, c’est qu’on n’est pas obligé de faire un choix : deux spectacles? Pas de problème! On va faire moitié-moitié.
Première visite : l’incontournable Gab Bouchard, qui confirmait tout son potentiel il y a un mois en se payant une place des Festivals bondée dans le cadre des Francos de Montréal. Sur Overdose, le premier morceau de son set, la guitare est d’abord acoustique, l’artiste chante seul, avant que le reste de son « cool band » ne le rejoigne. Il poursuit sur des chansons d’Encore encore, son plus récent album, comme la pièce-titre, P’tit blues ou Dans une autre vie. On le perçoit particulièrement sur la nouvelle galette : Gab Bouchard a fait ses devoirs, il s’est parfaitement imprégné du son « classic rock » (pensez à un album comme Exile on Main St.) afin d’en ressortir sa relecture du courant. Ce n’est pas copié du tout, c’est inspiré, et surtout très personnel.
* Photo par Samuel Gaudreault.
Gab Bouchard est terriblement humble, peu bavard. Il n’enrobe pas sa musique d’artifices qui ne servent à rien.
Bouchard, c’est le talent brut. Beaucoup de talent.
Les légendaires rockeurs du Lac comme Olivier Langevin et Fred Fortin peuvent dormir sur leurs deux oreilles. La relève est plus qu’assurée.
* Photo par Samuel Gaudreault.
On regarde une demi-heure le spectacle, puis place à notre deuxième rendez-vous de la soirée : Malaimé Soleil.
Et qu’est-ce qui nous y attend? Un des publics les plus fidèles qu’il nous ait été donné de voir cette année.
Devant le quatuor de Saint-Hyacinthe, un mosh pit qui n’arrête jamais, aussi infini que la Vague à Guy.
Ça saute, encore et encore, mais surtout : ça connaît les paroles. Toutes. Les. Paroles. Chaque mot, chaque syllabe, même.
* Photo par Dominic Courchesne.
« Tabarnak, vous en avez dedans, esti », lance Francis Leclerc, qui mène le projet de Malaimé Soleil, visiblement impressionné par ce qu’il se passe devant lui.
L’album Fragile, leur deuxième, sorti cette année, est essentiellement mis de l’avant ce soir, avec des chansons comme Pissou, Tout rattraper ou Quessé.
De mon côté, la plume et les mélodies de Leclerc ne me touchent pas : mais rien que pour l’ambiance, rien que pour cette communion entre artistes et public que l’on aperçoit rarement à ce point-là, voir Malaimé Soleil en spectacle, ça semble être un must.
* Photo par Dominic Courchesne.
Luan Larobina / L-J Cormier
Le soleil tape fort, il fait chaud. Nous sommes dans la cour de Joanne. Littéralement, une gentille habitante de Baie-Saint-Paul nous prête son immense jardin pour accueillir quelques dizaines de festivaliers, mais surtout Luan Larobina, grande gagnante de la dernière édition des Francouvertes.
On se couche dans l’herbe, on sent les petits insectes grimper sur nos jambes. On entend le vent dans les feuilles, les enfants s’amuser au loin.
* Photo par Samuel Gaudreault.
À cette symphonie bien humaine se mêle évidemment les magnifiques chansons de Luan Larobina, pour lesquelles nous nous sommes déplacés. Voz de mi vida, Pointe-Saint-Pierre, J’ai déjà rêvé à toi l’été… Mine de rien, même sans avoir sorti un album en bonne et due forme, Larobina se construit déjà un beau petit catalogue.
Notamment accompagnée de cet artiste si sous-estimé qu’est Cédrik St-Onge, Larobina nous parle de sa Gaspésie natale, de son enfant intérieur et de sa double identité. Elle a tout pour franchement réussir, et on lui souhaite.
* Photo par Samuel Gaudreault.
À quelques centaines de mètres là, lors du même après-midi, se produisait l’incontournable Louis-Jean Cormier, le fameux. Que reste-t-il à écrire sur lui? Le plus grand chansonnier de sa génération? Une présence de scène magnétique? Il coche tous ces aspects.
Armé d’un joli chapeau, Cormier débute son set en formule troubadour avec Bull’s Eye, puis 138 et Même les loups versent des larmes de joie. On entend également Si tu reviens, St-Michel, Le cœur en téflon… rien que des chansons magnifiques, Louis-Jean déborde de talent, c’en est injuste à ce point!
* Photo par Dominic Courchesne.
Comme lors de son spectacle en salle Les entretoits, Cormier se permet des reprises de chansons québécoises d’anthologie, comme De la chambre au salon, d’Harmonium, mais aussi Tu m’aimes-tu, de Desjardins, qui provoque les émois.
« La relève pousse en esti. Ça fait que les vieux, on se démène un peu plus », dit-il en invitant les gens à aller écouter la jeunesse, et non seulement des « chanteurs à la barbe grisonnante », avant de poursuivre sur Tout le monde en même temps. Il quitte la scène, puis la regagne pour un rappel avec La seule question et La photo.
Un génie de la chanson, et je pèse mes mots.
- Artiste(s)
- Gab Bouchard, Les Louanges, Louis-Jean Cormier, Luan Larobina, Malaimé Soleil
- Ville(s)
- Baie-Saint-Paul
- Salle(s)
- Pit à sable Hydro-Québec en collaboration avec Solotech
- Catégorie(s)
- Alternatif, Americana, Chanson, Classic rock, Country, Folk, Indie Pop, Indie Rock, Latino, Neo soul, Pop, Québécois, Rock, Soul/R&B,
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