Festival Quartiers Danses | Le fondateur tire sa révérence la tête haute

Offrir une « proximité entre le public et les artistes pour démystifier la danse ». Voilà le pari que s’est donné Rafik Hubert Sabbagh lorsqu’il a fondé le Festival Quartiers Danses (FQD). Estimant que sa mission est réussie, le fondateur passera le flambeau après cette 24ᵉ édition afin de renouer avec un de ses premiers amours : la chorégraphie.

Attention… l’artiste est tout sauf « fatigué ». « Le petit Rafik a juste envie de faire autre chose que de courir après les sous et de diriger des employés », avoue-t-il avec humour.

Le FQD « poursuit son chemin, porté par une équipe formidable », avec la même mission de démystifier la danse contemporaine. « J’ai passé plus de 25 ans à bâtir le festival et à laisser un legs, explique-t-il. [Maintenant], je vais revenir à la création chorégraphique après 30 ans d’absence, à l’échelle nationale et internationale. » Bien qu’il garde la surprise quant à la nature exacte de ses projets futurs, il laisse la porte grande ouverte :

L’année prochaine, peut-être qu’il y aura un spectacle du chorégraphe Rafik Hubert Sabbagh au Festival Quartiers Danses. Peut-être que ce sera ailleurs, en Europe, en Chine ou au Royaume-Uni.

 

 « Coupez-moi un doigt, je veux danser ! »

« J’ai commencé la danse à l’âge de 5 ans », se rappelle-t-il. Et ce, à la suite d’un coup de foudre vécu à l’Opéra du Caire, en Égypte. « Mes parents m’avaient emmené voir Le Lac des cygnes du Ballet Kirov. Moi, tout petit, je leur disais : “coupez-moi un doigt, je veux danser !” », s’exclame Rafik, en référence au placement classique des mains en ballet, où l’index s’efface pour ne laisser voir que quatre doigts.

quartiers danses fondateur sideArrivé au Québec à l’âge de 14 ans, il se heurte d’abord à la réticence de ses parents, qui refusent de lui payer des cours par manque de moyens. « Mon père me disait : “ce n’est pas pour les garçons, c’est pour les filles” », se souvient-il. « Dans son dos, je me suis quand même inscrit à l’École supérieure de ballet du Québec. J’étais boursier. »

Depuis, Rafik Hubert Sabbagh a exploré de multiples facettes de la discipline : de danseur classique et moderne à chorégraphe, en passant par enseignant, agent de tournée et directeur de sa propre compagnie de danse-théâtre, de Montréal à New York.Royaume-Uni.

Démystifier la danse

Du 9 au 19 septembre, le FQD investira les salles de spectacle et les espaces publics montréalais en réunissant plus de 40 chorégraphes et compagnies du Québec, du Canada et de l’international.

« Je choisis des spectacles qui vont bien sûr amuser et toucher, mais surtout se rendre compréhensibles pour un large public », explique Rafik. Giselle, Le Lac des cygnes, Casse-Noisette : le ballet classique offre toujours « une histoire à suivre ». Mais selon le directeur, la danse contemporaine emploie un langage différent : « C’est comme switcher du français à l’anglais. »

Je ne veux pas que [les spectateurs] sortent d’un spectacle de danse contemporaine en se sentant idiots parce qu’ils n’ont rien compris.

Le but du FQD est de servir de « dictionnaire ». C’est pourquoi il organise des discussions « bord de scène » entre artistes et public après les représentations. À cela s’ajoute, une programmation de spectacles gratuits à ciel ouvert au cœur de la métropole. « Pour amener les gens dans les salles, il faut d’abord aller à leur rencontre dans la rue », avance Rafik.

Pour ce qui de sa programmation en salle, le FQD misera notamment sur un « Focus Asie », mettant de l’avant des artistes du Japon et de Hong Kong, encore rarement présentés sur les scènes québécoises. De grandes figures de la danse présenteront leurs œuvres, telles que Margie Gillis, Lina Cruz, Sonia Gómez, Béatrice Larrivée, Hélène Blackburn x Cai Glover, Liam Francis et Andrea Peña.

Les incontournables de Rafik

Les coups de cœur du directeur pour cette édition ? « 1+1 Miniatures de Lina Cruz », répond-il. Avec la pièce PORTRAIT, inspirée d’un poème d’Hector de Saint-Denys Garneau, la chorégraphe montréalaise d’origine colombienne explore avec délicatesse la beauté et la fragilité de l’existence. Dans RECUL, qui lui fait suite, elle évoque le droit à la différence et les réalités marginales.

« Il y a aussi une pièce solide et merveilleuse de Kyra Jean Green, [mettant en scène] huit danseurs. C’est de la danse-théâtre. Elle incorpore de l’acrobatie et de la vidéo », souligne Rafik.

Le fondateur du FQD a également hâte d’assister au nouveau solo de la chorégraphe canadienne Margie Gillis, qui célèbre la liberté, la créativité et la force des femmes par le mouvement.

Il salue la performance de Nicolas Belfleur, qui propose « une science-fiction du vivant […] un déplacement de perception où le corps devient planète, archive et instrument de navigation, et où habiter l’inconnu signifie reconfigurer les lois mêmes de l’expérience. »

« C’est un jeune chorégraphe d’ici que nous soutenons depuis ses débuts », précise le directeur sortant. Kyra Jean Green, Pauline Gervais, Charles Brécard, Morgane Le Tiec, Cai Glover, Janelle Hacault : le FQD a servi de vitrine à « plein de jeunes chorégraphes émergents qui sont maintenant à mi-carrière et qui rayonnent au Canada ou à l’étranger », conclut-t-il fièrement.

L’ultime édition du Festival Quartiers Danses sous la direction de Rafik Hubert Sabbagh se poursuit jusqu’au 19 septembre 2026 dans divers lieux à Montréal. Détails et billets par ici.

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