Rentrée 2026 de Tangente | Ce que les corps nous donnent à voir
En réaction aux spectacles présentés la saison passée, la programmation de la rentrée de Tangente nous encourage à poursuivre la réflexion sur des sujets complexes. Récit personnel, rétrospective sociale, danse documentaire, intimité voire sexualité : avancer en tant qu’être humain sur un tel chemin est exigeant et doit s’aider de plusieurs points de vue. Que ce soit sous l’angle du divertissement, de la cérébralité ou des limitations, nous aurons à poser un regard neuf sur la question de plaire, de garder son pouvoir corporel et d’exister dans un monde qui mute.
Regarder son corps, les yeux dans les yeux
Les deux premiers programmes doubles de l’automne traiteront de la mise à nu, au sens propre comme figuré. Ainsi soumis à la scène et au jugement qui peut en émaner, les artistes exposent leur corps pour faire la paix avec lui, avec ce qu’il représente et les traumas qu’il a pu subir.
Achraf El Abed a notamment choisi la danse du ventre — traditionnellement associée aux femmes — pour (re)construire son identité, fragilisée par la rupture, la maladie et l’héritage. Dans Howa walla heya d’aujourd’hui, entre masculin et féminin, il redéfinit sa gestuelle corporelle à des fins de guérison. Quant à Kaia Portner et son Capital Erotica, elle mélange la danse contemporaine, le burlesque et le mythe de la showgirl pour démolir le pouvoir que l’on attribue habituellement aux personnes qui observent l’art de l’effeuillage. Sur scène, elle ne sera pas à la merci des regards, mais dictera ses propres codes.
À surveiller du 10 au 13 septembre 2026, avec une discussion avec les artistes programmée pour la représentation du vendredi 11 septembre.
Le deuxième programme double, dans une danse plus conceptuelle, mettra de l’avant un corps résilient. D’un côté, Peng Hsu présentera un monologue surréaliste — Cucumbers, the Melancholy of a Turtle, and a Girl Otaku’s Romance — traité à la manière d’une monotonie verbale. Ce solo vise à comprendre comment ce procédé s’incarne dans le corps soumis au stress, aux désirs, aux enjeux personnels, le tout dans un contexte de crise. À travers El sentir de las superficies, le récit d’une histoire qui lui est propre, Diego Gil fera également état de l’impact de l’environnement sur le corps, en explorant son vieillissement physique, ses limites et ses réflexes intuitifs et cérébraux.
Du 8 au 11 octobre.
Ces thématiques de reprise de pouvoir et de résilience du corps trouveront un écho dans le premier LABdiff de la saison, du 31 octobre au 2 novembre : Marcus Merasty + Noel Transcendance Vezina. Entre danse en ligne queer et transformation décoloniale, l’automne sera synonyme d’affranchissement ou ne sera pas!
Refuser de fermer les yeux
La programmation de Tangente laisse une place de choix au regard : le sien sur les autres et sur soi-même. Il n’en oublie pas pour autant celui que l’on porte sur le monde, première étape d’un jugement que l’on espère salvateur.
Pour élever cette critique sur l’absence de vision écologique qui caractérise nos sociétés, le troisième programme double, présenté du 5 au 8 novembre, conjuguera les productions de Léo Hit Coupal et de Hanna Sybille Müller.
Par le prisme du break et du slam, Coupal évoquera dans Nulle Part, des thèmes personnels et universels qu’il traduira en mots dans une fable écologique. Sous le couvert d’un traitement faussement léger, ce sera un moyen déroutant et efficace de constater les déficiences de notre époque.
Dans la même veine, Müller et sa création The Choreographic Garden – Vegetal Transformation, mettront en contradiction la richesse des formes de coexistence et la perte continue de la richesse environnementale. Ce deuil très processuel est aussi une façon pour elle de travailler l’absence, celle d’une proche collaboratrice artistique disparue il y a peu.
Finalement, deux enjeux sociaux confrontants clôtureront la saison automnale avant les Fêtes. Tout d’abord Piece of Mind : Parkinson’s, mélange de danse et de cirque, qui essaiera de nous transmettre ce que vit un corps atteint de la maladie de Parkinson. Puis Regarde ailleurs de Maude Lecours et Gabrielle Marquis, rendra compte des résultats d’une médiation culturelle entre des personnes en situation d’itinérance et des enfants. La pièce qui en découle fera se côtoyer l’invisibilité des premières et l’ingénuité des secondes, toutes deux soumises à des incompréhensions et des contraintes imposées.
Ce doublé se produira du 28 novembre au 1er décembre 2026.
Le regard selon Tangente, c’est donc celui que l’on manifeste lorsque l’on décide de reprendre le pouvoir sur son corps, sa sensualité, son âge, sur les injonctions politiques, sur sa considération sociale ou sur le stress d’une époque perturbée.
Au fil de cette programmation, une pluralité de regards et d’interprétations des corps se déploie. Vous pouvez d’ores et déjà en profiter, car les billets déjà disponibles. Et donnez-vous aussi le droit de consolider ou d’agrandir vos connaissances en danse contemporaine grâce aux forfaits 2 et 3 spectacles (48 $ et 69 $) ; pour que chaque œuvre puisse inviter à ressentir et penser autrement.
Pour en savoir plus, consultez la programmation de Tangente. Détails et billets par ici.
* Cet article a été produit en collaboration avec Tangente.
- Artiste(s)
- Achraf El Abed + Kaia Portner, Léo Hit Coupal + Hanna Sybille Müller, Peng Hsu + Diego Gil, Piece of Mind Collective + Maude Lecours & Gabrielle Marquis, Tangente
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Tangente (édifice Wilder)
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,
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