Sorties scolaires culturelles, accès aux livres et théâtre : Le Front commun exige des remparts contre Québec

Le Front commun pour les arts hausse le ton contre la décision du gouvernement du Québec de regrouper plusieurs mesures dédiées à la culture et à la littératie dans une seule enveloppe budgétaire plus large. Dans un communiqué publié lundi, les représentants du milieu culturel, de l’édition et de l’éducation dénoncent une réforme administrative qui, selon eux, fragilise directement l’accès des élèves aux arts, aux livres et aux sorties culturelles.

Au cœur du litige : l’intégration des programmes La culture à l’école, Sorties scolaires en milieu culturel et Acquisition d’œuvres littéraires et d’ouvrages documentaires dans une enveloppe intitulée Projets pédagogiques particuliers, activités sportives, culturelles et sociales. Le gouvernement présente cette restructuration comme une mesure de simplification et de flexibilité administrative. Le Front commun y voit plutôt un recul majeur.

Selon les organismes signataires, cette modification retire les protections qui garantissaient jusqu’ici que les sommes consacrées à la culture servent réellement aux activités culturelles et à l’achat de livres. Les fonds pourraient désormais être redirigés vers d’autres besoins du réseau scolaire.

« On ne peut pas prétendre protéger l’accès des jeunes à la culture tout en retirant précisément les mécanismes qui permettaient de le garantir », affirme Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU et porte-parole du Front commun pour les arts.

Le regroupement des budgets inquiète particulièrement le milieu culturel parce que les activités artistiques et les achats de livres sont souvent les premières dépenses sacrifiées en période de compressions budgétaires. Les représentants du Front commun soutiennent que les anciennes mesures constituaient des leviers essentiels pour encourager les écoles à intégrer la culture dans le parcours éducatif des élèves.

Josée Beaudoin, présidente de l’Association québécoise des professeur.e.s de français, estime que cette décision risque d’affaiblir les outils déjà limités dont disposent les enseignants pour faire découvrir les arts et la littérature aux jeunes. Elle rappelle que ces programmes permettaient à des milliers d’élèves de rencontrer des artistes, d’assister à des spectacles professionnels et de fréquenter des institutions culturelles partout au Québec.

Les organismes soulignent également que, pour plusieurs enfants vivant dans des régions éloignées ou des milieux moins favorisés, ces activités représentent parfois leur seul contact avec la culture professionnelle.

Le Front commun cite aussi des données préoccupantes concernant l’accès au livre. En 2025, les achats de livres destinés aux collectivités auraient chuté de près de 12 %, ce qui représenterait environ 250 000 ouvrages de moins dans les écoles et bibliothèques scolaires.

Cette nouvelle décision gouvernementale survient quelques mois seulement après une mobilisation du milieu culturel contre d’éventuelles coupes dans les programmes culturels scolaires. Le budget du Québec avait finalement confirmé le maintien d’un financement de 119 millions de dollars sur cinq ans, un engagement alors accueilli avec soulagement.

Or, pour les organismes, le maintien des montants ne suffit pas si aucune garantie n’assure que l’argent sera bel et bien consacré à la culture. Ils parlent désormais d’une « rupture de confiance » envers le gouvernement.

Le ministère de l’Éducation a confirmé vouloir offrir davantage de « souplesse » aux centres de services scolaires afin qu’ils puissent répartir les ressources selon leurs priorités locales. Une réponse qui, loin de rassurer le Front commun, alimente ses craintes de voir l’accès à la culture varier d’un territoire à l’autre.

Hélène Hotton, directrice générale de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, estime que cette flexibilité ouvre la porte au « détournement progressif » des sommes prévues pour les livres et les sorties culturelles.

Face à la situation, le Front commun pour les arts réclame une intervention rapide de la ministre Sonia Lebel. Les organismes demandent notamment le rétablissement de protections budgétaires spécifiques pour les programmes culturels, une identification claire des montants réservés aux livres et aux activités artistiques, ainsi qu’une reddition de comptes publique permettant de vérifier l’utilisation réelle des fonds.

Le regroupement réclame aussi que chaque élève du Québec puisse continuer à bénéficier d’expériences culturelles significatives tout au long de son parcours scolaire.

Pour le Front commun, la question dépasse la simple gestion administrative. Les signataires rappellent que la culture et la littératie jouent un rôle fondamental dans le développement de la pensée critique, du rapport à la langue et de l’identité culturelle québécoise.

« La culture n’est pas un luxe », concluent les porte-paroles, qui pressent Québec de protéger concrètement ces programmes dans ses règles budgétaires plutôt que seulement dans ses discours.

Consultez aussi cet article de 2024 pour en savoir plus sur le Front commun pour les arts.

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