Festif! de Baie-Saint-Paul 2026 – Jour 2 (et un ti-peu 3) | Peut-on survivre à deux jours de Festif avec deux jeunes enfants?
Cette année, chez Sors-tu?, on teste une nouvelle formule : le jeunot Sami Rixhon explore le Festif! tel qu’on le connaît, soit intense, tard et fêtard. Mais cette année, Papa Rédac Chef débarque aussi à Baie-Saint-Paul pour enquêter sur une question essentielle : peut-on survivre au Festif! avec deux jeunes enfants?
C’est un souci commun chez tous les festivaliers/mélomanes qui ont le courage de se reproduire : à partir de quand pourrai-je emmener ma progéniture pour lui apprendre les rudiments du festival de musique commun?
À Osheaga? Non, pas t’suite.
Au Festival de Jazz ou aux Francos? Oui, selon les soirées. (Quoi que l’auteur de ces lignes a osé traîner sa jeune fille de 5 ans et demi au très très achalandé concert d’Angine de poitrine, avec un certain succès d’ailleurs!)
Mais c’est en ville. On parle d’un road trip dans un festival achalandé, une aventure, là!
Le Festif! de Baie-Saint-Paul semble être le terrain de jeu — jeu de mot volontaire — parfait pour entraîner ses ouailles. Surtout quand ils aiment déjà Baie-Saint-Paul, grâce au petit périple de pratique du printemps dernier, en marge de la finale du Cabaret Festif.
Alors tentons l’exercice, avec Fiston de deux-ans-presque-trois et Demoiselle de cinq ans.
En partant, ça prend un moyen de transport. Dans notre cas, ce sera un chariot double Thule baptisé « Le Festif Mobile » pour l’occasion.
Faut aussi avoir l’horaire lousse, parce que tous les parents de jeunes enfants le savent : les horaires, c’est très relatif.
Puis de l’eau. Et des barres tendres.
Premier test : Thierry Larose
On apprend vite dès notre arrivée sur le site vendredi matin que Thierry Larose, qui accompagnait Lou-Adriane Cassidy la veille, sera en spectacle surprise sur le parvis de l’église. À 10h le matin. Parfait, tous les fêtards qui étaient au pit de sable la veille pour Dead Obies seront encore couchés. (Dont Sami.)
Sur place, on constate que le parvis donne sur une zone famille franchement bien foutue. Dure à manquer avec le gros poulpe sur le top.
Fiston s’énerve dans le « parcours » qui était peut-être sensé être une rampe de mini-putt, mais c’est un parcours, et les enfants en testent la résistance. Y’a des jeux de poche, une table de ping-pong, des tape-culs, un parc le fun, quoi.
Thierry, lui, seul à la guitare acoustique dans les marches devant deux bonnes centaines de familles, chante Alegria, parce que Baie-Saint-Paul, j’imagine. C’est assez surréaliste.
Heureusement, il va aussi jouer son nouveau hit de l’été, Si j’avais un clou, et son classique Les amants de Pompéi, que demoiselle semble apprécier. On note au carnet : Thierry Larose, ça marche avec des enfants. Tant mieux.
Dans un élan de yolo, l’envie nous prend d’aller voir le Quai Bell, sans trop savoir ce que ça représente comme expédition pédestre. On parle d’environ 40 minutes de marche.
Heureusement, en chemin, les petites Sophie et Valérie — on les baptisées comme ça sans savoir leurs noms — ont installé un stand à limonade sur leur terrain, et vendent aussi des Mr. Freeze. Les longs là, pas les courts. Ça va en prendre deux longs pour garder les enfants dans le Festif Mobile pour le reste du chemin. Merci, Sophie et Valérie! Trois piasses bien investies.
La marche est longue, mais vraiment pas pénible. C’est beau en joualvère, Baie-Saint-Paul. On serait pas surpris d’apprendre qu’il n’y a pas de quai ni de show au bout de tout ça, et que c’était juste une ruse pour montrer le paysage aux touristes. On en serait quasiment pas fachés.
Mais y’en a un. Et arrivés au Quai, justement, la musique de Mykalle rebute un peu les jeunots. C’est space un peu, et ça prend du contexte. Pôpa trouve ça intéressant, mais l’attrait de la plage juste à côté est trop fort, on va plutôt se tremper les pieds dans l’eau vaseuse. On se reprendra pour Mykalle. Sans enfants.
Maude Audet suit, sur cette même scène, et ça semble parfaitement charmant, mais la navette est là et faut revenir au centre-ville là, sinon ça va prendre deux autres Mr. Freeze, et on va arriver en retard pour Flore Laurentienne.
Flore Laurentienne en plein air
Les habitué-es le savent : la scène Loto-Québec est une des plus belles au Québec, tout festival confondu. Le parc est joli, la scène est bordée d’arrangements de branches, c’est juste magique. Les bancs home-made sont terriblement inconfortables par contre.
Peu importe. La musique de Flore Laurentienne fera arrêter le temps, et oublier les douleurs lombaires.
On va se le dire : tous les concerts de Flore Laurentienne devraient être donnés en pleine nature.
Le compositeur, réalisateur, orchestrateur et multi-instrumentiste électro-analogique Mathieu David Gagnon est ici accompagné d’un formidable quatuor à cordes, et du percussioniste Antoine Létourneau-Berger, qui semble aussi inventif que Gagnon lui-même avec son marimba fait main et ses bidules à bouchons de liège pour tapocher frénétiquement la caisse claire, qui est recouverte de tissus lors d’une des pièces.
Fiston est parti sauter sur des billots de bois avec Maman parce que le parc le permet alors pourquoi pas. Mais du côté de Demoiselle, on sent que sa réticence initiale faisait graduellement place à une certaine ouverture. Des portes se sont ouvertes dans le coco, c’est du bon travail ça!
De la crème glacée, du funk latino, et un show surprise de Damien Robitaille
De retour plus près du centre-ville, la scène Microbrasserie Charlevoix offre un avantage sur toutes les autres : elle se trouve juuuuuste devant le Fraicheurs et saveurs, une confiserie et un comptoir à crème glacée!
Idéal pour rafraîchir les enfants, pendant qu’on regarde un spectacle… En l’occurence, vers l’heure du souper vendredi, l’excellent Adrian Quesada’s Trio Asasino, pour un peu de funk, de soul psychédélique et de sonorités latines. Quesada fait partie des Black Pumas, excellent band, et son trio tricote une musique exotique franchement charmante.
Autre spectacle surprise ensuite : Damien Robitaille! Valeur sûre pour les enfants!
Sauf que… la surprise s’est répandue un peu trop, si bien que le quartier résidentiel où se produisait Damien, en solo, était BOOOONDÉ 15 minutes avant que ça commence!
Pendant que la progéniture danse derrière, sans rien voir, au son de On est né nu et Mot de passe, le paternel se faufile comme un ambulancier dans un nightclub pour aller prendre quelques photos. La subtilité de la manoeuvre a même attiré l’attention de l’artiste, qui nous a lancé un sourire de pitié en plein milieu d’une chanson.
Sorry, Damien. On dérange un peu ton public, mais faut ce qu’il faut pour l’intérêt public (de notre lectorat)!
Si vous n’avez pas vu Damien en spectacle récemment, sachez qu’il prend le relais de Gregory Charles à titre de jukebox solo-piano qui peut jouer à peu près n’importe quelle reprise, de Blue à I’m Still Standing en passant par Seven Nation Army, Take On Me et Just a Gigolo. Le party lève, sans surprise!
Couchons les enfants… pour aller voir les momies!
C’est bon, on a officiellement BRÛLÉ les enfants, c’est le temps du dodo… question qu’on puisse vivre quelques heures en festivalier adulte libre.
Premier constat : le Festif! de soir et le Festif! de jour, c’est comme docteur Jekyll et M. Hyde!
On comprend un peu mieux la réputation du Festif comme foire de party… avec une qualité d’écoute pas toujours optimale! Le niveau d’ébriété général est assez élevé merci pour 20h30, et ça jase fort durant les spectacles. À moins d’être proche. Mais y’a tellement de monde que c’est difficile d’être proche.
Ce fut le cas pour l’enivrant concert de Fulu Miziki, troupe afrofuturiste originaire de la République démocratique du Congo que l’on décrit souvent en portant l’attention sur le fait qu’ils fabriquent leur propres instruments (et costumes) à partir de déchets. Leur nom, Fulu Miziki, signifierait d’ailleurs « musique à partir de déchets » en lingala.
Leurs percussions sonnent d’ailleurs comme une poubelle bas de gamme, rappelant vaguement le dude qui joue du baril de plastique à la sortie du Centre Bell.
Ce sera la seule critique à énoncer au sujet de Fulu Miziki, parce que pour le reste, c’est tout un spectacle!
Ils ont baptisé leur genre musical « Twerkanda », ce qui est parfaitement comique mais adéquat : c’est comme un mélange d’Afro-disco, de house et de souk moderne, avec une attitude techno-punk futuriste.
Étant donné notre arrivée tardive et la quantité de gens qui s’y trouvaient, on n’a pas pu en rapporter de bonnes photos, mais le groupe se produisait au Festival Nuits d’Afrique la semaine dernière, alors voici quelques photos non-utilisées signées Maeva Acolatsé, ça donne une idée de l’identité visuelle du groupe.
Puis, du côté du Garage du Curé, scène extérieure complètement flyée, le Festif! a réussi un coup de maître en attirant pour la toute première fois au Québec le mythique groupe de rock garage The Mummies, de San Francisco. Un quatuor de gars bandés — désolé du mauvais gag, mais les enfants sont couchés — du début des années 1990, qui revient une fois de temps en temps pour enfoncer les oreilles de son public un peu partout sur le globe.
« Ça vous a rien coûté pour venir nous voir, mais on va vous charger 40$ pour quitter! », lance le chanteur Trent Ruane, avant de maltraiter son pauvre farfisa.
Ça vieillit pas toujours bien, les bands punk…
Mais sans gaspiller la moindre seconde, les vétérans californiens enveloppés de bandelettes ont démontré qu’ils n’ont pas perdu une seule once de leur sauvagerie. Pendant quarante-cinq minutes bien tassées, ils ont craché une rafale de garage punk sale, fuzzé et délicieusement primitif, comme si les quatre dernières décennies de musique n’avaient jamais existé. Ici, pas de solos interminables ni de prouesses techniques ni de nouvelles chansons : seulement des riffs assassins, un orgue qui grésille, des amplis poussés jusqu’à l’agonie et une urgence contagieuse.
Le son est volontairement brouillon, les transitions sont à peine contrôlées et le chaos semble constamment sur le point d’engloutir le spectacle. D’ailleurs, le show va se conclure lorsque le chanteur va partir en coulisse sans dire bye avec la grosse caisse en-dessous du bras, merci bonsoir. Y’aura pas de rappel, on s’en doutait.
C’est le chaos mais c’est précisément là que réside toute la magie des Mummies. Chaque morceau frappe comme une claque su’a yeule, porté par une attitude insolente comme il se doit.
La reprise d’Uncontrollable Urge de DEVO était particulièrement explosive et appréciée! Ça fait sortir le méchant, ce qui n’est pas coutume comme parent!
Lendemain de veille
Avec la marmaille à l’hôtel et la promesse d’un réveil tôt et sans répit, on oublie le pit à sable où Les Goules ont dû mettre le feu, littéralement, et même Heavy Lungs, dont le soundcheck semblait prometteur et tonitruant. Sami s’en occupera.
Le lendemain sera davantage axé sur les activités : atelier de cirque, de tissage, un peu de plage parce que c’est beau en mautadine, Baie-Saint-Paul, et une meilleure gestion de repas.
Ah. Justement, on va se le dire : Baie-Saint-Paul aime beaucoup ses microbrasseries, et ses boissons énergétiques aux pêches, et ses kombuchas. C’est une ville de breuvage. Y’a des bars partout, et on le comprend ; un festival, ça vit avec l’argent de la bouésson.
Mais les options bouffe sont plutôt maladaptées aux familles. Ça, c’est un fait. Faut soit attendre longtemps, ou se déplacer longuement. Ça manque de camions de bouffe pour varier les choix et réduire les lignes d’attente. Probablement qu’au fil des années, l’expérience rentre, et on finit par connaître ses spots. Mais plusieurs petites familles dont c’était la première expérience nous ont partagé le même constat : t’es mieux de traîner ton pique-nique toute la journée, parce qu’on se débrouille pas au gré du vent côté offre alimentaire.
Bref. Retour au Quai Bell samedi midi pour voir à l’oeuvre l’extraordinaire pianiste et compositrice turque Busra Kayikçi, qui en était elle aussi à une première expérience au Québec.
Dans un festival où les décibels rivalisent souvent pour attirer l’attention, Büşra Kayıkçı — on va l’écrire à la turque au moins une fois pour le principe — a prouvé qu’un simple piano pouvait imposer le silence. La performance était d’une délicatesse saisissante, transformant chaque note en invitation à ralentir et à écouter autrement.
Naviguant entre le néoclassique, l’ambient et le minimalisme, Kayikçi construit des paysages sonores d’une rare élégance, presque embelli par le son du vent qui pénétrait dans son micro. Ses compositions évoluent avec une patience presque méditative, laissant respirer les silences autant que les mélodies. Loin de créer une distance avec le public, cette retenue a plutôt instauré une proximité inattendue, comme si l’assistance entière retenait son souffle pour ne pas perturber l’équilibre fragile de la musique.
Des frissons qui ont retardé l’appel inévitable vers la plage pour une deuxième journée.
On apprend ensuite qu’un spectacle surprise de P’tit Belliveau aura lieu à 16h, et la baignade nous a mené au-delà des heures de la navette, alors une petite balade de 40 minutes avec le Festif Mobile, sans Mr. Freeze, s’impose pour aller au… * regarde le lieu *… 57 rue St-Joseph. C’est une maison résidentielle.
Comme de fait, Jonah s’y trouve, sur le balcon, et le quartier est pris d’assaut.
P’tit Belliveau nous interprète quelques nouvelles chansons de son nouvel album à venir, mais aussi, surtout, les classiques Les Bateaux dans la Baie, et Mon drapeau Acadjonne vens d’Taiwan, des hits dans la maisonnée.
Ça fait pas mal de beaux moments à vivre, et de souvenirs impérissables à intégrer dans les esprits de nos futurs mélomanes.
Alors à la question : peut-on survivre à deux jours de Festif! avec deux jeunes enfants?
La réponse est : certainement, oui. C’est pas de tout repos, ça prend une certaine préparation, mais le terrain comporte plein de belles idées créatives, et les spectacles sont si variés qu’on y trouve forcément son compte.
Malgré l’ampleur qu’a pris le Festif au fil des ans, et l’achalandage de la ville, c’est sans doute le meilleur pont entre un petit festival modeste de région, et un événement majeur avec bain de foule, qui marque les esprits de façon durable.
Apportez les maillots de bain, beaucoup de collations et de crème solaire, laissez faire les horaires stricts, et ça se passe plutôt bien!
Pour un compte-rendu plus détaillé et rock’n’roll du Festif!, ne manquez pas les aventures du jeune collègue Sami Rixhon, qui emprunte un horaire, disons, légèrement différent de celui-ci!
Photos en vrac
The Mummies
Flore Laurentienne
Adrian Quesada’s Trio Asesino
- Artiste(s)
- Adrian Quesada’s Trio Asesino, Busra Kayikçi, Damien Robitaille, Flore Laurentienne, FULU MIZIKI KOLEKTIV, Maude Audet, Mykalle, P'tit Belliveau, The Mummies, Thierry Larose
- Ville(s)
- Baie-Saint-Paul
- Salle(s)
- Festif! de Baie St-Paul
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