FME 2026 | Compte-rendu de nos coups de cœur de cette 24e édition
L’année dernière, une collègue rapportait sur Sors-tu? qu’on l’avait avertie : « Attention, c’est addictif ! ». L’auteure de ces lignes en est à sa 5e édition et confirme qu’en effet, venir une fois au FME, c’est risquer de vouloir y revenir à répétition!
À la question « Qu’est-ce que vous aimez du FME ? » posée par une des personnes chargées de sonder le public sur leurs habitudes festivalières, je répondais : « Pendant quatre jours, on fait partie d’une communauté de mélomanes et de curieux, autour d’une diversité de genres musicaux sans pareille ».
* Photo par William B. Daigle.
Autant dire une orgie de propositions : plus de 90 artistes et groupes folk, country, pop, rap, heavy metal, post-punk et expérimental se sont produits au cours de ces quatre jours.
Comme on l’écrivait au lendemain de la soirée d’ouverture : « Le véritable défi au FME n’est pas de trouver quoi voir, mais d’accepter qu’il sera impossible de tout voir. » Pour ma part, malgré des journées bien remplies et exténuantes, j’ai vu (que) 27 performances. Autant dire que j’ai manqué les deux tiers des propositions du festival.
Voici donc, en ce lendemain de festival, une sélection très personnelle de ce qui résonne encore en moi.
L’envoutante Mykalle
Si l’on se fie aux commentaires entendus dans la salle, plusieurs curieux venus la découvrir ont été conquis par l’univers de Mykalle Bielinski, passionnée de musique liturgique et de chants anciens qu’elle marie à une électro-pop expérimentale.
Accompagnée du multi-instrumentiste Blaise Borboën-Léonard, elle est venue présenter des pièces de son album Da Pacem ainsi que quelques nouveautés, dont Unità. Reflet parfait de sa démarche, cette pièce superpose sa voix de formation classique à des nappes de synthétiseurs et des rythmiques électro.
Une prestation envoûtante et lumineuse qui aura offert l’un des moments les plus immersifs du festival.
Le plaisir contagieux de Muhoza & Carson
Depuis leur victoire aux Francouvertes en 2025, le rappeur montréalais Déric Muhoza Eloundou et sa bande répandent un plaisir contagieux.
Accompagné au chant par Carson, dont le registre s’inscrit davantage dans la soul, le duo nous propose avec ses musiciens un hip-hop jazzé et lumineux qui enchante chaque salle où il passe.
Bien qu’il soit le leader du groupe, Muhoza n’hésite jamais à s’éclipser pour braquer la lumière sur ses complices : le saxophoniste Noah Tremblay-Mimouni, la guitariste Bianka Pierre, le bassiste Émile Rivest, la choriste Inès Talbi et les autres musiciens.
Alors que le groupe vient tout juste de sortir l’album Prends soin de toi, les spectacles de Muhoza & Carson s’imposent comme l’antidote parfait au marasme ambiant et au repli sur soi : à consommer sans modération.
Pierre Kwenders et son nouvel album
Une particularité très appréciée du FME réside dans ses spectacles surprises, annoncés seulement une heure à l’avance et offerts gratuitement aux quatre coins de la ville. Alors qu’il s’agit souvent d’artistes déjà programmés qui se produisent une deuxième fois, au grand bonheur de ceux et celles qui les avaient manqués, d’autres prestations sont de véritables surprises. Ce fut le cas de celle de Pierre Kwenders, auteur-compositeur montréalais mêlant rumba, électro, hip-hop et afrobeat.
Absent de la programmation officielle, l’artiste est venu casser les pièces de son prochain album dans la cour du défunt Cabaret de la Dernière Chance, accompagné d’un tout nouveau groupe.
Si l’enthousiasme de la foule éclipsée de la scène principale est un indicateur de la réception de son futur opus, le succès risque fort d’être au rendez-vous. Notamment avec les titres I Wanna Know et Clair de lune qui, si l’on a bien saisi leurs noms au passage, ont instantanément conquis les festivaliers.
S’élever et manquer d’air avec Marie Céleste
On s’est élevés, on a manqué d’air, mais pas d’oxygène avec Marie Céleste. Offrant une prestation gratuite en fin d’après-midi dans une salle chauffée à bloc par la foule venue remplir le local de l’Ordre loyal des Moose de Rouyn-Noranda, on a pu constater que la bande originaire d’Alma compte déjà de nombreux admirateurs passionnés.
Marie Céleste y a présenté les morceaux de son premier album, Tout ce qui brille. Au chant, Philippe Plourde se montre solennel et réconfortant, tandis que Simon Duchesne, qui est aussi humoriste, se révèle éclaté et aérien.
Entourés de leurs musiciens, ils ont offert une performance dynamique oscillant entre le rock alternatif aux accents de progressif québécois des années 70 et l’électro-pop.
On pari que dans quelques années, ceux et celles qui s’étaient entassés dans ce lieu improvisé en salle de spectacle pourront fièrement dire « j’y étais ».
S’amuser et expérimenter avec Mek’Dr’Dr
Originaire de la scène émergente, le duo bruxellois Mek’Dr’Dr a marqué les esprits au FME en offrant pas moins de deux prestations. Formé de Mien Heyvaert à la basse et de Sara De Wit à la percussion, le tandem a conquis le public grâce à ses harmonies vocales, sa fougue contagieuse et le charme résolument comique d’Heyvaert.
Leur proposition pop audacieuse et expérimentale se révèle aussi ludique que rafraîchissante. Un duo théâtral et inventif qu’on surveillera de près. En attendant leur retour, vous pouvez aller écouter leur microalbum No Safer Place than a Toilet Seat.
* Photo par William B. Daigle.
Truck Violence : furie noise et libératrice
Manqué la veille lors d’une prestation de début de soirée, on s’est bien assurés de ne pas les rater lors de leur passage surprise dans le stationnement de la légendaire poutinerie Chez Morasse.
Le guitariste Paul Lecours et le chanteur Karsyn Henderson ont quitté en 2021 les prairies de l’Alberta pour venir s’installer à Montréal. Leurs origines expliquent en grande partie des textes qui hurlent les réalités amères de la vie rurale.
La formation a ainsi déployé sa furie noise et post-punk, menée par un Henderson fascinant et incandescent. Il y a quelque chose de profondément libérateur dans la posture de ce chanteur : il prend d’abord des allures de preacher hallucinant avant d’exploser soudainement dans d’intenses chants de gorge métal. C’est assurément une proposition niche, mais qui a tout ce qu’il faut pour conquérir du terrain, tant son intensité est sincère et incarnée.
La Sécurité : aussi efficace en live qu’en album
On l’attendait de pied ferme, cette prestation de La Sécurité ! Après avoir été conquis par leurs deux premiers albums, Stay Safe! et Bingo!, l’impatience de les voir enfin sur scène était grande.
Le quintette montréalais n’a pas déçu. Leur manière de bâtir des pièces percutantes à partir de motifs simples, souvent autour d’un groove de basse, pour ensuite les faire exploser se transpose efficacement sur scène. On a été totalement enchantés par leur art-punk dansant, incisif et désinvolte.
100 ans de Rouyn-Noranda : la parenthèse gourmande et loufoque de l’Érablemix
Pour nous, le festival s’est conclu par une performance aussi inusitée qu’agréable en bouche. Dans le cadre des célébrations du centenaire de Rouyn-Noranda, le FME avait en effet programmé le spectacle Érablemix.
Original et multidisciplinaire, cet événement mettait en scène des chefs de différentes origines venus revendiquer en humour la paternité du sirop d’érable. Après les plaidoyers farfelus d’un personnage représentant chaque pays, des DJ prenaient le relais pour divertir musicalement le site pendant que les cuisiniers préparaient un plat inspiré de ce nectar bien de chez nous.
* Photo par William B. Daigle.
Au grand plaisir des Rouyn-Norandais comme des visiteurs montréalais, chaque démonstration se terminait par une dégustation. Une dose de créativité bienvenue pour clore le festival en beauté, avant de revenir — qui sait ? — pour la 25ᵉ édition.
- Artiste(s)
- La Sécurité, Marie Céleste, Mek’Dr’Dr, Muhoza & Carson, Mykalle, Pierre Kwenders, Truck Violence
- Ville(s)
- Rouyn-Noranda
Événements à venir
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