«Humour Climatisé» au Lion d’Or | On célèbre la grande finale!
Le public du Cabaret Lion d’Or s’est beaucoup amusé, vendredi soir dernier, alors qu’un groupe formé de neuf humoristes de la relève célébrait l’aboutissement de leur processus de rodage hebdomadaire au Bar Chez Roger cet été, avec le projet collectif Humour climatisé, consacré au stand up classique. Notre collaborateur Denis Bergeron était sur place et résume les moments hilarants du spectacle, sans dévoiler les punchs! On réserve ça aux humoristes, ils ont travaillé si fort pendant tout l’été. Denis en a été témoin, lui qui assistait régulièrement aux rodages et vivait en direct l’évolution (ou la mort) de certains numéros.
L’équipe avait confié l’animation de la première partie du spectacle à Lauriane Lalonde, toujours aussi confiante et solide sur scène. Son sondage non scientifique a révélé que plusieurs spectateurs n’avaient jamais assisté aux soirée d’humour au bar de la rue Beaubien. Se limitant à un court exercice de crowd working, elle a ensuite partagé sa récente expérience avec son nouveau médecin de famille et ses consignes visant la prescription et l’usage de certains médicaments ; un grand coup de chapeau à l’humoriste, qui a eu l’audace de repousser ce gag dans ses plus derniers retranchements. Plus tard, elle s’est un peu moquée d’elle-même à propos de ses choix vestimentaires ; encore là, c’était très réussi.
Lauriane a ensuite cédé le micro à Gabriel Ouellette, un humoriste originaire de l’Outaouais et aussi co-animateur de L’agonie du podcast avec son ami Samuel Flynn. Et dans son cas, on a détecté une impressionnante évolution, sur un aspect préoccupant à propos duquel nous avions échangé ensemble cet été ; les blasphèmes pour combler les vides. Félicitations Gab, c’est maintenant derrière toi ! Visiblement heureux de se retrouver sur les planches du Lion d’Or, devant une salle pratiquement comble, il a assuré grâce à ses talents d’improvisateur et ses punchs efficaces. Parfois, c’était littéralement « Paf, Paf, Paf !» : on avait à peine le temps de se remettre du gag précédent. Le passage où il a abordé ses scénarios d’hypervigilance et ses craintes de mourir a totalement atteint la cible.
Puis, la très énergique Élizabeth Grondin, partenaire de tournée de Lauriane Lalonde (Les chiennes à Jacques sur la route), est arrivée sous les projecteurs. Douée d’une fibre comique exceptionnelle, jumelée à son jeu physique naturel et désinvolte, l’humoriste de 26 ans n’avait peut-être pas opté pour son numéro le plus original selon nous, pour avoir entendu son matériel au Terminal Comédie Club récemment. Néanmoins, l’agilité et la précision de son écriture ont contribué à rendre le sujet des troubles de connexions en ligne drôle et rassembleur, puisque c’est une réalité qui nous rattrape presque tous au quotidien. Elle demeure parmi les meilleurs-es de cette soirée.
Yasmina Léveillé s’est amenée sur scène avec assurance et sans tomber dans l’excès et la revendication, elle a commenté avec doigté et sarcasme certains comportements masculins encore douteux en 2026. Sa remise en question des idéologies de la gauche nous a conduit vers le parfait exemple d’un prévisible échec du socialisme : les histoires d’horreur des usagers de Communauto. C’était drôle et intelligent, avec une toute petite dose de vulgarité, glissée juste au bon moment. Au fil du temps, on a remarqué qu’elle accorde le temps au public pour rire et réfléchir au second degré de certaines blagues, elle ne presse rien ; une formule gagnante qui lui va très bien.
Félix Gravelle n’a jamais cessé de nous étonner depuis ses performances de juillet dernier. Son autodérision et sa vulnérabilité, totalement assumés, sont définitivement des atouts majeurs dans la plupart de ses numéros, inspirés de ses propres expériences. Avec un calme désarmant, créant volontairement le malaise, Félix s’est donc confié à propos de son intimité et de ses choix sexuels en fonction de ses chances de succès, en empruntant des punchs imprévisibles, frôlant parfois l’absurde, des revirements songés et une livraison juste assez bien calculée pour se mériter des applaudissements bien sentis. S’il s’entoure bien dans les prochaines années, il pourrait faire sa place à sa façon, dans ce milieu de plus en plus compétitif.
Bien que nous étions un vendredi soir, l’entracte nous a paru un peu long, au risque de briser le tempo de la soirée. Samuel Flynn s’est toutefois assuré de reprendre les rênes de l’animation de la seconde partie avec brio, un rôle avec lequel il est habile et familier puisqu’il a animé Les minis shows d’Hochelag sur la rue Ontario pendant tout l’été. Il en a profité pour parler des singularités de Saint-Lin-Laurentides, son ancien patelin, avant de raconter sa première expérience culinaire en solo pendant son adolescence, à la résidence familiale… ses parents étaient si fiers de lui !
Thomas Lapointe, responsable de l’animation régulière des soirées d’humour au Bar Chez Roger (de retour cet automne), s’est ouvert à propos de sa nouvelle réalité de vie à deux et de leurs fuseaux horaires, souvent opposés. Alors que son amoureuse exerce une profession essentielle et respectée, Thomas se questionnait à savoir à quel moment il parviendrait à quitter son statut « d’humoriste de la relève », bien qu’il y trouve encore certains avantages. En présence d’un public relativement jeune, ses préoccupations légitimes à propos du moment où les jeunes couples de la génération Z pourront enfin rêver de fonder une famille, en ont fait rire (ou pleurer) plusieurs. L’extrait concernant la confusion entre l’apparence de certaines ethnies était hilarant, on ne l’avait pas vu venir !
La pétillante Rosalie Lacroix a succédé au Néo-Brunswickois, avec son sourire contagieux et quelques mouvements de danse sympathiques. On doit avouer qu’à force d’assister à ses numéros, il devient de plus en plus difficile de statuer si Rosalie est davantage une conteuse qu’une humoriste, en tout respect pour son talent. Loquace, sensible et articulée, ses propos témoignant de son expérience comme formatrice dans un camp de jour relevaient plus de l’anecdote que des procédés connus et enseignés en humour. Et en s’écartant de son texte (elle a elle-même reconnu avoir «chi… son pacing»), malheureusement pour elle, certaines blagues sont tombées à plat.
Avec son look d’ancien président de classe au secondaire, Alexis Fortin est venu clore cette soirée avec aplomb. L’humoriste de 26 ans, qui se définit comme « un gars content », considérait que les jeunes dans la vingtaine ont beaucoup trop de cases à cocher à cette étape de leur vie. Il s’est plu à décrire les réactions sans filtres des enfants et le risque d’être lui-même cancel, si sa petite voix intérieure le trahissait un jour. Excellente proposition, vers la fin de son numéro, de se moquer des échanges trop peu musclés entre nos députés à l’Assemblée nationale. Il sera un autre à surveiller de près.
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Cabaret Lion d'Or
- Catégorie(s)
- Francophone, Humour, Québécois,
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