24 poses

24 poses (portraits) au Théâtre Jean Duceppe | La pellicule de la vie

La pièce comico-tragique de Serge Boucher revient sur scène, 27 ans après sa création. Un texte fin et profond sur une journée estivale familiale presque parfaite, entre rigolades et confidences solennelles, qui n’a pris aucune ride.

En prélude à la première médiatique, les codirecteurs artistiques nous rappellent à l’époque en avertissant le public que certains artistes fumeront la cigarette durant la performance d’une durée d’une heure 59, et ce de leur plein gré. Tant de précisions vite oubliées lorsque s’ouvre le rideau.

La joute discursive est lancée entre les personnages. Le couple Claire et Denis (Guylaine Tremblay et Martin Drainville) mène le bal théâtral. Leur incarnation des parents bienveillants québécois retraités baignant dans une certaine lassitude est remarquable. Ils sont les remontants moraux de la fratrie.

24poses cr dannytaillon 7518* Photo par Danny Taillon.

On célèbre chez Nicole et Richard à Charlesbourg, une banlieue de Québec, le 40e anniversaire de ce dernier. Le plus jeune, François, vient de Montréal et vit son homosexualité dans l’ombre, douloureusement. Puis il y a Roger, le frère de la rieuse Claire, qui a tout perdu et squatte en survivant chez le couple. La vie n’est pas rose, mais mieux vaut en rire pour l’instant.

Le décor principal minimaliste se compose d’un mobilier extérieur on ne peut plus familier. Chaise longue, piscine servant de bassin de rafraîchissement pour les boissons, table de jardin avec ses chaises assorties. Et une fameuse tondeuse rouge flambant neuve qui procure une telle fierté pour Richard, lui qui tire de la patte, si loin de l’opulence.

24poses cr dannytaillon 27126* Photo par Danny Taillon.

La mise en scène d’Édith Patenaude se prolonge par des tableaux de vie comme des cadres surplombant la scène dans lesquels on voit chaque personnage dans sa solitude, son mal de vivre. La journée se déroule bien puis moment de bascule : la mort de la comédienne Marie-Soleil Tougas en 1997 dans un écrasement aérien. Finie la partie de plaisirs. La pétillante jeune femme s’en est allée. Et le malheur semble s’immiscer fatalement dans la joyeuse famille. Un drame ne survient jamais seul. La chute sera terrible.

L’œuvre dramaturgique 24 poses (portrait) contient toute la puissance et la dérision de la culture québécoise des Gratien Gélinas, Michel Tremblay et autres. Une histoire d’humour et d’amour qui oscille sur le fil mince de l’existence, de ses maux, des coups durs. Une ode au tissu familial fragile qui lie, dont on hérite sans l’avoir choisi. L’affection et la tendresse d’une mère débordante de vie, rempart pour les affligés, le père alcoolique, le frère dépressif, la fille hyperactive. Le jeu de Guylaine Tremblay démontre sa générosité de tout donner, son génie féminin de passer d’un registre comique à l’effondrement en une fraction d’émotion.

C’est jusqu’au 4 octobre 2026 chez Duceppe. Détails et billets par ici.

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