JOAT 2026 | CHŌRA à la SAT : Improvisation 360 sur mince fil dansant

Il s’agissait de la première d’un projet multidisciplinaire offert aux amateurs de danse urbaine. Captive dans un vertigineux dôme à la Société des arts technologiques, l’immersion express haute en voltiges et effets multimédias en continu reflétait un futur froid, étourdissant, sans grandes prouesses de pas. Tiède sensation pour un art dansant aux effluves de sueurs des rues.

Expérimental, CHŌRA est annoncé comme un moment phare de la 10e édition du JOAT Festival international de street dance. Une forme de langage en soi. Ses qualificatifs : « Danse, son et art numérique ». Côté son et numérique, on y a droit à foison. Et presque à en buzzer tellement l’expérience tourne dans tous les sens, happant le public du plafond de la salle au sol, créant un effet de réceptacle complet. Nul ne peut s’échapper. Confort assuré pour chaque spectateur posé sur son pouf, la tête soutenue. Divisé en actes, la performance est de son temps, campé dans l’univers hyper-digitalisé, avec l’usage abondant du téléphone intelligent.

Trois protagonistes – PAX, chorégraphe, interprète et commissaire, Lunice, artiste sonore et Neurotypique, créateur audiovisuel technologue, forment le noyau dur. Et la participation improvisée d’un narrateur diffusant de l’encens Palo Santo à l’acte 3 du Rebirth dont on s’interroge sur la pertinence. Mais avant d’en arriver à ce moment de renaissance zen invitant à s’interrompre et respirer profondément, pendant que la danseuse se remet des deux actes précédents – projection et dissolution – lors desquels elle fut notamment éventrée par une douloureuse bande de tissu sanguinolente, il y a quelques longueurs voire langueurs.

L’acte dansant laisse à désirer, un peu trop lent et en apesanteur pour être urbain. À moins de danser sur l’astre lunaire ! Le talent de PAX semble retenu dans un étau. Une chorégraphie qui se perd, se consume dans les effets d’ombre recherchés et le cadre limitatif d’un appareil Android. La technologie l’emporte-t-elle sur l’acte artistique ? La joute livrée entre ses deux pôles n’aboutit pas à une réponse franche.

Porté par des beats entraînants proches du rave, et quelques moments de légèreté à travers les images et les messages véhiculés, CHŌRA ouvre à l’abandon des sens. Une ode ultra-moderne de l’amitié interdisciplinaire. Mais sans fil conducteur, ni éclats de breakdance à couper le souffle. Peut-être un essai sur la contemplation d’un monde virtuel devenant inaccessible ?

Vos commentaires