Rush au Centre Bell | Triomphal
Le spectacle-retour Fifty Something de Rush était peut-être l’événement musical le plus attendu de 2026. Geddy Lee et Alex Lifeson avaient souvent répété que Rush ne pouvait pas exister sans Neil Peart, décédé en 2020. Et on était d’accord : qui sur Terre serait en mesure de jouer ces passes impossibles et ces rythmes complexes, avec une précision chirurgicale? Le simple fait d’y penser relevait du blasphème! Mais la dernière tournée du trio avait laissé Alex et Geddy sur leur faim. Ils auraient voulu prolonger cette ultime tournée. Mais Neil était trop exigeant envers lui-même. Un spectacle de Rush, disait-il, équivalait à courir un marathon et à résoudre des problèmes mathématiques complexes en même temps. Pour lui, le temps était venu de remiser ses baguettes.
Mais les deux meilleurs amis s’ennuyaient de la scène, de jouer la musique qu’ils avaient créée au cours d’un demi-siècle. Avec l’accord de la famille de leur collègue et ami disparu, ils ont pris la décision de reprendre la route. Dans le monde de la musique, il s’agissait d’une bombe, rien de moins! Et Montréal avait la chance de recevoir le groupe à deux reprises, ces mercredi et vendredi au Centre Bell.
Une joie contagieuse
Lifeson et Lee, tous deux 73 ans, paraissent en très grande forme, Lifeson démontrant son humour de toujours, affichant des expressions faciales ridicules pendant ses solos, échangeant des sourires complices avec son vieil ami. Le guitariste semble apprécier chaque instant, jouant souvent les yeux fermés, emporté par ses mélodies. Côté cour, le bassiste et chanteur Geddy Lee danse et saute sur un pied en malmenant les cordes de ses innombrables basses. On ne peut passer à côté de la voix du Torontois : Lee a pris des cours de chant en vue de cette tournée. Résultat? Il chante mieux que lors des dernières tournées, tant dans les aigues que dans les graves. Impressionnant.
Hommage à Neil Peart
La tournée Fifty Something se veut aussi un hommage au défunt batteur et parolier. L’écran géant projette des extraits d’entrevues du batteur, où il explique sa philosophie de vie et détaille le respect qu’il voue à son art. Quel beau clin d’œil aussi de voir, pendant Time Stand Still, cette animation d’une moto qui roule, seule, sans conducteur vers l’horizon. Un ghost rider – titre du livre que le batteur avait écrit après son voyage en moto afin de trouver un sens à sa vie après avoir perdu sa fille et sa femme en l’espace de 10 mois. Le grand batteur nerd est en quelque sorte présent tout au long de la soirée. Touchant. Réussi.
Anika Nilles à la hauteur – et même plus
Abordons l’éléphant dans la pièce : oui, la batteuse choisie pour remplacer l’irremplaçable est à la hauteur. Oui, son jeu est différent de celui du professor. Elle ajoute sa propre touche ici et là, mais toute la puissance nécessaire est bien présente et les quelque 30 000 spectateurs présents aux deux spectacles donnent leur sceau d’approbation à coups d’ovations et d’applaudissements nourris quand l’Allemande réussit à la perfection certains moments-clés attendus, comme le court solo dans Headlong Flight ou celui pendant Tom Sawyer et ses nombreux triplés puissants.
Être chaudement applaudie par des milliers d’« air drummers » qui connaissent cette musique par cœur, c’est tout un exploit. Et de mémoire, on ne se rappelle pas avoir vu autant de filles et de femmes à un concert de Rush; ça aussi, c’est un exploit en soi! Pour cette tournée, Geddy Lee s’est payé le luxe d’un claviériste en Loren Gold (The Who, Chicago…). Bien évidemment, il reste dans l’ombre de la batteuse, mais sa présence se fait sentir avec ses claviers, mais aussi lorsqu’il appuie Lee aux chœurs.
Une scène colorée, imposante et explosive
Rush a toujours eu la réputation de présenter une scénographie hors pair et des éclairages magnifiques, et ce qu’on voit ici ne fait pas exception : lasers, pyrotechnie, vidéos d’archives, dessins animés et images créées avec l’intelligence artificielle en donnent plein la vue. On retient entre autres la projection d’une Red Barchetta et les musiciens qui jouent à l’intérieur de la calandre de la voiture pendant la performance de la pièce du même nom.
Deux spectacles : 45 chansons, 5 heures de musique
Puisant dans le répertoire complet du groupe, de Working Man (Rush) de la courte époque de John Rutsey à Headlong Flight (Clockwork Angels), le dernier album studio paru en 2012, les fans sont comblés. Deux spectacles somme toute différents. Quelques surprises et quelques bijoux : l’épique La Villa Strangiato, présentée les deux soirs. Que dire de la foule qui chante les mélodies instrumentales! On note aussi A Passage To Bangkok, Anthem, The Garden By-Tor & The Snow Dog, 2112 (les deux soirs) et l’intégrale de Moving Pictures en début de rappel vendredi. Comme il l’a souvent fait par le passé, Geddy semble fier de dire que cet album colossal avait été créé et enregistré à Morin Heights, au défunt Le Studio.
On sort du Centre Bell en se demandant si nos attentes, qui avaient été élevées, ont été dépassées. Et on se dit, comme en 2015, qu’on vient d’assister au tout dernier tour de piste de Rush. Mais en 2015, on s’était trompés. Heureusement. Et si c’était vraiment bel et bien terminé cette fois-ci? On ne peut espérer une plus belle révérence.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Rush
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Centre Bell
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Classic rock, Hard rock, Progressif, Rock,
Événements à venir
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