The Brokes au Théâtre Fairmount | « Too broke to Stroke? Try… The Brokes »
20 ans après leur dernier passage à Montréal, les légendaires The Strokes nous boudent encore et ne passeront pas en ville pour la tournée faisant la promotion de leur prochain album à venir, Reality Awaits. Pas grave, on va se rabattre sur leur homologue torontois : The Brokes.
Dans la salle, il est bien possible qu’une bonne moitié des personnes présentes n’aient pas les moyens de payer 300$ pour assister au vrai spectacle, et accessoirement, assister à la performance d’un Julian Casablancas désabusé, oubliant une phrase sur quatre et faisant semblant d’apprécier encore les autres musiciens de son groupe. D’où le nom de ce projet hommage canadien : The Brokes, car tu es trop « broke pour aller voir The Strokes ».
Le groupe accède à la scène vers 20h30 et débute son set sur Bad Decisions, de l’excellent The New Abnormal, puis enchaîne sur The Way It Is, du deuxième. Et comme The Strokes tournent très essentiellement autour de leur chanteur, ce soir, au Fairmount, tous les regards sont évidemment rivés sur Marlon Chaplin, au micro. Et il se débrouille bien, le jeune Torontois. Très, très bien, même. Chaplin sonne ex-a-cte-ment comme Julian Casablancas, c’en est presque effrayant. « Je préfère voir ça que voir les vrais au Centre Bell », j’entends à côté de moi après quelques minutes de spectacle : je vous jure!
L’exercice du groupe de reprises est périlleux, c’est souvent un piège : en reprenant les morceaux de formations légendaires menées par des frontmen à forte personnalité, il est facile de finir par penser que l’on est Mick Jagger, que l’on est Freddie Mercury, Elvis ou Robert Plant. Et parfois, ça en devient… gênant. Mais du côté de The Brokes, Marlon Chaplin nous rappelle énormément Julian (il arbore même son petit gant caractéristique, ainsi que ses larges lunettes de ski lui donnant cet air si bête!), mais il s’en éloigne assez pour ne pas trop l’incarner et terminer avec un trouble de la personnalité. Bel équilibre.
Quelques lignes sur Chaplin, mais le reste du groupe est extrêmement bien rôdé ensemble et convaincant lui aussi, que ce soit Brando Wall et Adrian Traub-Rees aux guitares (Albert Hammond Jr. et Nick Valensi), Dan Bedard à la basse (Nikolai Fraiture) ou Graham Dickie (Fabrizio Moretti) à la batterie, avec ce petit son sec qu’on associe tant aux Strokes.
On ferme les yeux, et on jurerait entendre ces jeunes vingtenaires new-yorkais fougueux au Mercury Lounge, dans le Lower East Side, au tournant des années 2000, alors que le rock s’apprêtait bientôt à rendre presque complètement l’âme : la veille de l’ère musicale la plus triste.
The Brokes en profite pour jouer une « nouvelle chanson » (une première, car le groupe s’est formé près de trois ans après la sortie de The New Abnormal) en présentant Going Shopping juste après 12:51 : c’est très bien rendu, Chaplin maîtrise tout autant le Julian autotuné que le Julian des débuts, mais qu’est-ce que la chanson est mauvaise. Et au vu du deuxième single que The Strokes a sorti cette semaine (pas joué ce soir, Hallelujah!), on s’approche de l’accueil le plus tiède jamais reçu pour un album des New-Yorkais, malheureusement. Lâche l’autotune pour de bon, Julian, laisse croupir ça dans The Voidz, pitié.
En plein milieu du premier set, la foule lance des « olé olé » si caractéristiques à Montréal lorsqu’un membre du public apprend que les Canadiens ont repris l’avance sur les Sabres de Buffalo. « Go Habs Go », dit Marlon Chaplin face à ce qu’il voit devant. « Why wouldn’t I say that, at this point », alors que The Brokes sont originaires de Toronto, repaire des feuilles d’érable qui n’ont pas goûté à la Coupe depuis 60 ans. On ne sent pas Chaplin très honnête, mais ça se comprend : c’est comme si, moi, bon Standardman, je souhaitais aux Mauves de Bruxelles du succès. Jamais, plutôt mourir!
Le deuxième set des Brokes est entièrement consacré aux pièces d’Is This It en ordre, l’indémodable classique qui secouait la planète et créait un intérêt global pour le rock pour la dernière fois. Il fête cette année ses 25 ans… eh oui, chers milléniaux, vous n’êtes plus si jeunes! De l’introduction de batterie d’Is This It aux riffs secs de The Modern Age, en passant par l’animosité de Take It or Leave It ou le rythme contagieux de Last Nite : tout y est, c’est reproduit à la perfection sur scène. Note pour note, mot pour mot.
En regardant autour, on remarque qu’une bonne partie du public doit avoir en dessous de 25 ans, et qu’elle n’a pas vécu une once du phénomène des Strokes en direct : assister à un concert des Brokes, ce n’est évidemment pas aussi authentique que l’expérience originale, mais ça s’en rapproche, et ce n’est franchement pas très cher.
Que vous connaissiez bien The Strokes ou très peu, The Brokes est un superbe trip nostalgique comme une excellente porte d’entrée vers l’un des plus grands groupes de rock du 21e siècle.
C’est vivement recommandé.
- Artiste(s)
- The Brokes, The Strokes
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Fairmount
- Catégorie(s)
- Garage rock, Hommage, Punk, Rock,
Événements à venir
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