FTA 2026 | Bardaje de Lukas Avendaño : Élévations d’un feu de Mezcal
Les termes danse et performance sont bien futiles pour définir la manifestation mystique s’emparant de tout l’être et l’âme de Lukas Avedaño dans sa transe « Bardaje ». L’artiste se consume par les pores de sa peau, sa mémoire agitée par des forces intérieures le chavirant. L’expression éclair sidérante d’une culture mexicaine de plus de deux mille ans, restituée dans l’espace divin de la Chapelle de la Cité-des-Hospitalières.
Vivre en si peu de temps une expérience aussi déroutante, hautement poétique, sur la survie culturelle à bout de souffle. Voilà bien un coup de génie du FTA que cette association scénique dans un lieu de culte historique de Montréal. Pour camper les 40 minutes du récit Bardaje – un solo incarné par l’artiste performeur et anthropologue Lukas Avedaño à l’origine des traditions zapotèques de la région australe de Oaxaca – l’environnement se devait d’être hors du temps.
On découvre l’homme dans sa tenue ancestrale à l’arrière de la Chapelle. L’auditoire pivote sur les bancs d’église pour mirer la marche lente du danseur. Pas à pas, tel un félin haletant, Avedaño porte sur la tête un « regalia » – composition de plumes et papier dorée – et dans sa bouche, un objet laissant sa langue pendue. Le regard au loin, ténébreux, il laisse s’échapper des plaintes subtiles, le souffle court. Premier choc face à cette chorégraphie organique et sonore par le port des « ayoyotes », types de graines utilisées comme objets de percussion traditionnelle émettant des tintements d’un Mexique mésoaméricain.
Longeant l’allée centrale durant une dizaine de minutes, le protagoniste rejoint l’autel dans un contrôle surhumain. On assiste à un rite sublimé par une prose en espagnol qui sort de son esprit. Une narration intérieure et lointaine sur le souvenir de l’époque précoloniale, avant l’arrivée de l’envahisseur espagnol. L’évocation des « mots balbutiés par la bouche édentée de mon arrière-grand-mère me manquent, cette même bouche qu’on a scellé pour qu’on n’apprenne pas la langue des « maudits Indiens », la langue des « Indiens païens ». La douleur de l’arrachement identitaire et culturel est ici exprimée par ce jeu buccal extrême de l’artiste.
Lorsqu’il arrive au-devant de l’autel, le danseur recueille une vaste calebasse remplie de cendres et la laisse voler sur son corps. Autre symbole solennel du passé, des ancêtres qui ne quittent jamais la mémoire, la quête de repères. S’agitant de plus en plus vigoureusement, le danseur fait vibrer tout ce poids porté par le temps. Il en perd graduellement ses accessoires, atteignant la plus simple expression de lui-même. Mouvements de délivrance de cette « fumée du copal qui passe entre ses pieds, du mezcal craché dans le feu… » Bardaje résonne dans la nuit du FTA avec la quête de restitution socio-culturelle de toute Première Nation. L’émotion brute, anthropologique, mérite l’attention et l’admiration. Au nom du collectif, de la tribu, cet ancrage nécessaire face au risque de l’égarement individuel contemporain.
Il reste une représentation ce soir (vendredi 5 juin) à 21h. Détails par ici.
- Artiste(s)
- Bardaje (Lukas Avendaño)
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Chapelle de la Cité-des-Hospitalières
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,
Événements à venir
-
vendredi


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