Bluesfest d’Ottawa 2026 – Dernier week-end | Des bananes, des momies, du dancehall défraîchi et du rap franco-ontarien
Le Bluesfest est béni des dieux cette année : la météo aura été parfaite tout au long des neuf jours de festivités. C’est peut-être le petit Jésus qui a récompensé le festival ottavien pour avoir inclus autant de têtes d’affiche ouvertement chrétiennes (mais aussi Limp Bizkit)! Après les stars de la catho-country Cody Johnson, HARDY et Ella Langley, c’était au tour de Gwen Stefani d’assurer le grand concert du dernier samedi.
Ok, c’est peut-être injuste de réduire Gwen Stefani au récent essor de sa chrétienneté questionnable. Il n’empêche qu’une bonne partie de son fidèle auditoire a sourcillé, voire s’est insurgé contre l’implication de la chanteuse de No Doubt à titre de porte-parole de Hallow, application catholique américaine controversée de méditation et de prière, dont les liens (financiers et idéologiques) avec des personnalités de la droite conservatrice américaine sont bien documentés. On est loin de la fille ska-punk des années 1990 qui se rebellait contre son statut de just a girl!
Si ce choix douteux mine un peu la perception qu’on peut se faire de sa personnalité, force est d’admettre que sur le plan artistique, particulièrement en ce qui a trait à la performance scénique, Gwen Stefani est en feu! Sa performance avec No Doubt à Coachella au printemps 2025 était parmi les moments forts de l’année sur la scène des festivals majeurs. Elle est visiblement encore bien en voix, en excellente forme physique, et plus rayonnante que jamais!
Bref, MAGA pas-MAGA, on allait pas manquer ça, même si on avait envie de lui ramener ses propres paroles en pleine face en lui disant : oui, on est venu te voir en spectacle… but don’t speak! We know what you’re thinking, and we don’t need your reasons. Don’t tell us ’cause it hurts!
Heureusement, c’est bien la bombe superwoman mi-punk mi-popstar qui s’est pointée sur scène, habillée en plaid rose comme une lutteuse badass, avec la chevelure stylée aux trois quarts blond platine et longues pointes noires.
À part un très court remerciement en pointant le ciel, rien de politique ou de religieux à signaler. Juste de l’amour bord en bord pour son public fidèle, y compris un moment où elle a invité des fans (dont deux bananes) à monter sur scène pour obtenir un câlin, une petite visite au milieu de la foule, et quelques salutations personnalisées à des fans de longue date qui la suivent en tournée depuis des années. Elle aime le monde et le monde le lui rend bien.
Musicalement, elle a gagné les nostalgiques comme les plus jeunes, en interprétant BEAUCOUP de No Doubt. Genre neuf chansons (si on inclut la reprise de It’s My Life), soit autant que son matériel solo. Sa guitariste et sa bassiste – qui n’ont d’ailleurs jamais été identifiées, malheureusement – ont d’ailleurs fait un travail admirable pour reproduire à la fois le ton ska-pop de No Doubt quand il le fallait, tout en basculant aisément dans les sonorités pop de son matériel solo.
Oserais-je dire que c’était possiblement le meilleur show du Bluesfest cette année? Sans doute. (No Doubt.)
Shaggy vieillit comme du lait
Je vous cacherai pas que je confonds allègrement Shaggy et Sean Paul depuis au moins 20 ans.
Sans jamais en subir la moindre conséquence sur ma carrière.
Dans mon enfance, c’était facile : Shaggy, c’était le grand slack roux dans Scooby Doo. Sean Paul n’existait pas encore. Quelques années plus tard, le dancehall efficace mais de mauvais goût envahissait les radios commerciales. Tout ce que je savais ensuite, c’est que Shaggy n’était PAS celui qui dit « Sens mes gosses en laine » pour aucune raison dans ses chansons. Pour le reste, un épais brouillard de confusion règne entre ces deux grandes stars jamaïcaines dans mon esprit.
L’occasion était bonne de démêler tout ça en assistant à un spectacle de Shaggy, étrangement programmé en première partie de Gwen Stefani pour semer la fête. « I know there’s no party like a party in Ottawa! », s’exclame-t-il, visiblement pas au courant de la réputation de la capitale canadienne. Peut-être qu’il a vu Justin Trudeau faire des pogos dans le vidéoclip de Katy Perry et qu’il pense que Justin est encore notre premier ministre.
Mais l’affaire, c’est qu’il n’y a pas que ses impressions d’Ottawa qui sont dans le champ. Le ton de ses concerts aussi. Accompagné d’un MC/hypeman boîteux, Shaggy tente de mettre l’ambiance en interprétant des morceaux entraînants comme In The Summertime, Oh Carolina (ah c’est lui, ça!) et That Girl, entrecoupés de propos, hum, disons colorés et de mouvements suggestifs franchement mononcles.
Catcaller les ladiiiiiies à 57 ans, en mimant un chevauchement équestre, c’est pas l’affaire la plus 2026 à faire dans un festival familial, on va se le dire. Tout comme mettre son micro dans ses pétalons pour faire un coeur avec ses mains avec un objet phallique qui te sort de la fourche. Misère.
Son medley contenant des extraits de Bad Boys, Red Red Wine, Mad Mad World et quelques autres titres / reprises a bien fonctionné auprès de la foule nostalgique mais en général, on se serait passé de cette performance digne d’un hasbeen sur un bateau de croisière.
Reste à voir si Sean Paul aurait fait mieux.
Une troupe de momies funk
Heureusement, à quelques pas de là, il y avait un mystérieux band funk. De momies.
À 3 minutes du show, il n’y avait pas grand monde. Faut dire que le festival faisait jouer du Marie-Chantal Toupin, ce qui a le même effet qu’un vaporisateur anti-moustiques sur les festivaliers. Quelle étrange bourde d’ambiance. On n’est pas dans un festival régional du Québec, c’est absolument pas nécessaire.
Il faut aussi spécifier que Here Come The Mummies sont d’illustres inconnus pour le public ottavien. C’est leur première visite à Ottawa, et on a aucune idée qui ils sont. Littéralement. Parce que comme l’indique leur nom, ce sont des momies, recouverts de bandages de la tête aux pieds.
C’est donc dire qu’après GOAT le premier jeudi et Angine de poitrine le deuxième vendredi, le Bluesfest d’Ottawa accueillait son troisième groupe d’hommes costumés anonymes.
En lisant à leur sujet, on comprend que ce sont des musiciens de Nashville. Ou de l’Égypte antique.
Certains auraient des carrières et des contrats, donc ils se sont partis un groupe en catimini, à visages couverts. Et ça dure depuis plus de 20 ans.
Ça donne du visuel spectaculaire, d’autant plus qu’ils sont huit sur scène, ils ont préparé des chorégraphies et ils groovent sur un moyen temps avec leur funk jazz exaltant!
On a beau chercher, il semblerait qu’ils n’aient encore jamais fait le Festival International de Jazz de Montréal. Ça ne saurait tarder! En tout cas, si ça se trouve, ce sera tout sauf plate!
LeFLOFRANCO et le rap franco-ontarien
Il fallait revenir à Montréal en soirée dimanche, mais avant de faire la route, un dernier petit arrêt au Bluesfest s’imposait pour aller voir LeFLOFRANCO, avec qui nous avons d’ailleurs pris le temps de jaser en vue d’une série balado à venir cet automne au sujet des artistes franco-ontariens.
Artiste, rappeur, auteur-compositeur et formateur, LeFLOFRANCO se distingue par un style qui marie habilement hip-hop, chanson, pop et influences carribéennes, tout en mettant de l’avant des textes profondément humains. Son parcours est marqué par un engagement envers la francophonie canadienne, qu’il célèbre à travers des œuvres où l’identité, la résilience, l’ouverture sur le monde et le vivre-ensemble occupent une place centrale, comme en témoigne une chanson simplement intitulée L’union fait la force.
Rassembleur et excellent ambassadeur de la diversité et de la créativité francophone, il brille sur scène, notamment avec ses titres issus de son plus récent album Plus forts ensemble, seul avec son DJ ou avec ses potes d’ALLIANCE SuPRM.
Avant de se lancer en tournée ontarienne en septembre, LeFLOFRANCO sera de passage à La Face B de La Pointe Sec à Mont-Louis en Gaspésie le 6 août , ainsi qu’au Festival Musique du Bout du Monde de Gaspé le 7 août.
C’est ainsi que se conclut cette édition du Bluesfest d’Ottawa pour nous! Rendez-vous l’année prochaine!
Grille de chansons
Gwen Stefani
The Sweet Escape
Sunday Morning (No Doubt)
Hey Baby (No Doubt)
It’s My Life (reprise de Talk Talk popularisée par No Doubt)
Bathwater (No Doubt)
Cool
Somebody Else’s
Underneath It All (No Doubt)
Ex-Girlfriend (No Doubt)
Hella Good (No Doubt)
Let Me Blow Ya Mind (reprise d’Eve, sans Gwen, juste les danseurs)
Used to Love You
Wind It Up
Rich Girl
Luxurious
What You Waiting For?
Don’t Speak (No Doubt)
Spiderwebs (No Doubt)
Just a Girl (No Doubt)
Hollaback Girl
Photos en vrac
Here Come The Mummies
Shaggy
LeFLOFRANCO
- Artiste(s)
- Gwen Stefani, Here Come The Mummies, LeFLOFRANCO, Shaggy
- Ville(s)
- Ottawa
- Salle(s)
- Plaines LeBreton
- Catégorie(s)
- Dancehall, Funk, Pop, Rap, Reggae, Rock,











































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