Festival International Nuits d’Afrique | Labess au National : Chants de liberté
Aussi compacte soit la salle vintage du National, l’espace criait tout entier « Liberté ! » sous les assauts de guitare de Nedjim Bouizzoul et son trio survolté chaâbi nomade. Un dimanche qui aurait pu ne jamais s’interrompre, tellement l’instant était suspendu sur les cordes oniriques rumba, flamenco, et gnawa.
Il était émouvant de retrouver l’auteur-compositeur-interprète débordant d’énergie qui nous rappelait, au fil de la trame du concert et de son récit intime, ses premières années dans la métropole, au tournant des années 2007. Des années de Bohême à jouer dans le métro par instinct, malgré la précarité. Sur une note ironique, l’artiste évoque les cinq faillites d’alors dont il s’est relevé, tout juste de retour du Festival de Cannes. Puis il revient sur le concert mythique à guichet fermé à l’Olympia de Paris fin 2024 pour les 20 ans de Labess. Comme il se plaît à le dire, il se la pète et il a bien raison. L’homme brille d’une aura, fier dans sa résilience, noble représentant de sa culture algérienne tournée vers demain.
Ouvrant la soirée avec le classique Ma Liberté, pierre angulaire de l’album La route de 2016, Labess évolue toujours à l’air du temps, au grand large. La jeunesse colle à leur ADN et cela réjouit de les voir dans cet état pleinement assumé. Les paroles de la chanson caressent l’âme d’une envie de tout laisser tomber : « Ma liberté, c’est toi qui m’a aidé à larguer les amarres pour aller jusqu’au bout. »
Dans la foule dansent de jeunes compatriotes en état transe, lorsque la fusion du duo de guitares et du cajon s’accélère tel un tourbillon venu tout droit du lointain plateau d’Alger. Le concert prend une tournure patriotique à laquelle on se laisse aller, surtout lorsqu’un chant pour la Palestine libre s’élève. Revendicateur, Bouizzoul clame son allégeance à ce peuple qui ne doit à aucun prix disparaître des livres d’Histoire sous les injustices de deux blocs les assaillant. C’est l’art de la Résistance qui bat dans la caisse claire de Labess, sa conscience citoyenne.
Sensible à la beauté et à la grâce, le quatuor enchante avec son hymne Rosa Que Linda Eres, extrait de l’album Dima Libre en 2024. L’influence flamenco et les « palmas » s’en donnent à cœur joie, si bien que le plancher vibre de cette abondance de mélodies andalouses. Suivant la tradition gitane, les deux guitaristes offrent chacun une interprétation endiablée des cordes de leur instrument, au bout de leurs phalanges virtuoses. On se serait cru en plein cœur de Grenade, à humer le parfum des pétales éternelles.
- Artiste(s)
- Labess
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le National
- Catégorie(s)
- Arabe, Festival, Flamenco, Musique du monde,
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