Sizzla

Festival Reggae Nation au Grand Quai du Port de Montréal | Jah Love et unité

Sur un vaste espace gazonné, face au Fleuve s’érigeait un microcosme reggae prêt à recevoir des Titans de la Jamaïque. Parmi ces maîtres Roots, Sizzla et Burning Spear ont débordé de générosité. Une nuit Feel Good qui confirme le caractère collectif de la métropole et son audace à offrir une programmation digne des grandes cités.

L’événement porte bien son nom. La nation reggae de la métropole a répondu présente ; des parents avec leurs enfants, aux Rastas du troisième âge qui ont toujours une parabole dans l’âme. On retrouve plusieurs kiosques à l’effigie de Bob Marley, évidemment, et d’Haïlé Sélassié. La culture éthiopienne à la souche du rastafarisme est à l’honneur. Des coins bouffe grésillant de poulet jerk et des boissons fruitées, dont une exquise slush tropicale, font le plaisir du palais ! Tout le cadre des plaisirs pour entrer dans le vif du festival : une succession d’artistes reconnus tels que l’irrésistible duo Tanto Metro & Devonte – à qui l’on doit l’hymne sensuel Everyone Falls in Love Sometimes (1999) – et Charly Black, aussi connu sous l’attribut Mr Party Animal, proche collaborateur de Sean Paul et séducteur de ces dames.

La soirée dominicale, conçue pour s’éclater durant le long congé de la Fête du travail, s’est embrasée à l’annonce de Sizzla, le dandy reggae en costard qui, à 50 ans, a un sacré sens de la fête ! Enchaînant ses tubes nés de trois décennies de règne, Kalonji a balancé ses chansons en rafales, avec un DJ du tonnerre. Puis il a martelé certains morceaux avec cœur et sincérité, avec les Be Strong (1998) et Thank U Mamma (2010). Les fans ont vibré à son énergie sur scène, avec une danseuse qui s’est prêtée à une transe de déhanchement. Sizzla est venu à la rencontre de son public sous un kiosque, recevant les louanges d’un sage Rasta qui l’a béni, les yeux dans les yeux. Mémorable.

En clôture, l’autre tête d’affiche, un pilier du reggae traditionnel : Burning Spear. La légende de 81 ans a une voix connectée à son oxygène Rasta, fier debout. Il émeut par sa résistance. Ses messages africanistes sont toujours d’actualité, les droits civiques afrodescendants étant encore une lutte. Alors lorsqu’il entonne Slavery Days (1975), la foule se soulève dès les premiers accords. Les musiciens l’accompagnant quarante ans plus tard après la sortie de l’album historique Marcus Garvey. Winston Rodney incarne la revendication de tous les peuples opprimés avec une rare universalité. Sa chanson coup de poing, Colombus (1980), éveille à une révision de l’Histoire qui fait plaisir à entendre. Hé non ! Colomb n’est pas le premier à avoir découvert son île chérie. Et devant Dieu, Jah, il condamne ce mensonge dans un souffle inspiré : « Christopher Columbus is a damn blasted liar. Yes, Jah. He’s saying that he is the first one who discover Jamaica. What about the Arawak Indians and the few Black man Who were around here, before him? » Une preuve vivante de la raison d’être du reggae en 2026.

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