Festif de Baie-Saint-Paul – Jour 1 | Otoboke Beaver, meilleur remède à la mauvaise humeur
Le Festif! de Baie-Saint-Paul, c’est parti! Pour une 17e fois, le centre-ville de cette belle municipalité de Charlevoix (et ses environs) se fait investir par des milliers de festivaliers franchement très fêtards (dans le thème!). Pour cette première soirée du Festif!, nous nous sommes lancés dans les pogos de VioleTT Pi et d’Otoboke Beaver, sans oublier de donner de l’amour aux Dead Obies, qui effectuaient l’un de leurs premiers spectacles depuis 2019, ainsi qu’à l’incontournable Lou-Adriane Cassidy.
Tomber sous le charme d’Otoboke Beaver
Il est 1h30 du matin. La route depuis Montréal m’a fatigué. Je n’ai pas assez mangé. Et pour être tout à fait honnête, je suis un peu en rogne après la patronne de ma copine, qui l’a empêchée de prendre congé ce week-end pour me suivre au Festif!.
Bref, je n’ai pas particulièrement la patate.
Mais Otoboke Beaver, c’est ce genre de groupe qui est dur à attraper ici. Ce n’est pas comme Lou-Adriane Cassidy, Gab Bouchard, ou même Angine, qu’il est possible de voir minimum trois fois dans l’été sans trop se forcer. Les Japonaises n’étaient venues qu’une fois au Québec auparavant, au Beanfield, il y a deux ans.
Allez, on se botte le derrière pour aller voir Otoboke Beaver. Dormir, c’est surestimé, t’façon.
Ce qui frappe chez Otoboke, et en quelques secondes seulement, c’est qu’elles sont fâchées. Très fâchées. Sous leurs airs mignons, avec des petites robes colorées et leurs coupes de cheveux toutes propres, Accorinrin, Yoyoyoshie, Hirochan et Kahokiss te livrent certains des riffs les plus crasses que tu aies entendus cette année, sur un tempo particulièrement rapide, même pour du punk.
Le public, évidemment, embarque au pas : ça se bouscule pendant les morceaux, et même entre les chansons. La chanteuse du groupe, Accorinrin, n’apprécie pas le manque d’attention qu’elle aperçoit devant elle : insolente, elle nous balance des « fuck you » et des « shut the fuck up » à la pelle, confrontant, revigorant un public qui en avait déjà dans le ventre. Sans oublier quelques mots de français censés rentabiliser les billets d’avion : « Nous aimons l’argent, achetez nos t-shirts », dit-elle.
Le quatuor nous livre plusieurs (courts) morceaux de leur dernier album en date, SUPER CHAMPON, paru en 2022, en plus de présenter un tout nouveau morceau sorti cette année, I Don’t Need to Be in Your Strike Zone, prélude d’un probable nouvel album.
Coude dans le visage, coup sur mon tendon d’Achille, sueur des autres festivaliers qui se mêle à la mienne.
J’écope dans les mosh pits, mais c’est pour la bonne cause.
Otoboke Beaver livre tout simplement une performance phénoménale, pour l’instant la meilleure du festival.
J’en ressors moins grognon.
Le droit d’être bizarre
Notre soirée a commencé exactement au même endroit, à cette superbe scène qu’est le Garage du Curé, mais six heures plus tôt.
Se dressait devant nous comme un OVNI Karl Gagnon, alias VioleTT Pi, ce drôle d’oiseau qui, après plus de dix ans de carrière, ne cesse de nous surprendre.
Le visage couvert de blanc, Pi, pour les intimes, nous embarque dans son univers singulier dès les premières secondes avec Chauve-souris. L’une de ses qualités premières, c’est cette aisance à passer du chant dit « normal » au chant guttural, caressant la pop comme le métal sans que cela ne paraisse particulièrement forcé.
Karl Gagnon se permet d’aller dans les aiguës, flirtant également avec l’électro et le funk. Les changements de rythme surprennent (tout comme certains riffs très « blackmidiens », ou inspirés de Mr. Bungle, si on revient au commencement), et donnent envie de se bousculer malgré tout.
La limite avec VioleTT Pi, c’est se donner une limite!
Et Gagnon semble être un exemple parmi tant d’autres : au Québec seulement, regardez Marie Céleste, Alphonse Bisaillon, Population II. Des compositions plus éclatées que jamais, des étiquettes musicales qui veulent de moins en moins dire quelque chose, est-ce ça, le futur? Le temps nous le dira, mais ça y ressemble.
Lou-Adriane Cassidy, l’incontournable
Lou-Adriane Cassidy n’avait jamais headline le Festif! de Baie-Saint-Paul. Elle y avait déjà joué, à des maintes reprises. Mais jamais headline. Au vu de sa stature d’aujourd’hui, de cette place qu’elle occupe notamment dans le cœur de la jeunesse, cette information semble fausse. Mais le « buzz » Journal d’un loup-garou était seulement l’année dernière, et le sommet, elle l’a atteint relativement rapidement!
Cassidy entame son set avec Valse frustrée, tirée de sa plus récente offrande discographique, Triste animal, enchaînant sur Chanson pour Odile, puis sur Cours, Cora, cours et Je pars en vacances. Elle respire l’assurance, elle est au summum. Et elle le sait.
Après Prière quotidienne, des dizaine de personnes dans le public miment un cœur avec les doigts, l’artiste sur scène qui enchaîne les mercis, émue, visiblement, avouant que sa vie a changé énormément dans la dernière année. Et pour le mieux! Cassidy nous partage que la seule fois où sa vie avait changé à ce point-là, c’est quand elle était un petit « bébé de 19 ans », et qu’elle sortait Ça va ça va, son premier succès.
C’est Thierry Larose qui l’accompagne à la guitare acoustique sur le morceau précédemment nommé, lui qui la maltraitait à l’électrique quelques minutes avant sur alépok. Plus polyvalent qu’on pourrait l’imaginer, le cher Thierry!
Après Tout le monde danse autour, Lou-Adriane dit que la chorale, elle aime ça depuis qu’elle est enfant. Et que nous, public, devenu alors chorale, nous devions répéter les mots « jamais tout à fait » en boucle pendant qu’elle chante, ou « jusqu’à ce que mort s’ensuive »! Cassidy présente donc ce Jamais tout à fait à Baie-Saint-Paul, sûrement le meilleur morceau de sa dernière galette, aux jolis airs de samba. Comme souvent en concert, ça part en jam, beaucoup plus que sur album, l’instrumentation notamment élevée grâce au claviériste Vincent Gagnon, membre du très sympathique duo Ping Pong Go.
Jonglant entre les albums et les styles, Lou-Adriane Cassidy, après presque une vingtaine de chansons, arrive au moment « qu’elle redoutait le plus de la soirée », soit la dernière, entre guillemets (les guillemets, elle les mime vraiment avec ses doigts, on se doute de l’existence d’un rappel). Elle présente Dis-moi dis-moi dis-moi, ouverture de Journal d’un loup-garou, avant de clôturer pour de bon son spectacle sur J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête.
Est-on sur l’une des meilleures artistes de sa génération au Québec? Bien sûr. Mais ce nombre revient souvent : est-on sur une artiste qui méritait 12 Félix (!) en un seul Gala de l’ADISQ, soit cinq de moins que Jean Leloup sur sa longue carrière en entier? Je me le demande.
Take a look at my skateboard
Il est minuit. Avant-dernier arrêt de la soirée. Il fait froid. Je suis grognon, car je n’ai pas encore vu Otoboke Beaver (ce sera un peu plus tard).
La prochaine scène est seulement accessible en navette scolaire, garnie à l’intérieur par les plus joyeux lurons de Baie-Saint-Paul. À l’intérieur, ça hurle, ça boit, ça chante à tue-tête Tassez-vous de d’là. C’est le Festif! ou ce n’est pas le Festif!
La destination est à deux kilomètres de Baie-Saint-Paul, dans un creux post-apocalyptique de dunes, agrémenté de feu et de carcasses de voitures.
Nous voilà au Pit à sable, où nous attendent les Dead Obies, discrets, même inexistants depuis 2019.
* Photo par Samuel Gaudreault.
Quoi de mieux que de reprendre contact après tout ce temps avec Tony Hawk, l’un des morceaux les plus populaires de leur catalogue, et sûrement le plus survolté! Sauf que… ça ne décolle pas vraiment.
On s’attend à la guerre sur plusieurs mètres avec un morceau pareil, aux mosh pits les plus intenses de l’année.
Que nenni. Le son n’est pas fort, et le public est trop sage. Dommage, car une expérience d’un show de rap (ou même de rock) dépend bien souvent de la réaction du public. Quand il est survolté, ça amplifie la musique. Quand il est plus réservé, ça l’aplanit. On se range davantage vers la deuxième catégorie ce soir.
* Photo par Samuel Gaudreault.
Dead Obies se concentre surtout sur les pièces de Gesamtkunstwerk, son deuxième album, sorti en 2016. Mais Greg Beaudin rappelle également les débuts du groupe, vers 2011, 2012, quand ils jouaient dans des bars miteux de Montréal. On entendra, de cette époque, notamment des pièces comme Montréal $ud, Runnin’ ou encore Do or Die, tirés de la même mixtape.
Bref, pas du mauvais, mais pour une communion après sept ans de silence, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’un peu plus hystérique, surtout si des fans de la première heure étaient présents (et ça semblait être le cas).
- Artiste(s)
- Dead Obies, Lou-Adriane Cassidy, Otoboke Beaver, VioleTT Pi
- Ville(s)
- Baie-Saint-Paul
- Salle(s)
- Festif! de Baie St-Paul, Pit à sable Hydro-Québec en collaboration avec Solotech
- Catégorie(s)
- Alternatif, Electro, Experimental, Francophone, Hardcore punk, Indie, Indie Pop, Métal, Pop, Punk, Québécois, Rap/Hip-hop, Rock,
Événements à venir
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Festival de la poutine | avec Lou-Adriane Cassidy, Vulgaires Machins, Les Shirley
Lieu : Centre Marcel-Dionne -
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L'Été de mes chansons | avec Lou-Adriane Cassidy, Les Louanges, Klô Pelgag
Lieu : Agora du Port de Québec -
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