AC/DC au parc Jean-Drapeau | Le rock en rend certains immortels
Vous êtes sur la 40 et prenez un raccourci vers les Enfers : ça y est, vous êtes au bon endroit. Des dizaines de milliers de personnes arborent les cornes du diable au bout des doigts et sur la tête. Pas de doute, nous sommes bel et bien à un concert d’AC/DC! Face à une armée, les deux derniers soldats tiennent debout : Angus et Brian. Rock on, pour l’éternité.
Il est 20h30, une vidéo d’introduction rompt l’obscurité, montrant une voiture sur le Highway to Hell entrer dans un stade, disséminant des clins d’oeil à l’ensemble de la carrière du groupe, comme de vieilles pochettes et des photos d’archives. Un tour de piste. Départ canon (pas encore les vrais canons, mais vous comprenez) avec If You Want Blood (You’ve Got It), de ce monstre d’album qu’est Highway to Hell (et qui partage son nom avec l’excellent live de 78, le seul avec Bon Scott).
Brian Johnson hurle dans le micro, avec son éternel béret, son éternelle chemise-camisole. Et Angus Young, éternel écolier, éternel duck walk, balance riff après riff comme si sa vie en dépendait. Comme les increvables Stones, la faucheuse ne peut les attraper. Alcool, sexe et drogue, tous ces poisons ne font pas le poids face à LA seule antidote : le rock. Éternels, je vous dis.
Old is gold
Back in Black retentit dans les enceintes, ce riff que toutes les générations connaissent par cœur, suivi de Demon Fire, un titre de Power Up (2020). Et même si la tournée porte le nom de cette récente galette, nous n’entendrons qu’une seule autre chanson du projet, Shot in the Dark (ce qui est très peu). Fort heureusement.
Il est normal qu’AC/DC continue de créer alors qu’il en est encore capable (surtout alors que Power Up fut enregistré quand Cliff Williams et Phil Rudd avaient re-rejoint le groupe, une « fenêtre » en or), mais… le public ne s’est pas déplacé pour entendre ces nouveaux titres. Et ça, AC/DC le sait. Sa belle période se situe dans les années 70 et au début des années 80, et l’immense majorité de la setlist est un retour assumé vers le passé.
21 chansons interprétées, et nous les connaissons toutes : Hells Bells (avec une vraie cloche qui descend du plafond!), Sin City, de ce très sous-estimé Powerage (1978), Shoot to Thrill, Dirty Deeds Done Dirt Cheap, Highway to Hell… Certains morceaux ont un demi-siècle, mais il n’y a pas d’âge pour aimer AC/DC.
Brian Johnson a 78 ans, Angus Young en a 71 : si la vieillesse devait se faire ressentir pendant le spectacle, c’est peut-être seulement sur Thunderstruck, un morceau au tempo habituellement endiablé, interprété ce soir d’une façon beaucoup plus lente et moins précise. Mais soyons honnêtes : le simple fait qu’AC/DC existe encore et donne des tournées mondiales, en 2026, relève presque du miracle. Le parc Jean-Drapeau est conciliant sur ces petits manquements, absolument personne n’est dans le jugement. Être ici est un privilège, nous le savons.
Dernier passage d’AC/DC à Montréal avant celui que nous venons de vivre ce samedi : 31 août 2015, au Stade olympique. Si nous suivons le rythme d’un spectacle aux 10 ans, on se doute que ce serait la dernière fois que nous verrons les Australiens en ville. À moins qu’ils ne fassent une Charles Aznavour et continuent de rocker jusqu’à leurs 90 ans! On ne souhaite que ça!
Mais soyons réalistes : le plus beau chapitre de l’histoire de la musique se fermera dans une vingtaine d’années, maximum. Quand on perdra McCartney, AC/DC justement, Neil Young, Sting, Springsteen, Dylan, Gilmour et tant d’autres, la musique ne sera plus jamais la même. Profitons-en jusqu’aux derniers instants, car nous serons une belle volée à être perdus ensuite.
L’apothéose
Peut-être est-ce parce qu’elles sont tirées de mon album préféré d’AC/DC, mais gros coups de cœur pour Whole Lotta Rosie (« Angus! », crie-t-on entre les riffs) et Let There Be Rock, en toute fin de spectacle. Sur cette dernière, Young livre comme à son habitude son solo le plus long et le plus endiablé, tapping et autres folies guitaristiques incluses. Il finit surélevé sur une plateforme à l’avant du parterre, en haut des escaliers à l’arrière de la scène, en plein milieu de confettis : le moment s’étire sur plus de 10 minutes, à notre plus grand bonheur.
Quelle façon de finir le spectacle… avant le rappel!
AC/DC interprète T.N.T., son plus vieux morceau joué ce soir avec Powerage, puis retentit le riff de For Those About to Rock (We Salute You), ce qui ne signifie qu’une chose : c’est la fin! Le moment que nous redoutions tous! « Fire », hurle Brian Johnson à plusieurs reprises, comme un général, alors qu’une série de canons répond à ses ordres. Des frissons. Feux d’artifice mettent un point final à cette soirée exceptionnelle.
Non, le rock n’est pas mort! Il ne mourra jamais complètement. Loin de leurs années les plus survoltées, deux hommes à eux seuls remplissent encore le parc Jean-Drapeau. Et bouchent les métros de Montréal comme si c’était un autre jour d’éclipse.
Angus et Brian, we salute you.
Grille de chansons
- If You Want Blood (You’ve Got It)
- Back in Black
- Demon Fire
- Shot Down in Flames
- Thunderstruck
- Have a Drink on Me
- Hells Bells
- Shot in the Dark
- Stiff Upper Lip
- Highway to Hell
- Shoot to Thrill
- Sin City
- Jailbreak
- Dirty Deeds Done Dirt Cheap
- High Voltage
- Riff Raff
- You Shook Me All Night Long
- Whole Lotta Rosie
- Let There Be Rock
Rappel
- T.N.T.
- For Those About to Rock (We Salute You)
Photos en vrac
AC/DC
The Pretty Reckless (première partie)
- Artiste(s)
- AC/DC
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Parc Jean-Drapeau
- Catégorie(s)
- Blues, Classic rock, Hard rock, Rock,
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