crédit photo: Pierre Langlois
Voivod

Entrevue avec Michel « Away » Langevin, qui nous dévoile les coulisses de création de Voïvod Symphonique

Voïvod est un groupe avec de l’ambition. 44 ans après sa formation, il est loin de tomber sur le pilote automatique. Au contraire, c’est par les rêves qu’est guidé Voïvod, qui essaie d’en cocher un après l’autre. Et l’année dernière, il réalisait justement un rêve qu’il cultivait depuis belles lurettes. Un beau.

Voïvod symphonique, la rencontre entre les univers du métal progressif et de la musique classique. C’est l’Orchestre symphonique de Montréal, sous la baguette de Dina Gilbert, qui officialisait le croisement, à la salle Wilfrid-Pelletier en janvier 2025. Le collègue Kristof. G rapportait élogieusement la soirée, lui qui y voyait un rapprochement avec le cinéma de ce bon vieux Stanley Kubrick.

Ça tombe bien, car Voïvod, depuis le début de la production du spectacle qui a été conceptualisé sur deux ans, tentait justement de « tourner ça en une espèce de bande sonore de film de science-fiction ».

« C’était un peu ça, l’idée », admet Michel « Away » Langevin en entrevue, batteur de la formation de métal depuis ses débuts.

* Michel Langevin à la salle Wilfrid-Pelletier dans le cadre de Voïvod symphonique, en 2025. Photo par Pierre Langlois.

Vous vous mordez les doigts d’avoir manqué cette superbe rencontre qui a convaincu autant les fans de métal que ceux de musique contemporaine? On vous comprend, et c’est sûrement pour ça que vous vous êtes repris quelques mois plus tard, lorsque Voïvod répétait l’exercice à la Capitale-Nationale, cette fois-ci avec l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ). Quoi, vous avez aussi manqué la deuxième mouture de Voïvod symphonique?! Pas grave, le groupe a pensé à tout. Vous pourrez en profiter d’une autre manière.

Endisqué à jamais

Quand Voïvod réalise un rêve comme celui-là, il faut des traces, une archive digne de ce nom. Des souvenirs dans la tête et quelques photos sur iPhone de fidèles admirateurs présents, ça ne suffit pas. C’est les membres de Voïvod eux-mêmes qui ont sorti le portefeuille, finançant de leur poche le titanesque projet d’album live, enregistré intégralement le 4 juin 2025 au Grand Théâtre de Québec.

« [Le mixage], c’était un peu le bordel, parce que chaque musicien [de l’OSQ] a un microphone, et aussi, plusieurs avaient des retours de son pour nous entendre. C’est sûr qu’au début, c’était un peu embrouillé, mais le résultat final est incroyable ! lance Michel Langevin, rempli de fierté. On entend chaque musicien de l’Orchestre de Québec, et aussi chaque membre de Voïvod. Francis Perron a fait un travail assez colossal. »

Les mauvaises langues pourraient douter : classique, métal? Ensemble? C’est vrai que, de loin, peu semble connecter ces deux genres musicaux : d’un côté, c’est la tradition, l’institutionnalisation, les concerts assis et les costards chics. De l’autre : cheveux longs, mosh pits, vestes en cuir et animosité. Et pourtant, Michel Langevin affirme tout le contraire.

« Ça doit dépendre du genre de métal, mais dans notre cas, vu qu’on a un côté rock progressif, ça s’adaptait bien, détaille le batteur de Voïvod. Puis, on a eu beaucoup d’influences de musique classique moderne en composant par le passé : Bartók, Chostakovitch, Penderecki, Stravinsky. On a choisi des pièces en conséquence aussi, avec plusieurs mouvements, ou des pièces un peu plus menaçantes qui pouvaient devenir des espèces de marches militaires avec l’orchestre. Il faut dire qu’Hugo Bégin a fait un travail vraiment exceptionnel pour l’orchestration. »

* Voïvod symphonique à la salle Wilfrid-Pelletier, en 2025. Photo par Pierre Langlois.

Des 150 compositions originales lancées par Voïvod en 40 ans, les membres du groupe ont dû limiter le choix de la setlist à une douzaine de titres. « On a un peu mis de côté le côté trash metal, excepté la pièce Nuclear War, qui vient du premier album, War and Pain, car on trouvait que ça pouvait s’adapter assez facilement. Et évidemment, on voulait essayer la pièce de Syd Barrett de Pink Floyd, Astronomy Domine [déjà interprétée par le groupe sur l’album Nothingface de 1989]. Il y a des pièces qui m’ont beaucoup surpris, comme Fall, qui est assez récente : après l’interprétation de celle-là, durant les trois spectacles, on a eu une ovation debout! »

Si une écrasante majorité de groupes des rock des années 60, 70 et 80 perdent graduellement en qualité et en popularité plus les décennies s’écoulent, ça semble être tout le contraire pour Voïvod, Michel « Away » Langevin affirmant qu’ils sont « plus populaires que jamais »! Justement, un an après avoir réussi à se frayer une place dans la prestigieuse liste des 100 meilleurs albums de métal de l’histoire selon Rolling Stone, le même magazine américain plaçait The Wake, leur 14e album, au huitième rang des meilleurs disques de métal sortis en 2018. Voïvod, ça vieillit comme du bon vin!

ici musique rock 06* Denis « Snake » Bélanger, de Voïvod, aux Foufounes Électriques, en 2026. Photo par Radio-Canada/Mathieu Catafard.

Ça n’arrête pas!

Après avoir présenté Voïvod symphonique, le quatuor de Jonquière réitèrera une nouvelle fois l’expérience, cette fois-ci à la maison : c’est l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui s’associera à Voïvod le 30 janvier 2027, au Théâtre du Palais municipal. L’événement s’inscrit également dans le 350e anniversaire de la ville de Chicoutimi : « C’est un peu comme le doctorat honorifique qu’on a reçu à l’Université de Chicoutimi l’an passé. C’est très personnel, puis on prend ça à cœur. »

D’ici là, Voïvod prévoit de tourner à foison dans le Vieux Continent, donnant près d’une quarantaine de spectacle dans des festivals européens cet été. Le quatuor travaille également sur un nouvel album, son 17e, faisant suite à Morgöth Tales (2023). Presque constamment en tournée, les métalleux ont parfois un peu de mal à trouver le temps de respirer en studio, et peuvent juste « se permettre de faire [ce nouvel album] à coup de trois chansons. » « Mais ça avance », nous rassure Langevin.

Voïvod espère exporter sa déclinaison symphonique partout dans le monde, et pouvoir la jouer avec des orchestre locaux à chaque occasion. « Il y a déjà eu des offres, puis on étudie la situation. Je crois que ce sera faisable. »

Demain sortira alors son album Symphonique sur l’étiquette Century Media Records : pour entendre Tribal ConvictionsHolographic ThinkingInto My Hypercube ou encore Cosmic Drama comme vous ne les avez jamais entendus, rendez-vous à minuit sur les plateformes d’écoute en continu. L’album sera également distribué en CD et en vinyle. Pour assister à son spectacle à Chicoutimi en janvier prochain, vous pouvez vous procurer des places juste ici.

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