crédit photo: Marie-Claire Denis
Jungle

Jungle à la Place Bell | Les plus Californiens des Anglais

Avec l’été qui se termine dans une semaine, on ne peut que commencer à le regretter et rêver qu’il dure encore des mois. Avec Jungle, c’est ce qu’il se passe : été toute l’année! Le groove infectieux des Londoniens est le meilleur remède à cette dépression saisonnière qui pointe déjà le bout de son nez, avec ces journées qui se raccourcissent et l’air chaud qui se fait remplacer par la brise d’automne. Ce soir, pourtant, on fait semblant : nous sommes en juin, une margarita dans les mains, à regarder les vagues se perdre au loin sur une plage californienne.

C’est typiquement le genre d’image que pourrait inspirer Jungle, ce fantastique collectif britannique de néo-soul formé en 2013 par deux amis d’enfance, Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland. Pour des Anglais qui vivent 360 jours par année sous la pluie, leur musique est diablement ensoleillée! Le sourire sur les lèvres, Jungle nous livre d’entrée de jeu Smile, de For Ever, leur album de 2018. Les trois membres du noyau créatif du collectif (Lydia Kitto a rejoint Jungle plus officiellement, on en reparlera) sont disposés au milieu de la scène, entourés d’une demi-douzaine de musiciens si essentiels à la confection de ce groove parfait.

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Les teintes des éclairages sont d’abord monochromes, mais ce qu’on aime chez Jungle, c’est la couleur. Il n’en faut pas plus pour retrouver ces éclairages rouges orangés sur le morceau suivant. Sirènes de police, vitres éclatées : la chaleur monte d’un cran, c’est The Heat. Premier morceau du premier album, puis retour vers For Ever avec Heavy, California et cette magnifique chanson qu’est Beat 54 (All Good Now).

Pour une tournée faisant la promotion du projet Sunshine, sorti au milieu du mois d’août, il est étonnant de devoir attendre une bonne vingtaine de minutes avant d’entendre un premier titre tiré de l’album, The Wave, le meilleur soit dit en passant. Sur 27 (oui, 27!) morceaux interprétés, seuls six seront tirés de Sunshine, à peine la moitié de l’album. De Volcano, leur album précédent qui a déjà bénéficié d’une tournée complète, sept titres seront interprétés par le collectif, soit un de plus. On sent un groupe pas forcément certain de sa dernière offrande, et à raison : Sunshine est trop laid-back, décontracté en bon français, trop répétitif. Ce qui faisait la force de Jungle fut un temps, c’était sa manière de dépoussiérer ce son Motown trop peu souvent exploité en y insufflant des loops électroniques tirés du monde du DJing, mais sans tomber dans l’ennui pour autant. Ce charme opère moins sur le récent projet.

Jungle est en transition, et pas forcément sur la bonne voie.

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La difficulté d’évoluer

Comme évoqué plus haut, le duo Lloyd-Watson–McFarland, noyau dur de Jungle depuis ses débuts, a pleinement intégré dans son processus créatif Lydia Kitto, collaboratrice régulière depuis 2019, maintenant compositrice. Tellement compositrice que dans les crédits de Sunshine, Tom McFarland est maintenant annoncé comme un musicien additionnel. Oui, il s’est fait tasser de son propre groupe. La contribution concrète de chaque musicien dans un collectif large comme Jungle est toujours un peu nébuleuse, mais d’un point de vue extérieur, voir un membre fondateur se faire reléguer sur le banc de touche, ça fait se poser des questions. Josh Lloyd-Watson et Lydia Kitto forment un couple dans la vie, ont créé leur propre groupe il y a trois ans, Loaded Honey. Mais qu’ils le veuillent ou non, cette situation a insufflé un souffle nouveau sur le projet « principal », Jungle.

Ça fait simplement penser à la situation des Strokes : étouffé dans un groupe qui ne le permettait pas de laisser aller ses élans créatifs les plus différents, Julian Casablancas a créé The Voidz et a su départager les diverses facettes de son art. Sauf sur Reality Awaits : c’est du Voidz déguisé en The Strokes, et du mauvais Voidz d’ailleurs.

Jungle deviendra-t-il un Loaded Honey #2? Ça y ressemble, même si les fans de la première heure préféreraient garder ces deux entités distinctes.

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Un volcan de joie

Loaded Honey ou non, Lydia Kitto qui prend trop de place ou non, McFarland ou pas de McFarland : un concert de Jungle est une fête monstrueuse. Chaque personne, je dis bien chaque personne dans les gradins se lève et y met du sien. Les plus timides, les « non, je ne vais pas danser ce soir », les « oublie ça, j’ai eu une grosse journée » : le groove de Jungle se propage comme le Covid pendant le variant Omicron. Personne. N’y. Résiste.

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Il n’est pas rare d’entendre cette phrase, mais pour Jungle, c’est particulièrement vrai : c’est sur scène que les chansons prennent tout leur sens. Arriver à caser 28 morceaux en 1h45 relève de la discipline olympique, mais avec Jungle, tout est organique : les transitions sont parfaites, aucun temps mort à signaler. Tout coule comme du miel, les déplacements des musiciens d’instrument à instrument sont gracieux, calculés sans avoir l’air trop mécaniques.

Coup de cœur pour Casio, cette chanson magnifique, leur meilleure dans un registre plus calme, suivie de cette méga-tube que vous connaissez forcément si vous avez TikTok : Back On 74. Pas forcément conçue initialement pour la plateforme, Back On 74 est de loin, de très loin le morceau le plus populaire de Jungle : 600 millions d’écoutes sur Spotify. Un coup qui leur a permis de s’ouvrir à d’autres publics, mais la base d’amateurs était déjà fidèle avant ça.

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On s’éclate sur GOOD TIMES, le spectacle se termine, mais on en redemande encore : Jungle revient sur scène pour nous livrer Keep Moving, puis Busy Earnin’ évidemment.

Qu’il soit dans une période créatrice stable ou non, qu’il nous livre un album de grande qualité ou non, Jungle reste Jungle : un collectif particulièrement talentueux, généreux, capable d’élever son répertoire d’un cran en spectacle. Comme un vaccin de positivité face à ce monde qui ne fait plus rêver grand monde, Jungle ne peut laisser de marbre.

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