Enfin te voilà (Britney Spears) au Théâtre Espace Go | Une pièce qui assume le spectacle, pas sa critique
Au commencement, il y a un nom qui fait vendre, celui de Britney Spears. Et la communication marketing qui s’est mise en place pour promouvoir Enfin te voilà (Britney Spears) en est une belle preuve. Bande-annonce bien rodée et ateliers en tout genre ont en effet ponctué le mois de septembre, afin de permettre aux plus curieuses et curieux d’attendre jusqu’à la première. Au-delà de l’engouement évident, il y a aussi la narration d’une vie, celle que cette star, femme et mère a voulu reprendre. L’équilibre entre l’image préfabriquée des tabloïds et le drame humain : c’était là le défi ultime à relever. Si la création n’a pas lésiné sur les moyens pour répondre à la dimension spectacle, on ne peut pas en dire autant en ce qui concerne la dénonciation des injustices vécues par la chanteuse.
La salle était fébrile pour cette deuxième représentation. Bruits d’hélicoptère, affichage néon, scène qui s’avance dans le public ; il ne manquait plus qu’une première partie pour que l’on se croie vraiment dans un concert de… Britney Spears bien sûr.
Et puis, Dominique Quesnel et Sophie Cadieux sont apparues, telles l’ancienne et la nouvelle garde de la pop, la première jetant la seconde dans la fosse aux lions. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : raconter l’histoire de la princesse du genre, et mettre en exergue toutes les blessures qu’elle a vécues et les incertitudes qu’elle a dû gérer durant sa carrière, sans personne pour la rassurer.
Sur un ton ironico-absurde, Marie-Hélène Larose-Truchon se fait donc la porte-parole d’une jeunesse brisée et brûlée sur l’autel de la célébrité. Celle de Britney Jean Spears, capable de chanter et de danser en même temps dès son plus jeune âge. Mais pas seulement. Par le prisme de ce destin hors du commun, démantelé par de multiples trahisons, l’autrice évoque toutes les injonctions et aberrations qui ont ponctué la vie de la star américaine, et qui résonnent dans bien des récits féminins.
Et ça débute tôt, puisque Marie – qui porte l’Enfant Jésus – ne doit le respect qu’elle suscite que parce qu’elle a conservé sa virginité. Une première attaque qui n’est pas sans rappeler l’image parfaite de la petite Britney qui devait véhiculer cette aura de pureté au risque de choquer et de perdre ses fans. Par la suite, le caractère lisse et parfait a continué d’être travaillé par son entourage, en particulier les hommes. Que l’on pense à son père, à son manager, à ses compagnons, tous n’en avaient que pour son pouvoir et les dollars que ce dernier pouvait générer. Et ce besoin de contrôle est très bien illustré en la personne de Guillaume Tremblay. Le comédien s’amuse à endosser ses rôles – pourtant peu flatteurs – avec un surjeu très bien maîtrisé et répugnant qui contraste avec le côté plus angélique de Sophie Cadieux.
Pour l’interprète qui personnifie la star, quelle performance! Elle danse, chante et change de costume toutes les dix minutes, comme le ferait la véritable Britney. Accompagnée de danseuses et d’une distribution aussi dédiée à la métamorphose qu’elle, elle incarne toutes ses facettes. Tantôt ingénue, tantôt dépressive, désespérée ou révoltée, elle a définitivement les épaules pour refléter la complexité de cette existence. Néanmoins, Dominique Quesnel est sans doute celle qui tire le mieux son épingle du jeu. On a autant envie de la détester que de lui faire confiance, et ce numéro d’équilibriste sert très bien le propos de la pièce, entre voyeurisme et main tendue.
Trop, c’est comme pas assez
La pièce a définitivement misé sur le vavavoom pour susciter l’intérêt. Tel un feu roulant – ou plutôt, à l’image de ce que furent les années Britney lorsqu’elle était au sommet de sa gloire – la création est menée à un rythme effréné. Son metteur en scène, Sébastien David, parle volontiers de son inspiration d’Alice au pays des merveilles, pour expliquer les différents tableaux tous plus éclatés les uns que les autres (on salue le parallèle déroutant entre la combinaison moulante de Oops!… I Did It Again et celle d’Uma Thurman dans Kill Bill). Cette vision s’agence bien avec celle de Larose-Truchon, qui s’octroie quelques libertés d’interprétation, notamment en rêvant d’une Britney soldate qui en viendrait à éliminer les hommes qui ont détruit sa vie.
Le problème, c’est que cette surstimulation visuelle, sonore et imaginaire ne permet pas de digérer et de comprendre les drames de Britney Spears ; et il y en a eu beaucoup, le plus dévastateur étant sans doute la privation de ses fils. D’un côté, la pièce nous encourage à voir au-delà des paillettes et de la jupe d’écolière, mais nous laisse finalement peu de temps pour exhumer les failles d’une artiste a qui l’on souvent exigé de sourire sans jamais lui autoriser les pleurs. Pourtant, le terreau patriarcal est riche! Abus, injonctions diverses, harcèlement, sans oublier la fameuse mise sous tutelle.
Dès lors, on est en droit de se demander si Enfin te voilà (Britney Spears) n’a pas perdu son objectif de départ qui était de dévoiler les rouages d’une industrie sexiste et sans pitié, au profit d’une démonstration de force et d’originalité. Les deux ne sont pas incompatibles, mais leur traitement aurait été sans doute plus digeste avec moins de tableaux et une volonté plus nette d’assumer lesdites injustices, en prenant le temps de s’y arrêter franchement.
Finalement, la publicité entourant le spectacle lui correspond bien : généreux et commercial, plus que revendicateur. De quoi combler certaines attentes, mais pas toutes.
Détails et billets ici.
Crédit photo : Yanick Macdonald
- Artiste(s)
- Enfin te voilà (Britney Spears), Sophie Cadieux
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Espace GO
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