Gorillaz, Little Simz et Deltron 3030 au Centre Bell | La fièvre du samedi soir
Presque quatre ans jour pour jour après son dernier passage à Montréal, le groupe virtuel le plus populaire de la planète était de retour au Centre Bell pour sa tournée The Mountain, mettant en vedette son neuvième album du même nom, inspiré par les sonorités de l’Inde. Pour l’occasion, le collectif mené par Damon Albarn (Blur) a pigé dans 25 ans de compositions pour nous offrir une sélection de 25 morceaux aux influences éclectiques, avec une quinzaine de musiciens et plusieurs artistes invités, dans un univers mariant musique, bédé et cinéma. Au menu : une généreuse prestation de près de deux heures où, comme dans une séance de méditation indienne, plus rien ne comptait, sauf le moment présent.
Pour ses retrouvailles avec le groupe anglais, le public montréalais avait amené son énergie et son enthousiasme du samedi soir. On se serait presque cru au hockey du Canadien tant l’ambiance et le niveau de décibels des grands soirs étaient au rendez-vous. Mais cette fois-ci, au lieu de Suzuki, Caufield, Dobeš et Hutson, c’était 2D, Murdoc, Russel et Noodle, les quatre membres virtuels du groupe, qui étaient accueillis comme des rockstars dès leur apparition sur grand écran pendant l’onirique The Mountain. Même après toutes ces années, il y a quelque chose d’encore surréaliste de voir plus de 10 000 personnes acclamer des personnages animés au même titre (sinon plus) que les musiciens derrière. Ça fait partie intégrante de la magie de Gorillaz, entre réalité et fiction, qui opère encore comme au premier jour.
Onirie et effervescence sous la même enseigne
Après une excellente première partie signée Little Simz, la bande à Albarn est arrivée sur scène peu avant 21 heures, nous plongeant d’emblée dans les influences indiennes du nouvel album avec sitars, sarod et bansuri. Mais la soirée n’allait pas se limiter qu’à une séance de spiritisme hindouiste : comme toujours, le côté bigarré de Gorillaz n’est jamais bien loin. Les rythmiques traditionnelles hindies de The Mountain cèderont ensuite leur place aux influences synth-pop de The Happy Dictator, au rock dansant de Tranz et aux sonorités plus trip-hop de Last Living Souls et Tomorrow Comes Today. Après tout, quand on compte sur un catalogue de chansons aussi variées, il serait fou de ne pas en profiter!
Comme sur l’album The Mountain, les moments oniriques, planants ou mélancoliques étaient habilement contrebalancés par des morceaux énergiques, dansants et effervescents. Le tout, entrecoupé par des interludes animés et des extraits de vidéoclips. Et malgré le caractère très hétérogène des compositions, le tout s’enchaîne parfaitement, dans un véritable feu roulant, entre la nostalgie des premiers albums et la nouveauté des opus plus récents. Rares sont les groupes qui sont encore capables de nous surprendre autant après 25 ans, mais nul doute que Gorillaz en fait partie!
Car des surprises, il n’en manquait pas! Parmi elles, l’inclusion de deux morceaux trop rarement joués – 5/4 en début de parcours et Cloud of Unknowing au rappel – l’apparition d’une marionnette géante pendant Andromeda, et bien sûr, l’invitation de plusieurs fidèles collaborateurs du groupe comme Del the Funky Homosapien, Little Simz, Bootie Brown (The Pharcyde), Popcaan, Kara Jackson, le DJ canadien Kid Koala et Kelvin « Posdnuos » Mercer (De La Soul). Ce dernier a d’ailleurs vanté le niveau sonore exceptionnel du public montréalais à son arrivée sur scène pour interpréter Feel Good Inc. au rappel. C’est vrai que le Centre Bell était particulièrement galvanisé de bout en bout, des premières minutes de The Mountain aux dernières notes de l’incontournable Clint Eastwood. Ça débordait d’enthousiasme chez les 7 à 77 ans, et Damon Albarn nous le rendait bien!
Un gentil dictateur maître de cérémonie
Flanqué d’un habit militaire rappelant les dictateurs de régime communiste (sans doute un clin d’œil satirique au nouveau morceau The Happy Dictator), Damon Albarn, comme à son habitude, prenait des airs de véritable maître de cérémonie.
Charmant, généreux et charismatique, le vétéran musicien de 58 ans a agi comme un politicien (ou un « gentil dictateur ») en campagne passant une bonne partie de la soirée à prendre des bains de foule, serrer des mains, signer des autographes, enlacer des spectatrices médusées et saluer les nombreux enfants présents, testant au passage les limites de la longueur de son fil de micro. Le tout, sans jamais rater une seule note ni une seule parole. Chapeau bas, monsieur Albarn!
À la prochaine montagne!
Si l’album The Mountain prend parfois des allures de testament musical où plusieurs grands artistes disparus reprennent vie – Bobby Womack, Dennis Hopper ou Tony Allen entre autres – l’héritage de Gorillaz, lui, est plus vivant que jamais; il suffisait de voir le public composé d’absolument toutes les générations pour s’en convaincre. Difficile de savoir ce qu’Albarn et son complice Jamie Hewlett aux dessins nous réservent pour la suite, mais chose certaine : le public montréalais sera fort probablement au rendez-vous.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Gorillaz, Little Simz
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Centre Bell
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Hip-hop, Rock,














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