La Dame aux camélias au Théâtre Maisonneuve | Un manque d’éclat
La rentrée des Grands Ballets Canadiens avait lieu hier avec la première de La Dame aux camélias au Théâtre Maisonneuve, en représentation jusqu’au 27 septembre. Adapté du célèbre roman éponyme d’Alexandre Dumas fils, le ballet suit les amours tragiques de Marguerite Gautier, la courtisane qui porte des camélias dans ses cheveux, et d’Armand Duval, un jeune homme de la bourgeoisie parisienne du 19ème siècle.
La première surprise, ou peut-être déconvenue, hier soir fut de voir le ballet au Théâtre Maisonneuve et non dans son écrin habituel à la salle Wilfried-Pelletier, celle-ci se préparant visiblement à recevoir l’opéra Turandot de Puccini dont les représentations commencent le 26 septembre. Est-ce cette contrainte de chevauchement des représentations qui a conduit Florian Ziemen et son équipe à la musique à ne pas faire appel à un orchestre et seulement à une pianiste et une bande-son, ou était-ce un véritable choix artistique ? Dans tous les cas, pour qui s’attendait au faste coutumier des Grands Ballets, la déception était de mise.
Le ballet en quatre actes suit Marguerite, courtisane jeune, belle et populaire, qui tombe amoureuse d’Armand, beau jeune homme passionné, en dépit des conventions et de ce que le métier de la première implique. Le patriarcat et la maladie lui seront fatals, et les titres des actes choisis par le chorégraphe canadien Peter Quanz – L’Amour, Le Sacrifice, L’Abîme et Le Trépas – reflètent cette inéluctable progression. Dans les rôles principaux, trois couples différents d’interprètes se succèdent: Rachele Buriassi et Esnel Ramos, Anya Nesvitaylo et Roddy Doble et enfin Maude Sabourin et Thomas Leprohon. Un choix audacieux, mais payant, qui permet de faire briller sur une même représentation plusieurs membres des Grands Ballets, qui présentent tous une belle alchimie et une aisance indéniable dans leurs nombreux pas de deux.
Une voix off se fait entendre à intervalles réguliers pour lire des extraits du roman (librement adaptés par Peter Quanz), le narrateur étant d’ailleurs un personnage à part entière dans cette version dansée de La Dame aux camélias. Cependant, les extraits choisis sont assez misogynes – ce qui n’est pas étonnant pour l’époque où le roman a été écrit et publié, mais l’on s’interroge sur la pertinence de mettre en valeur ceux-ci en 2026. Cette désagréable impression est d’autant plus renforcée par le fait qu’une des danseuses principales se retrouve également à moitié nue sur scène à la fin de l’acte 2, déshabillée par un personnage masculin : n’y avait-il pas un autre moyen de signifier la maladie pulmonaire de Marguerite et la domination masculine qu’elle subit ?
Un acte 2 par ailleurs assez confus où il est difficile de faire la différence sur scène entre le Duc, qui entretient financièrement Marguerite, et le père d’Armand, venu exiger la fin de cette relation inconvenante au regard de la bonne société. Après un premier acte simple mais plutôt plaisant et un troisième acte qui présentait un numéro d’ensemble tout à fait impressionnant, le dernier acte, plus contemporain et abstrait, expliquait ici le « néo » de « ballet néoclassique ». Outre la qualité des interprètes principaux relevée plus haut, on notera dans les points positifs quelques beaux costumes et des accessoires (éventails, cannes) intelligemment utilisés tout au long du spectacle, mais cette version de La Dame aux camélias peine malheureusement à transmettre une quelconque émotion, et nous laisse surtout avec des interrogations.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- La Dame aux camélias (Grands Ballets)
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Maisonneuve
- Catégorie(s)
- Ballet, Danse,




































Vos commentaires