La Mouette d’Anton Tchekhov au Théâtre Denise-Pelletier | L’adaptation 100% québ
Il y a de ces classiques dont le thème ne prend pas une ride, et c’est le cas de La Mouette, la comédie noire du dramaturge russe Anton Tchekhov écrite en 1895. L’adaptation québécoise de Guillaume Corbeil, d’abord présentée au Prospero en 2024, revient en scène avec la même distribution initiale, cette fois à Denise-Pelletier. Triangles amoureux, réflexions sur le coût de la vie et le sort des artistes, la pièce a tout pour plaire mais manque un peu de rythme.
L’accueil réservé au public est festif, avec des grandes franges scintillantes ornant le plafond de la salle et la scène. Avant même que le show commence, des spectateurs sont invités à prendre place sur la scène avec les acteurs Olivia Palacci et Simon Beaulé-Bulman, respectivement Macha et Sémion, qui démarrent déjà une saynète où Sémion déclare son amour à Macha. Celle-ci le repousse gentiment et on comprend plus tard qu’elle trippe sur Kostia, aspirant auteur, qui lui trippe sur Nina, aspirante comédienne. Tout ce beau monde gravite autour de la grande actrice Arkadina, mère de Kostia, venue de la grande ville pour se reposer en campagne. Elle est accompagnée de son nouveau chum, l’écrivain connu Trigorine, ainsi que de son frère Sorine, ancien juge à la retraite. Kostia a convié toute la bande à assister à une représentation privée de sa pièce de théâtre expérimentale, mettant en vedette Nina et lui. Durant la pièce, Arkadina se moque vertement des répliques de son fils et Kostia s’interrompt alors, frustré et insulté. Nina sera attirée par l’aura de vedette de Trigorine, qu’elle ira rejoindre à Moscou.
Sous les allures de tragédie, la pièce est une vraie comédie de mœurs qui aborde de front le statut de l’artiste, en mettant en comparaison ceux qui connaissent du succès et ceux qui restent dans l’ombre. Le mépris d’Arkadina pour les efforts de son fils étouffe ses ambitions, et plutôt que de l’encourager en le mettant en contact avec son réseau et en l’appuyant financièrement, elle le voit comme un rival. Macha Limonchik défend bien cette femme jalouse et insécure qui vieillit, et qui voit bien que son amant s’éprend d’une plus jeune. Mattis Savard-Verhoeven est convaincant en Kostia, mais le personnage est tellement tourmenté qu’il semble n’avoir que cette dimension, comme s’il était incapable de légèreté. L’humour est pourtant omniprésent dans le texte, et Olivia Palacci démontre encore une fois son arsenal comique en duo avec Simon Beaulé-Bulman qui incarne un attachant prof de primaire incompris. Un personnage d’ami de la famille du médecin joué par Daniel Parent vient aussi alléger l’ambiance avec ses pas de danse Broadway au milieu de nul part. Renaud Lacelle-Bourdon et Madeleine Sarr sont impeccables en Trigorine et Nina, lui faussement modeste, et elle diamétralement opposée en ingénue, puis en femme brisée. C’est à elle qu’est attribué l’allégorie de la mouette, et la tirade célèbre, bien que livrée avec cœur, qui nous a laissé avec une lourdeur étrange, comme désincarnée. Peut-être est-ce simplement la rupture de ton avec tout le reste de la pièce qui laisse perplexe?
L’adaptation de Guillaume Corbeil est truffée de références très québ, comme le fait que les théâtres doivent maintenant programmer des «vedettes qui vendent des tickets». Mais d’un autre côté, il a conservé les lieux d’origine, au «domaine» en périphérie de Moscou, et il aurait été intéressant de pousser un peu en se projetant dans un chalet des Laurentides par exemple, plus en phase avec le «criss» lâché par Kostia.
La mise en scène de Catherine Vidal abandonne le quatrième mur alors que plusieurs personnages s’adressent au public à des moments clés de la pièce. Comme la convention reste inconstante, on a l’impression que l’effet n’est pas toujours au rendez-vous, cassant le rythme de certaines scènes. La fin reste très percutante, et plusieurs moments forts rehaussent le texte encore tellement criant d’actualité.
- Artiste(s)
- La Mouette
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Denise-Pelletier
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