Georges

Georges de Nathalie Doumar à La Licorne | Le plus fort, c’est Papa

L’autrice et comédienne Nathalie Doumar poursuit son cycle de création sur la famille avec la pièce intimiste Georges, autour d’un père immigrant et de sa relation avec ses deux enfants élevés au Québec. Dans ce troisième récit autofictionnel, Doumar nous convie à une incursion dans le salon de la maison familial, où se déploie des bribes de 25 années de cafetière du matin, de veillées de Noël, de bonnes et de mauvaises nouvelles. Comme ces autres opus, l’écriture de Georges est empreinte d’un réalisme et d’une honnêteté désarmante.

Nathalie Doumar nous a habitué à des familles nombreuses et fourmillantes : les cousines bossy, les frères machos, les oncles bougons, c’était toujours le joyeux bordel et les répliques assassines.  Cette fois, c’est beaucoup plus intime. On s’invite dans la maison couverte de tapis d’un bonhomme chaleureux et bienveillant, peu démonstratif de ses émotions, comme on en connait tous un né dans les années 50. Il y vit avec sa fille, Diane, son fils Joseph et leur mère, qu’on ne verra jamais. On se concentre sur les évènements marquants qui traverseront les années, de la séparation des parents, au cancer de Joseph dans la vingtaine à la carrière en théâtre de Diane.

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De tout le spectacle, on ne verra que le salon, cette pièce centrale où tout arrive : les peines, les joies, les chicanes, les remises en questions, la maladie. On y saisit la recherche d’approbation parentale et l’imperfection des marques d’amour du père, qui veut seulement protéger ses enfants, mais toujours dans une grande confiance et un beau lâcher prise sur la vie. L’humour est toujours au cœur des relations des personnages de Doumar, comme le fil invisible qui les garde unit inconditionnellement.

La scénographie est sobre et sert bien le propos. La télévision, exprimée seulement par des effets de lumières, est un personnage en soi, à la fois témoin inanimé et fenêtre sur les changements de la société occidentale moderne que Georges apprivoise à son rythme. Manuel Tadros revêt de nouveau les habits du papa de Nathalie Doumar, ainsi que Neil Elias (Mille secrets mille dangers) celui du frère, et les trois forment un trio plus que crédible. On sent la véritable affection des trois acteurs.

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La pièce est un hommage à la paternité banale, mais dont les résultats ne sont pas banals, comme l’explique Nathalie Doumar : «Mon père ne m’a jamais lancée dans les airs, mais il m’a donné des ailes, celles qui poussent sur le dos des petites filles qui n’ont jamais eu à craindre leur papa.» On sent en effet à quelques reprises que la fille doit éduquer son père sur les comportements douteux que certains hommes ont envers elle, en tant que femme, et que lui ne comprend pas parce qu’il ne ferait jamais ça. C’est très touchant de voir cet homme évoluer grâce à ses enfants avec les années, malgré ses inconforts et ses contradictions. On est ému à plusieurs reprises par ses attentions maladroites et ses commentaires philosophiques. La mise en scène le garde d’ailleurs physiquement présent à beaucoup de moments, comme pour montrer qu’il garde le fort, comme un arbre solide. Georges aime beaucoup la musique et fait d’ailleurs chanter la foule lors d’un souper de Noël. Il affectionne la chanson Smile de Charlie Chaplin et celle de Lynda Lemay, Le plus fort c’est Papa.

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