Entrevue avec Ian Kelly, grand manitou du festival SuperFolk Morin-Heights
Les 14 et 15 août, direction Morin-Heights! Pour une neuvième édition, le SuperFolk présentera une demi-douzaine de spectacles dans le parc Basler. Nous nous sommes entretenus avec Ian Kelly, auteur-compositeur-interprète bilingue derrière l’initiative.
« Au début, c’était pour créer un événement pour la communauté, pour rencontrer nos voisins, pour partager quelque chose, dit Ian Kelly, au bout du fil. La musique a toujours été très importante à Morin Heights, poursuit-il. Je pense qu’historiquement, il y a eu des choses qui ont marqué l’histoire de la musique au Québec qui se sont passées ici », faisant notamment référence à l’institution Le Studio, tenue par André Perry, qui a vu passer derrière ses micros des artistes légendaires comme David Bowie, The Police, Rush, les Bee Gees et notre Céline nationale. Le Studio a malheureusement fermé en 2003, et s’est depuis fait démolir.
« Il ne se passait plus rien depuis des années, ou presque! lance Ian Kelly. En 2017, j’ai décidé d’organiser un concert dans le parc. Je ne savais pas que ça allait devenir un festival, honnêtement. Mais ça s’est bien passé. On me demandait : “pis, tu vas refaire ça l’année prochaine?” Finalement, neuf ans plus tard, on est encore là. »
Au fil des ans, le SuperFolk a accueilli des artistes de renom, comme Martha Wainwright, Julie Doiron, Bobby Bazini, The Barr Brothers et Leif Vollebekk. Cette année, on retrouve encore une belle affiche, avec notamment Bahamas, Fred Fortin et le duo formé par les Sœurs Boulay et Elliot Maginot, anciens colocataires en tournée ensemble depuis quelques mois.
* Fred Fortin et Olivier Langevin au Show de ruelle, en 2026. Photo par Pierre Langlois.
La programmation est complétée par Beatrice Deer, The Big O String Band, quintette montréalais de bluegrass, Hanorah et Les Petites Tounes, un projet qui plaira aux grands, mais surtout aux petits! On rappelle que le festival SuperFolk est accessible gratuitement aux personnes de moins de 18 ans.
En lisant ces lignes, les habitués du SuperFolk se diront : « tiens, bizarre, pourquoi en sait-on autant sur la programmation? » Car le festival de Morin-Heights avait pris l’habitude de ne rien dévoiler de sa programmation, ou très, très peu, et de laisser la surprise des musiciens présents jusqu’aux derniers moments. Ian Kelly a décidé de brasser les cartes et faire les choses différemment cette année.
« Je pense qu’on était quand même excité de notre programmation, on avait envie de la promouvoir! » dit-il, enjoué. Et pour les prochaines éditions, on s’enligne vers quoi : surprise, pas de surprise? « Les gens, avant d’acheter des billets pour quelque chose, ont besoin de se faire rassurer sur ce qu’ils achètent. Il y a beaucoup de compétition, admet Ian Kelly. Fait que ça se peut qu’on continue comme ça. Peut-être qu’on trouvera un équilibre aussi, avec certaines surprises. On verra. »
* Elliot Maginot et Les Sœurs Boulay à Petite-Vallée, en 2026. Photo tirée de la page Facebook du Festival en chanson de Petite-Vallée.
Ouvrir son folk
On regarde une nouvelle fois l’affiche du SuperFolk : Fred Fortin, pour ceux qui l’ont vu avec Gros Mené, Galaxie ou simplement avec son projet solo, savent qu’il aime crinquer le son « dans l’tapis »! Bref : c’est un peu folk, mais ça rock surtout! Et Hanorah, derrière la populaire chanson Saturn Return, est à la croisée de plusieurs genres musicaux, comme le R&B, la soul et le rock.
Ian Kelly admet que le « folk » dans son festival SuperFolk n’est pas figé, et qu’il ne s’y cantonne pas lorsqu’il monte la programmation de son événement.
« Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, folk, de toute façon. Moi, on m’a toujours collé cette étiquette-là, comme auteur-compositeur-interprète. Je pense que c’est parce que je joue de la guitare acoustique et que je raconte des histoires entre les chansons, explique-t-il, lui qui a débuté en 2005 avec l’album Insecurity. Les critères pour nous, c’est qu’il faut que ce soit bon, en gros. Puis, tu sais, on n’ira pas dans le métal ou des choses qui sont vraiment trop loin, ou le hip-hop, c’est pas vraiment notre bag. Mais les gens qui aiment le genre de musique qu’on programme depuis des années, on commence à les connaître, après avoir passé neuf ans à programmer le Super Folk. On peut pousser un petit peu plus loin notre folk aussi, maintenant qu’on connaît notre clientèle. »
* Bahamas au Bluesfest d’Ottawa, en 2024. Photo par Marc-André Mongrain.
« Bonjour-hi »
L’une des spécificités du SuperFolk? L’événement se revendique complètement bilingue, aussi ouvert aux francophones de Morin-Heights qu’aux anglophones. On rappelle que la municipalité des Laurentides compte l’une des populations anglophones les plus importantes au Québec proportionnellement à la population totale de la ville. Ian Kelly, lui-même, a grandi dans un environnement complètement bilingue : son père est francophone, sa mère est anglophone. Dans l’ouest de Montréal, il est élevé entre la langue de Cohen et celle de Daniel Bélanger.
Sensible aux deux réalités linguistiques, Ian Kelly déplore la « guerre » que mène parfois les industries québécoises francophones à l’égard de l’anglais. « De toute façon, je n’aime pas le mot “défendre” la langue française. Je pense que la “mettre en valeur”, ce serait déjà plus intéressant. Moi, je me fais une fierté d’être bilingue. Je pense que c’est une richesse. Puis, je ne pense pas que ce soit un problème qu’il y ait de l’anglais [au Québec]. Je veux dire, pour moi, ce n’est pas une menace. Peut-être parce que j’ai grandi dans les deux langues, je me “méfie” moins. »
Au SuperFolk, on prône pour laisser tomber ces barrières : Ian Kelly rappelle qu’au Québec, un francophone peut chanter en anglais, et vice-versa.
C’est pas toujours politique. Le choix de la langue, c’est souvent pas nécessairement un choix conscient. C’est une démarche artistique. Pour moi, j’entends pas de l’anglais ou du français. J’entends de la musique.
* Photo tirée de la page Facebook du SuperFolk.
L’année prochaine, 2027, gros chiffre à souligner pour le SuperFolk : sa dixième édition, un cap hautement important pour n’importe quel événement, modeste ou pas! Ian Kelly pense-t-il marquer le coup de manière considérable?
« Oui et non. Les festivals sont toujours dans des situations très précaires, ça a toujours été un an à la fois, parce qu’on traite chaque année comme si c’était la dernière, dit-il. Mais on n’a pas tendance à faire toujours ce qui est convenu. Donc peut-être qu’on fera notre plus petite édition à vie l’année prochaine pour célébrer les 10 ans. “Small is beautiful.” On ira peut-être là. » Intriguant!
D’ici là, vous pouvez vous informer sur la programmation du SuperFolk plus en détail, puis réserver des billets pour l’événement juste ici.
- Artiste(s)
- Bahamas, Elliot Maginot et Les soeurs Boulay, Fred Fortin
- Ville(s)
- Morin-Heights
- Salle(s)
- Parc Basler
- Catégorie(s)
- Festival, Folk,
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