Deep Purple à la Place Bell | Les années passent, le rock reste
À la Place Bell, le 17 août, tout peut porter à la nostalgie : près de six décennies de carrière, Ian Paice, seul membre présent sans interruption depuis 1968, et un public largement composé de baby-boomers. Mais dès les premières mesures, le concert impose une autre perspective. Highway Star ne se présente pas comme une pièce de musée : le morceau ouvre la soirée avec la vitesse, la tension et les échanges instrumentaux qui ont contribué à définir le son de Deep Purple. Plutôt que de revenir sur ce que le groupe a été, il donne d’emblée à entendre ce qu’il est encore sur scène.
Dans la salle, une majorité du public appartient à la génération des baby-boomers. Quelques silhouettes semblent avoir conservé les codes vestimentaires de leur jeunesse : cheveux longs désormais grisonnants, vestes de cuir, bandanas et santiags. Cette fidélité se lit moins dans l’exubérance que dans la présence d’un public venu retrouver un groupe dont il connaît intimement les morceaux.
L’entrée en matière joue avec l’histoire du groupe. Une vidéo d’ouverture au traitement rétrofuturiste installe d’emblée un imaginaire visuel qui semble tout droit sorti d’une autre époque. Sur scène, un large écran vidéo prolonge ce parti pris avec des images et des extraits de clips, tandis que les projecteurs découpent l’espace en faisceaux sans chercher l’effet spectaculaire. L’ensemble reste relativement sobre et laisse les musiciens au premier plan. Une esthétique volontairement peu démonstrative, qui paraît presque secondaire dès que la musique commence : chez Deep Purple, le spectacle repose d’abord sur les instruments.
Highway Star donne immédiatement le ton : rapide, tendu, porté par un riff reconnaissable et par les échanges entre la guitare et les claviers. L’orgue Hammond, indissociable du son de Deep Purple depuis l’époque de Jon Lord, occupe encore une place centrale dans cette conversation entre les instruments. A Bit on the Side et Into the Fire maintiennent cette énergie, avant qu’Arrogant Boy et Lazy Sod ne fassent entrer dans le set des morceaux plus récents. Avec Lazy Sod, le rythme se fait plus souple et plus blues, tandis que When a Blind Man Cries apporte une dimension plus mélodique. Le concert rappelle ainsi que, derrière l’étiquette hard rock, Deep Purple a toujours cultivé un répertoire aux influences multiples.
Des musiciens de haut calibre
Les solos sont parmi les moments les plus marquants de la soirée. Celui de Simon McBride offre un véritable espace de liberté au guitariste. La première grande ovation vient ensuite saluer Don Airey et son solo de claviers. Ces passages instrumentaux sont ceux où l’on entend le mieux la personnalité des musiciens : le concert ne repose plus seulement sur les chansons que l’on connaît, mais sur la manière dont McBride et Airey choisissent de les interpréter.
Vient ensuite Smoke on the Water. La standing ovation était prévisible, mais elle prend tout son sens dès les premières notes : le riff est immédiatement reconnu par toute la salle. Paru en 1972 sur Machine Head, le morceau a depuis largement dépassé le cadre du répertoire de Deep Purple pour devenir un classique du rock. Hush, reprise de Joe South popularisée par le groupe dès 1968, referme la soirée en ramenant le public aux tout débuts de Deep Purple.
Le véritable enjeu du set apparaît dans la coexistence des époques. Les titres de SPLAT! alternent avec les classiques du groupe. Les morceaux récents permettent de constater que certains traits du groupe demeurent : le goût du riff, le groove, le dialogue guitare-clavier et surtout cette volonté de laisser aux musiciens une véritable liberté d’interprétation.
Après près de soixante ans, Deep Purple n’a pas besoin de transformer sa longévité en argument. Le concert trouve sa force ailleurs : dans les interventions sobres d’Ian Gillan, les solos, les échanges entre les instruments et la place laissée à l’interprétation. La nostalgie est bien présente dans la salle, mais sur scène, ce sont encore les musiciens qui ont le dernier mot.
- Artiste(s)
- Deep Purple, Don Airey, Ian Gillan, Ian Paice, Roger Glover, Simon McBride
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Place Bell
- Catégorie(s)
- Hard rock, Heavy metal, Métal, Psychedelique, Rhythm and blues, Rock,
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