crédit photo: Richard Mercie
Anaïs Barbeau-Lavalette

Architectures de la joie à la Cinquième Salle|Combats du feu par l’allégresse

Avoir rendez-vous avec Anaïs Barbeau-Lavalette s’avère à chaque évasion un gage d’en ressortir plus léger, la tête dégagée de l’étau du quotidien, de la banalité des jours. Et avec la lecture théâtrale sur fond musical d’une œuvre conjointe avec Steve Gagnon sous forme de correspondances entre un homme et une femme s’aimant simplement, le texte feuillu dégage des parfums de fraîcheur. Ensemble, ils manient des feux de Bengale pour maintenir la joie comme posture, dans un monde où colère et peur rôdent sous leurs habits sombres.

Publié en septembre 2025 chez Marchand de feuilles, le pavé Architectures de la joie fait son poids de belles lettres. Pas moins de 448 pages de prose, partages de récits d’existence sur le rôle parental, la place de la tendresse, de l’amour. Et des réflexions sur des philosophes ayant songé au sens profond de la joie comme Spinoza – le « préf » d’Anaïs, le souligne-t-elle à deux reprises durant le spectacle littéraire. La joie, ce réflexe de sortir de soi pour aller à la rencontre de l’autre et sortir de sa torpeur. Autre perle de songerie sur l’étymologie latine de verbe desiderare « désirer » – rompre avec l’état de sidération pour aller vers l’autre. Car cette correspondance y puise son encre, du désir d’aimer, de connaître le monde et sa Nature jusqu’à ses tapis de mousse et lichens, qui jonchent le globe depuis des millions d’années, survivants de l’adaptation. Si ces espèces résistent ainsi au temps, l’humain doit s’en inspirer, et les admirer coucher sur le ventre, le nez contre elles pour se nourrir d’espoir.

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Lettres rédigées sur deux années, la correspondance entre les deux plumes invite à croire en l’amour dans sa dimension la plus pure, le temps nécessaire pour s’apprivoiser. Le texte est contemporain, avec ses touches d’humour juvénile et ses expressions qui font rire. On voyage au fil du fleuve Saint-Laurent, des rivières et des étangs aux fonds brouilles méprisés par l’un. Jusqu’ à des pays lointains – la Palestine, le Belize et sa barrière de corail, le Guatemala et le Japon, là où la joie tient ses promesses durables. La posture requiert une rigueur face à son plus redoutable ennemi, la peur. Entre ces deux pôles, l’amour tendre et l’attention à l’autre sont les seuls recours à ce malaise qui frappe à l’intérieur de soi et qu’il faut chasser pour que s’infiltre la joie.

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Habiter la joie, lui donner vie chez-soi grâce à la présence de l’être aimé. La solidifier par la présence de sa tribu, de sa famille, des enfants. Architectures de la joie offre tant de perspectives pour repenser à ce pan de nos vies trop souvent secondaire, mis de côté par l’agitation moderne. Ce spectacle mis en musique par le jeu subtilement poétique de la contrebasse et d’une guitare singulière de forme carrée sent le bonheur à plein poumons. Un feu alternant entre douceur et fulgurance, l’humain comme seul héros détenteur de la joie sur laquelle se fonder et briller malgré la crainte des lendemains.

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