Festival international de Jazz de Montréal 2026 – Jours 1 & 2 | Louis Cole sous deux angles
Louis Cole est l’un des artistes les plus singuliers de la scène musicale actuelle. Batteur virtuose, multi-instrumentiste, compositeur, chanteur et producteur originaire de Los Angeles, il est reconnu pour brouiller les frontières entre le jazz, le funk, la pop et la musique électronique. En l’espace de 24 heures, les mélomanes montréalais ont eu l’occasion de le voir évoluer dans deux contextes complètement différents. Notre photographe Pierre Langlois était sur place afin d’observer de plus près ces deux facettes de son univers musical.
Louis Cole Big Band
La première journée du festival s’est achevée par la performance du Big Band de Louis Cole, un projet ambitieux qui vise à transposer son univers excentrique et ultra-groovy dans une formation d’une dizaine de musiciens. L’approche du musicien de Los Angeles diffère de celle de la plupart des big bands de jazz traditionnels : plutôt que d’en reprendre les codes, il en conserve la puissance sonore pour la mettre au service du funk, de la pop et de la musique électronique. Il en résulte un véritable laboratoire sonore où la virtuosité collective est mise au service d’une musique résolument moderne.
Tout au long du spectacle, Cole dirige l’ensemble tout en passant sans effort de la batterie au clavier, assurant également des parties vocales.
L’ensemble crée un chaos festif savamment organisé. Solos de jazz incisifs, arrangements rythmiques d’une redoutable précision et passages harmoniquement sophistiqués se côtoient dans un tout suffisamment réussi pour se révéler irrésistiblement dansant.
L’esthétique fait sourire par moments : un mélange d’anarchie et d’humour spontané qui donne l’impression d’une joyeuse pagaille, alors que tout est en réalité parfaitement maîtrisé.
Pari réussi pour cet artiste rassembleur qui privilégie avant tout le groove pour nous faire danser.
David Binney Action Trio
On retrouve le musicien le lendemain, cette fois dans un rôle d’accompagnateur. Le projet Action Trio de David Binney révèle une facette moins connue de Louis Cole. Habitué à porter ses propres compositions, Cole se place ici au service de la vision du saxophoniste.
Dès les premières mesures, le cadre est posé : les textures électroniques, omniprésentes, forment la base du langage du trio. Binney ouvre le concert avec une boucle incisive, propulsive, qui impose immédiatement le rythme. Les nappes ajoutées via ses pédales donnent au son une couleur légèrement kitsch, rappelant le lo-fi des années 80.
Cole, lui, joue avec un calme presque déroutant. Son expression impassible contraste avec l’exigence de la musique, qui demande une précision et une concentration extrêmes. D’une pièce à l’autre, le trio navigue entre jazz contemporain, rock et improvisation libre. Cole module alors son jeu : nuances plus marquées, contrastes de dynamique, grooves parfois proches de l’industriel.
La cohésion du groupe est manifeste. Binney lance des spirales mélodiques que Cole et Krstajic amplifient, transformant chaque motif en une montée de tension collective. Ces interactions, souvent explosives, donnent au concert une intensité rare.
Au final, le spectacle met pleinement en valeur le jeu percutant de Cole. Son énergie brute et sa sensibilité pop-électronique s’intègrent parfaitement à l’esthétique du trio, contribuant à un moment musical dense, électrique et remarquablement maîtrisé.






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