FTA 2026 | Braids & Heritage au Monument-National : Anti-country caricatural
À chaque festival ses moments spectaculaires. Et ses tentatives carrément moins enlevantes. Braids & Heritage prend la forme d’un condensé d’explorations à tendance woke qui nécessiterait un décodage plus fin et, surtout, une marche en avant sur la position de l’art. Sauf si l’objectif résidait justement à déployer un anti-spectacle. En tel cas, l’effet est total.
En prologue, et jusqu’à la clôture, une sensation brouillonne s’infiltre au concept danse-théâtre. Deux danseurs — Stacey Désilier et Jossua Satinée, qui a fait ses armes chez Marie Chouinard de 2019 à 2024 — jettent leurs regards sur le public avec ironie, tentative d’inspecter les appréciations alors que peu ou prou ne se passe sur scène. En premier acte, place au mode country avec une chorégraphie d’abord d’influence western, santiags aux pieds, blue jeans déchirés au fessier, haut sexy aérien. Un guitariste apporte son jeu pour donner la cadence au duo qui se prête à des mouvements de danse en ligne. Puis le ton change, la guitare s’électrifie et on a la sensation de n’être plus tout à fait sur la même note. Bascule vers un monde plus trashy où les mouvements deviennent plus lascifs, la jambe se soulevant à 180 degrés. Impressionnant pour un moment. Mais à quoi assiste-t-on ici ? Une immersion de danse à l’occidental, une nouvelle forme d’appropriation du cow-boy / cow-girl ? Premier symptôme brouillon.
La suite à laquelle nous réserve le tandem reste dans ce registre presque humoristique, sauf lors de l’excellente performance rap à laquelle les deux artistes donneront tout leur fiel. Cagoulées et vêtues en pantalons amples, on les découvre dans une dimension portée par un DJ qui balance du lourd aux platines et fait résonner leurs pas. La chorégraphie en jette, l’attitude désinvolte sied à Désilier et Satinée. Peut-être était-ce là l’objectif recherché, de réserver cette portion du spectacle maîtrisé pour en mettre plein les yeux et détoner sur tout le reste caricaturalement ? Autre interrogation sans évidence.
La scène la plus embrouillée de Braids & Heritage laisse place à une pénible séance libre de dessins à la craie et danse au sol sur un amas d’objets et accessoires. Pendant que l’un s’apprête à une débauche de traits difficiles à décrypter et apprécier esthétiquement, l’autre se déplace au sol dans une démarche s’apparentant à une fatigue de fin de soirée. Allons-nous assister à une œuvre naissante au terme de cet essai pictural ? Peut-être que ces longues minutes seront d’utilité artistique ? Mais non. C’est à n’y rien comprendre.
Pour clore les 50 minutes, le duo se pare à nouveau d’une énième tenue en se dévêtant devant public : un costume aux teintes bonbon – c’est le cas de le dire, avec des sucettes composant la culotte. Un air connu monte de l’arène, celui de Womanizer de Britney Spears. Sucette en bouche, les protagonistes chantent en déformant les paroles initiales avec une autre idée en tête ; celle de changer le titre pour Colonizer. Quel est le point, la musique pop serait aussi un symbole de colonisation ? L’énigme est complète.
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Monument National - Studio Hydro-Québec
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,
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