Festival International de Jazz de Montréal 2026 – Jour 3 | Charles Lloyd offre une vision vivante du jazz
Le Festival international de Jazz de Montréal (FIJM) accueillait, samedi 27 juin, l’une des grandes figures du jazz des XXe et XXIe siècles. À 88 ans, le saxophoniste et flûtiste américain Charles Lloyd continue d’enrichir une œuvre toujours guidée par une curiosité intacte. Intronisé au Memphis Music Hall of Fame et décoré du titre de Chevalier des Arts et des Lettres en France en 2019, il demeure une référence dont l’influence déborde largement le jazz. Vêtu de noir, coiffé d’un bonnet et portant des lunettes fumées, il prend place sur la scène de la Maison symphonique avec un sourire tranquille. Quelques mois après la parution de Figure in Blue et à l’approche de la sortie de Sangam & Friends, prévue le 24 juillet prochain, Lloyd poursuit une démarche où le jazz dialogue naturellement avec le blues, la musique classique et d’autres horizons musicaux.
Dès les premières minutes, Lloyd pose d’emblée une dynamique très libre. Son jeu au saxophone comme à la flûte conserve une remarquable souplesse. Pendant 90 minutes, il fait preuve d’une endurance impressionnante, tout en proposant une conception du soliste fondée sur l’écoute et la circulation du jeu. Lorsqu’il s’interrompt quelques instants, ce n’est jamais une rupture, mais une extension du fil musical : ces respirations lui permettent d’observer ses partenaires, d’écouter leurs propositions, puis de reprendre le discours au moment juste. Chez Lloyd, la musique se nourrit avant tout de l’écoute, de la sincérité des échanges et de l’intuition. Son plaisir d’être sur scène est manifeste, tout comme la gratitude qu’il témoigne envers le public, saluée par de chaleureux applaudissements.
Cette vision irrigue l’ensemble du quartet. Lloyd se déplace entre les musiciens, échange des regards complices, souffle quelques indications à James Francies avant de le laisser développer son improvisation. Les longues formes donnent à chacun l’espace nécessaire pour construire son chorus sans rompre l’équilibre de l’ensemble. Souvent les yeux fermés, Harish Raghavan paraît entièrement absorbé par son instrument, tandis que Kweku Sumbry soutient chaque évolution avec finesse, restant attentif à Lloyd. Plus qu’une succession de solos, le concert prend la forme d’un dialogue permanent où chaque intervention nourrit la suivante. Les quatre musiciens façonnent un langage commun, inscrit dans la tradition du jazz, qu’ils prolongent collectivement.
Aucun discours ne vient ponctuer la soirée. Les musiciens laissent les compositions et les improvisations porter le récit. Dans la salle, le silence traduit une attention soutenue, avant de céder la place à des applaudissements nourris à la fin de chaque morceau. Le rappel, accueilli avec enthousiasme, confirme ce lien qui s’est tissé entre la scène et le public.
Au terme de ces 90 minutes, Charles Lloyd dépasse largement le cadre du concert. Il réaffirme une vision du jazz comme un art vivant fondé sur la confiance, l’écoute partagée et la transmission.
- Artiste(s)
- Charles Lloyd Quartet
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Maison Symphonique de Montréal
- Catégorie(s)
- Blues, Contemporaine, Jazz, Jazz/Blues,



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