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Printemps autochtone d’Art DEUX | Critique : Un monde qui s’achève – Lola

Du 30 avril au 2 mai à la Maison de la Culture Frontenac, les productions Ondinnok présentent Un monde qui s’achève – Lola, une pièce de théâtre mythologique aussi dense que colorée.

La troupe autochtone Ondinnok présente sa plus récente production dans le cadre du multi-événement Printemps autochtone d’Art DEUX, avec une mise en scène d’Yves Sioui et une mise en mouvement de Leticia Vera.

ondinnokIl s’agit de parallèles entre la mission anthropologique d’Anne Chapman en Terre de Feu, partie recueillir des chants et témoignages de la dernière survivante de la tribu des Selk’nams, Lola Kiepja, et de moments de violence envers les femmes autochtones de l’histoire coloniale et contemporaine.

L’histoire de Lola et d’Anne et l’histoire de Selk’nams sont celles des femmes opprimées, et celles de tous les peuples anéantis au nom de la suprématie autodéclarée des Hommes Blancs. C’est la déshumanisation des tribus, et particulièrement des femmes, par les colons qui ont justifié les massacres, les viols et les humiliations, et c’est l’attitude pédante et paternaliste (représentée par l’intervieweur parisien) qui les permet encore aujourd’hui.

Passant de la Patagonie à Paris, de la jeune à l’ancienne Anne Chapman, des forêts faussement calmes aux rues bordant une usine, Un monde qui s’achève est une histoire vraie et universelle, celle des ravages de l’anthropocentrisme et du sexisme combinés.

Si certaines scènes semblent confuses, c’est qu’elles ont besoin de leurs suivantes ou parfois d’un peu de recherche quant aux coutumes de la feu tribu des Selk’nams pour être bien comprises, ce qui contribue à la richesse de l’œuvre.

À travers une trame narrative plurielle, Ondinnok nous offre un théâtre différent, où défilent de nombreux performeurs, une myriade de décors et d’incalculables histoires.

 

Lorsque le Soleil a voulu tuer la Lune

Le Selk’nams avaient une légende, qu’ils racontaient par des performances théâtrales lors de leurs rassemblements, selon laquelle un jour le Soleil (l’homme) a voulu tuer la Lune (la femme). Ce type de récit est commun à presque tous les peuples : la femme, qui a le pouvoir de porter la vie, a l’avantage sur l’homme de savoir sa continuité assurée, et l’homme, ne pouvant tolérer l’incertitude de sa paternité, assure sa descendance en créant et entretenant une emprise physique et psychologique sur la femme. Voilà une partie de l’histoire de la violence de l’humanité, dont, comme Ondinnok le souligne, le pourquoi reste pourtant ouvert.

Ondinnok raconte pour ne pas qu’on oublie, mais aussi pour ne pas qu’on s’endorme alors que les meurtres et autres injustices sont encore perpétrés au quotidien contre les femmes ainsi que les minorités ethniques désignées comme « sauvages » et donc menaçantes pour l’ordre établi des sociétés occidentales.
On quitte Un monde qui s’achève – Lola la tête pleine d’informations, d’histoires, de questions et d’émotions.

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