Festival Pouzza Fest

Entrevue avec Hugo Mudie | Le Pouzza Fest offrira un système d’accompagnement aux personnes handicapées ou en douleur

Le Pouzza Fest, ça commence demain! Le fameux festival punk montréalais qui plante son drapeau au milieu du centre-ville, dans diverses petites salles du Quartier des spectacles et à l’esplanade Tranquille pour une programmation extérieure gratuite, en est déjà à sa 14e édition. On s’est entretenu avec le cofondateur et programmateur du festival Hugo Mudie, qui nous détaille une initiative gratuite visant à soutenir des personnes en besoin désirant assister à des spectacles sans se casser la tête, comme le reste des festivaliers.

« C’est la deuxième année qu’on fait [ce programme d’aide]. La vraie raison est assez personnelle : j’ai des problèmes de santé qui font que je suis à 98% du temps en douleur. Aller voir des shows, sortir, tout ça, c’est devenu très tough, très pénible, nous raconte Hugo Mudie, en entrevue. Ça m’a fait juste penser à ça : il y a du monde, sûrement, qui voudraient venir au Pouzza, puis qui se disent “Ah shit, je ne serais pas capable de tougher. Je ne serais pas capable de passer le week-end debout, d’aller dans une foule ou whatever.” »

L’année passée, on a aidé 7-8 personnes. Il n’y en a pas eu tant que ça, mais même si c’est deux personnes, pour moi, ça en vaut la peine.

Ce « safe space », comme aime l’appeler Hugo Mudie, à la sauce Pouzza est le résultat d’une collaboration entre le festival et Les Insoumises, un collectif dédié à insuffler une dose supplémentaire de féminisme et de queerness dans le milieu du punk. Présentes au Pouzza Fest depuis six ans comme soutien moral et psychologique, elles offrent maintenant une portion d’assistance aux personnes qui traînent avec eux des problèmes physiques. L’accompagnement est personnalisé selon les besoins de tout un chacun : ça peut aller d’aider un festivalier à sauter une file, car il a du mal à se tenir debout trop longtemps, à lui permettre de s’assoir où il a envie ou aller au bar à sa place, lui chercher des consommations. Chaque demande est prise au sérieux : « On va essayer de les aider du mieux qu’on peut pour que [les personnes en besoin] se sentent confortables. »

Bien sûr, le Pouzza Fest demeure un espace inclusif, pluriel et où toute forme d’abus ne sera pas tolérée : Les Insoumises, en plus d’assister les personnes handicapées, en douleur ou les femmes enceintes avec des problèmes de déplacement, restent disponibles pour assister un festivalier s’il vit un malaise, quel qui soit. Un numéro est disponible en tout temps, que nous vous laissons ici.

safe space pouzza

Hugo Mudie le sait, il le reconnaît : le Pouzza Fest est un petit festival indépendant, presque artisanal, et ses fonds ne sont pas illimités. L’événement tentera d’accommoder le plus de personnes possibles, mais à la hauteur de ses moyens : Mudie espère pourtant que son initiative fera des vagues dans d’autres institutions culturelles majeures du Québec, qui peuvent compter sur un financement bien plus conséquent que le Pouzza.

« Quand j’appelle au Métropolis, et que je leur dis “j’aimerais venir voir ce show-là, mais je suis handicapé et je ne suis pas sûr si je vais pouvoir avoir une table”, je n’ai jamais réussi à me rendre à parler à quelqu’un. Je trouve qu’il n’y a pas vraiment d’initiative de prise. C’est juste, peut-être, en en parlant que ça va créer un précédent et que d’autre monde y réfléchiront. »

Hugo Mudie est aujourd’hui en douleur, mais il n’est pas né avec ce problème de santé : il rappelle qu’il peut être parfois plus difficile de constater qu’une personne est handicapée ou non, qu’elle ne vit pas forcément avec une déformation physique, et qu’il faut faire attention, tous, avec des gestes invisibles que l’on oublie parfois de poser pour aider son prochain.

« Un exemple concret que je vis tous les jours : il n’y a pratiquement jamais personne qui me tienne la porte. Normalement, quelqu’un avec une difficulté à marcher, avec une canne dans les mains, tu devrais te forcer pour lui ouvrir la porte. »

Une 14e édition qui promet

En fin d’entrevue, nous sommes revenus ensemble sur les grandes lignes de la programmation du Pouzza Fest 2026, qui proposera des spectacles extérieurs gratuits pour une deuxième année consécutive.

« Il y a trois soirées gratuites : la soirée ska, avec Bedouin Soundclash, The Planet Smashers et plein d’autres groupes, dont General Chaos. Le samedi, c’est Buzzcocks, le headliner, il y a The Sainte Catherines [dont Hugo fait partie] qui jouent avant, Cancer Bats. Et le dimanche, c’est PUP, Homefront, qui vient de Edmonton et qui est aussi sur un gros hype, et Somet également. »

thick glasses agooraqc 22 07 2025 15* Thick Glasses à l’Agora de Québec, en 2025. Photo par Guillaume Gillard.

En salle, il nomme notamment les « perles cachées » Baroness, Wheatus, le groupe américain qui a signé le fameux « one-hit wonder » Teenage Dirtbag, mais aussi Blood Command, Lost Love ou encore Thick Glasses, une jeune formation qu’il juge « très pertinente ». Hugo Mudie porte à bout de bras le Pouzza Fest au sein d’une petite équipe depuis 15 ans. Quel sentiment est-ce que ça lui procure, le succès de cet événement année après année?

« C’est beaucoup de fierté, en fait. Je trouve ça très difficile à faire, un festival comme ça. Je suis toujours en questionnement de pourquoi je fais ça, si ça sert à quelque chose, si les gens apprécient vraiment ça, avoue-t-il. Je trouve ça difficile, mais le reward [en vaut la peine, de voir] les gens qui viennent au festival, puis leurs sourires. Voir cette communauté qui trippe ensemble, qui s’amuse, puis qui a hâte au week-end, c’est vraiment ça notre paie, si on veut. Sinon, si c’était juste le côté business de l’affaire, ce serait trop difficile. Je suis très fier de rester indépendant, [et de continuer à] participer à cette culture dans laquelle j’ai grandi. »

Pour plus de détails sur la programmation et pour vous procurer des billets, ce sera par ici.

* Le Pouzza Fest, en 2019. Photo par Marie-Claire Denis.

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