Miel à l’Agora de la danse | Une continuité dans la métamorphose
Depuis ses débuts en 2014, le collectif La Tresse, constitué de Geneviève Boulet, Erin O’Loughlin et Laura Toma, s’est toujours démarqué par sa complicité, ses propositions mystiques d’origines diverses, mais également par sa faculté à faire briller chacune des interprètes. Bien qu’elles cumulent 12 ans de travail conjoint, les danseuses sont loin d’avoir fait le tour de leur collaboration et de leurs inspirations. Tout en gardant leur essence et leur singularité, elles nous présentent aujourd’hui Miel. Cette création, qui se veut à la fois douce et réconfortante, leur offre le terrain de jeu idéal pour explorer la féminité dans ce qu’elle a de plus brut, sauvage et fort. Et le charme opère aussi bien pour le public qui les suit depuis Encre Noire (2019) que pour celui qui les découvre.
Célébrer la femme et interroger ses symboliques passe toujours par une période de recherche et d’immersion totale pour le trio. En résidence à Áras Éanna (Irlande), il a pris le temps de se ressourcer, de se retrouver et de laisser les axes de réflexion venir à lui. C’est dans cette démarche exploratoire que s’est déroulée la rencontre avec la déesse Gobnait, surnommée « La Reine des abeilles ». Dès lors, les fondements de la pièce sont devenus clairs : les vertus curatrices du miel allaient côtoyer les incarnations de bienveillance, résilience et coopération des abeilles et les dimensions plurielles de la puissance féminine ultime.
Le spectacle s’ouvre sur deux spécimens qui se meuvent en un espace restreint. La saynète est légère et provoque des sourires, car Laura Toma, très expressive, embrasse à merveille son rôle de butineuse. D’ailleurs, ses compétences de jeu, son phrasé et son personnage à la fois mutin et charnel sont de vrais points forts, que l’on retrouvera tout au long de la représentation.
Après cette introduction intime, la scène s’ouvre entièrement pour laisser place à des couleurs jaunes et chaudes qui rappellent le nectar sucré. Les danseuses ont une occupation de l’espace qui frise la perfection. Tantôt resserrées dans un coin, tantôt se déployant à la grandeur, leurs positions ne sont en rien forcées et révèlent une variété des configurations qui contribuent énormément à la narration.
Les personnages se dessinent petit à petit : Geneviève, la guérisseuse, Laura, qui symbolise la fertilité et la renaissance, et Erin, qui endosse le rôle de protectrice. Les tableaux solos construits autour de ces caractéristiques sont particulièrement puissants et marquent l’imaginaire. Avec une fluidité désarmante, ces passages alternent avec d’autres, plus concrets, se rapportant aux abeilles. Les stades larvaires, la vie dans la ruche et, bien sûr, le butinage s’inscrivent dans une logique parfaite avec les gestes dansés. Bien que la priorité soit donnée à l’interprétation, l’intelligence de création ne laisse jamais le public de côté.
L’autre force du collectif est la musique de Richard « Shash’U » St-Aubin, qui semble composée à partir des mouvements des corps. Expérimentale, électro, traditionnelle, elle est en mesure d’instaurer différentes ambiances, sans que les transitions soient exagérées et sans jamais supplanter la performance physique.
Parmi les moments les plus marquants, on retient la Reine Geneviève, majestueuse dans ses tentures, qui accueille son nouveau-né Laura dans un dialogue muet ; le travail à l’épée d’Erin, qui traduit aussi bien la puissance divine que la piqure fatale de l’abeille ; et une chorégraphie sur une ligne, qui n’est pas sans rappeler La Danse des petits cygnes du ballet Le Lac des cygnes, en version plus sensuelle.
Miel est donc bien la démonstration d’une évolution cohérente, dans laquelle La Tresse ne déroge pas de ses fondements, et trouve en eux la matière pour proposer une autre lecture. La nature y devient plus sauvage, la fragilité s’y impose de manière plus défiante, et la singularité s’y renforce dans l’ensemble.
À l’écoute des siens, de ses étapes de vie, mais aussi de toutes les histoires qui l’entoure, le collectif est loin de se lasser et de nous lasser.
Détails et billets ici.
Crédit photo : Valérie Boulet
- Artiste(s)
- MIEL (Collectif LA TRESSE)
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- Montréal
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- Agora de la danse
- Catégorie(s)
- Danse,
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