crédit photo: Thomas Mazerolles

L’Heure Bleue au Théâtre Maisonneuve | Quand la danse explore l’absence et les origines 

Présenté au Théâtre Maisonneuve par Les Grands Ballets Canadiens du 23 au 26 avril, L’Heure Bleue réunit deux œuvres contemporaines d’une durée de 1h35, incluant un entracte de 20 minutes. Son titre évoque cet instant entre le jour et la nuit, moment de bascule et de transition. Une image pertinente pour une soirée traversée par les thèmes de la perte, de la renaissance et de la mémoire. Deux chorégraphes issues de la scène montréalaise y proposent des univers singuliers. D’un côté, Anne Plamondon explore les territoires intimes du manque et de la nostalgie. De l’autre, Vanesa Garcia-Ribala Montoya ouvre la scène à une réflexion sur la spiritualité, les origines et l’héritage collectif.

Ma Saudade : la nostalgie mise en mouvement

Première pièce de la soirée : Ma Saudade (30 minutes) porte la signature d’Anne Plamondon, figure majeure de la danse québécoise. Inspirée d’un séjour marquant à Lisbonne, la chorégraphe y explore la saudade, ce mot portugais presque intraduisible qui mêle absence, nostalgie, espoir et désir.

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Anne Plamondon en traduit les nuances par le mouvement. Sur scène, onze danseurs vêtus de costumes identiques, hauts gris et pantacourts roses, effacent toute distinction de genre. Le groupe devient une matière vivante, tantôt soudée, tantôt dispersée.  Les corps se décomposent avant de retrouver une fluidité commune. Les instants de perte de repères alternent avec ceux où l’appui des autres permet de retrouver équilibre et direction. Solitude et retrouvailles se répondent ainsi tout au long de la pièce.

Les déplacements rappellent le mouvement de la mer, son flux et son reflux incessant. Cette respiration continue structure la chorégraphie et trouve un écho dans la scénographie : rideaux en mouvement, lumière blanche puis rosée, atmosphère douce et enveloppante. La musique accompagne cette montée émotionnelle. Des paroles murmurées, presque insaisissables, créent d’abord une intimité troublante. Puis un motif de piano répétitif gagne progressivement en intensité, ancrant les corps dans une énergie plus organique. Entre maîtrise technique et abandon émotionnel, Anne Plamondon fait surgir des fragments sensibles, comme si la mémoire et l’absence prenaient forme sur scène par éclats successifs.

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Du Soleil à la Lune : un rituel des origines

Créée en 2022, Du Soleil à la Lune (45 minutes) de Vanesa Garcia-Ribala Montoya ouvre la seconde partie sur une œuvre plus expansive et collective. La chorégraphe puise dans ses origines espagnoles et africaines, dans la spiritualité, la mémoire diasporique et la force rassembleuse de la musique.

Sur scène, une vingtaine de danseurs traversent le plateau dans une fusion de styles mêlant ballet classique, danse contemporaine et danses africaines. La chorégraphie oppose fréquemment deux élans : un corps physique, ancré dans la matière, et un corps spirituel traversé d’énergie.

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La pièce se construit par tableaux successifs, l’astre céleste, la terre nourricière, la forêt ancestrale, le feu ardent, la mer mouvante, l’exil migratoire, une plaine aux accents latins, comme autant d’étapes d’un parcours symbolique.  Des projections visuelles représentant ces éléments naturels et ces mondes imaginaires accompagnent ce voyage. Si certaines images paraissent parfois appuyées, elles participent néanmoins à la dimension immersive de l’ensemble.

La musique de Dyaoulé Pemba, Moonlight Benjamin et Toto Bissainthe joue un rôle central. Flûtes, guitares, percussions portent le rythme et nourrissent une danse vibrante.

Au-delà de sa proposition esthétique, Vanesa Garcia-Ribala Montoya rappelle l’importance de la représentation des minorités dans les arts et adresse un message d’humanité aux communautés immigrantes. On peut toutefois relever un certain décalage entre cette intention et une distribution dont la diversité ne reflète pas toujours pleinement les racines revendiquées.

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Une soirée en dialogue

Malgré leurs différences, les deux œuvres se rejoignent autour d’un même enjeu : la mémoire. Chez Plamondon, elle est intime et mélancolique. Chez Garcia-Ribala Montoya, elle devient culturelle et collective. À travers le corps comme principal vecteur d’expression, L’Heure Bleue fait cohabiter introspection délicate et énergie rassembleuse.

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