Le Diamant présente sa saison 2026-2027 | Ralentir le temps pour mieux regarder le monde
Il y avait quelque chose de beau dans cette salle remplie de coeurs fébriles, mercredi avant-midi, au Diamant lors du dévoilement de la programmation 2026-2027. Quelque chose qui ressemblait à une réunion de vieux amis, à un refuge discret pour ceux qui cherchent encore à être bouleversés par l’art. Plusieurs semblaient se connaître. Comme si cet endroit, au fil des saisons, avait fini par créer sa propre communauté de fidèles.
Dès le début de la présentation, on apprend que près de 85% des billets de la saison précédente avaient trouvé preneur. Une statistique presque anodine, mais qui pourtant raconte beaucoup: les gens aiment. Ils prennent le temps. Ils habitent le lieu.
Puis l’écran géant s’allume. Le montage vidéo de la prochaine saison, signé Guillaume Fortier, a quelque chose de majestueux. La musique fait frissonner. Les images défilent comme des promesses de vertige, de beauté, d’irréalité parfois. Quinze propositions, quinze invitations à ralentir. Quinze façons de regarder autrement.
Viviane Paradis et Dany Martel prennent ensuite la parole pour présenter cette nouvelle programmation où théâtre, cirque, arts multidisciplinaires, opéra et lutte se côtoient sans jamais se faire ombrage.
Parce qu’au Diamant, les frontières n’existent pas.
Le théâtre comme réponse au monde
La portion théâtrale de la programmation comptera notamment sur Mommy, le retour, d’Olivier Choinière. Sur scène, l’auteur et metteur en scène parle de cette «satire musicale» qui ouvrira la saison en octobre prochain. Dans ses mots il nous explique son urgence de réfléchir autrement, nous partage son désir de passer par le fantaisiste pour mieux comprendre le réel. Il parle du théâtre comme d’un lieu d’espoir. D’un espace où les disciplines se mélangent pour créer quelque chose de plus grand qu’elles.
Le Diamant présentera aussi Whitehorse, adaptée de la bande dessinée du même nom. Sébastien Tessier raconte son coup de coeur immédiat pour l’oeuvre et son envie de lui donner vie sur scène. Une histoire de couple, de dérives, d’égo, mais surtout de fragilité humaine.
Et ensuite Hamlet. Mais pas celui qu’on connait.
Dans cette version du Teatro La Plaza, des comédiens vivants avec la trisomie 21 montent sur scène pour réinventer Shakespeare à travers leurs propres réalités. Le célèbre «être ou ne pas être» prend alors une autre dimension. Une question moins philosophique qu’intimement humaine. Qu’est-ce que ça signifie, être accepté? Être vu? Être considéré comme pleinement vivant dans une société qui marginalise encore la différence?
Robert Lepage et les fantômes des années 1980
Le moment le plus attendu de cet événement demeure évidemment le passage de Robert Lepage sur scène. Et les regards admiratifs dans la salle au moment où il prend le micro disent tout.
Avec Gaétan, sa nouvelle création d’Ex Machina, il replonge dans les années 80 pour raconter l’histoire de Gaétan Dugas, longtemps, et injustement, associé à l’étiquette du «patient zéro» du sida.
Avec son pince sans rire et sa façon bien à lui de raconter les choses, il explique être tombé par hasard sur la pièce tombale de Gaétan Dudas pendant la pandémie, alors qu’il marchait une ville voisine de la sienne, soit L’Ancienne-Lorette. De cette découverte est née une envie: raconter l’homme derrière le mythe.
Faire tomber le jugement. Faire réapparaitre l’humain.
Il établi aussi un parallèle troublant entre le début des années 1980 et celui des années 2020. Deux périodes marquées par un mal incompris. Deux moments où l’humanité avançait dans le brouillard, portée par la peur et l’inconnu. Sur scène, ils seront trois pour raconter cette mémoire collective et intime à la fois. Et déjà, ça promet d’être immense.
Le cirque comme poésie
Le cirque occupe une place importante dans cette programmation, mais toujours dans cette volonté d’aller au-delà de la simple prouesse physique.
Le cabaret créé dans le cadre du festival Réverbère permettra à différents artistes indépendants de Québec et Montréal de partager le scène dans une formule éclatée. Une façon d’offrir une tribune à ceux qui créent en dehors des grandes compagnies.
Entre chiens et louves du Cirque Le Roux est présenté comme un cirque-théâtre-cinéma spectaculaire, quelque part entre rêve et vertige.
Puis il y a Le Grenier, de la troupe Les 7 doigts. Probablement l’une des propositions les plus touchantes de la présentation. On y suivra une grande trapéziste confrontée aux limites de son propre corps, replongeant dans ses souvenirs d’enfance, dans cette chambre au grenier où elle rêvait de voler. À l’écran, l’autrice partage des fragments de sa vie avec vulnérabilité.
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Comme si vieillir consistait parfois à dire adieu à certaines versions de soi-même.
FLIP Fabrique vient aussi présenter Rattrape-moi, alors que Knitting Peace, production scandinave mêlant théâtre, cirque et musique, propose un univers où fils, cordes et tissus deviennent des outils pour parler de paix.
Des expériences immersives et inattendues
Certaines propositions semblent pratiquement impossibles à être bien décrites.
C’est notamment le cas pour Shanghai-La. présenté par le collectif français Or Normes. Une expérience immersive où le public sera debout pendant qu’autour de lui, quatre musiciens occuperont les coins de la scène dans un univers de science-fiction abordant environnement, pouvoir et individualité.
Et puis il y a Réalités parallèles du Théâtre de la Pire Espèce, où les scènes miniatures dans deux castelets seront projetées sur grand écran, créant trois récits distincts à partir de minuscules décors. Comme quoi il suffit parfois de très peu pour créer quelque chose de gigantesque.
De l’opéra… à la lutte
Le Diamant poursuit aussi ses explorations lyriques avec Take This Waltz, un hommage à Leonard Cohen où ses chansons seront modelées en version opéra de chambre.
Une proposition qui intrigue énormément.
Et fidèle à lui-même, le lieu continue également d’accueillir les galas de lutte de la NSPW. Quatre soirées où la scène devient ring, où les artistes descendront dans la foule et où l’inimaginable rencontre le théâtre dans ce qu’il y a de plus physique.
Parce qu’au fond, c’est ça le Diamant.
Un endroit où tout peut cohabiter.
Le cirque et Shakespeare.
L’opéra et la lutte.
La poésie et les blessures du monde.
Et où, pendant quelques heures, il devient enfin possible de ralentir un peu.
Détails et billetterie par ici.
- Artiste(s)
- FLIP Fabrique, Les 7 doigts, Lutte NSPW, Whitehorse (théâtre)
- Ville(s)
- Québec
- Salle(s)
- Le Diamant
- Catégorie(s)
- Cabaret, Cirque, Danse, Lutte,

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