Salvatore Adamo au Théâtre Saint-Denis | Ce n’est qu’un au revoir
Il est quelques minutes après 20h, les musiciens accompagnateurs s’installent tranquillement dans le noir. « Aweille, Adamo, viens-t’en! », crie une femme dans le public. Montréal veut du Salvatore Adamo. Elle en aura. Pour trois heures.
La star de la soirée accède enfin à la scène sur une version instrumentale de C’est ma vie, annonçant qu’il va jouer ses classiques, mais aussi certaines de ses chansons les moins connues. Le Belgo-Italien débute le spectacle avec un titre qui tire plutôt vers la deuxième catégorie, interprétant Des chansons qui chantent, tiré de son plus récent album. La chanson est belle, les airs de swing lui rajoutent un charme nouveau, mais nous ne sommes donc pas sur la notoriété d’un Tombe la neige ou d’un Inch’Allah, et pourtant… Adamo fait chanter le refrain à toute la salle à la fin du morceau, alors qu’elle ne le connaissait visiblement pas avant qu’il n’interprète la chanson. Il est comme ça, Adamo. Impossible de lui résister.
Il enchaîne avec Comme toujours, première de l’une de ses nombreuses virées dans les années 60, puis avec Quand les roses et Une mèche de cheveux (cette dernière on l’on voit Adamo faire aller ses cheveux d’un côté, puis de l’autre, comme s’il arborait une tignasse d’un membre de Mötley Crüe!).
Ce qui frappe avec Adamo, surtout en connaissant certains autres chanteurs de sa génération, c’est à quel point il ne s’est pas aigri d’un cheveu en vieillissant, au contraire : il remercie le public comme il respire, son sourire est adorable. On le sent sincère, gentil. Humble, mais capable de recevoir les applaudissements à la fois. Un Saint, je vous dis.
Ce qui frappe également avec Adamo, c’est sa capacité à continuer de dénoncer le théâtre des malheur, qu’on normalise et qui ne nous atteint plus. Il chante Un rêve, dédié à Martin Luther King, suivi tout de suite après par Le monde a mal, qui nous ramène les pieds sur Terre. Le monde est dur, Adamo le sait, mais à 82 ans, il garde tout de même sa candeur. Enfin, 82 ans, mais il préfère dire sur scène qu’il n’en garde que 20 à la fois! Son morceau 20 ans est d’une beauté folle : il la chantait à la frontière de la soixantaine sur l’album Zanzibar, en 2003. Et moi, je l’entends à 23 ans, au Théâtre Saint-Denis. Peu importe quand ont été écrits les mots, et à qui ils s’adressent : Salvatore Adamo sait comment toucher son prochain, sa plume est trop élégante pour qu’arrive le contraire.
Et puis, les textes, comment ne pas mentionner les textes : la chanson J’aime est une perle qu’on ne cite pas si souvent, et pourtant. « J’aime quand tes yeux couleur de brume / Me font un manteau de douceur / Et comme sur un coussin de plumes / Mon front se pose sur ton cœur. » Quelle délicatesse qui manque de plus en plus aux paroliers de notre époque, quelle image magnifique! Jacques Brel disait si affectueusement que Salvatore Adamo était « le tendre jardinier de l’amour ». Impossible de le contredire : il le cultive avec bonté et compréhension. Son pouce est vert, et son cœur, lui, est absolument immense.
Au cours de la soirée, Salvatore Adamo propose des medleys, ou, comme il aime les appeler, des « bouquets de chansons » : il interprète chaque morceau dans une version raccourcie et les enchaîne sans transition. Un caprice de ma part, mais j’aurais aimé entendre Ton nom dans sa version complète, et non dans un bouquet de chansons. Mais c’est vraiment un caprice : évidemment, Adamo fait ce qu’il veut avec son répertoire, il présente les chansons comme bon lui semble.
Comme s’il n’avait pas assez le public québécois dans sa poche, le chansonnier le fait fondre de plus belle en empoignant sa guitare et en lui livrant La Manic, de George Dor, suivi de Ces mélodies. La chanson Les Horloges, composée récemment, laisse entrevoir la portion hautement nostalgique d’Adamo, comme Ma belle jeunesse. Un autre titre résonne particulièrement : Migrant, car avec tout ce qui se passe dans le monde, « on ne parle plus assez des migrants », dit-il. « Quitter son pays n’est jamais un plaisir, mais toujours une blessure. Même si on est bien accueilli », ajoute Salvatore Adamo, lui-même immigrant sicilien qui a trouvé refuge en Belgique.
On regarde notre montre, elle indique 22h10. Ça fait plus de deux heures que Salvatore Adamo est sur scène : mais où sont Inch’Allah, C’est ma vie, Vous permettez, Monsieur? et Les filles du bord de mer? Les a-t-il oubliées? Si un spectacle oscille généralement entre 1h30 et 2 heures de musique, et dépasse même rarement cette barre, on comprend alors qu’Adamo est venu dans l’idée de livrer le plus de chansons possibles. Grande Salvatore! Quelle générosité. Bien sûr, puisqu’Adamo n’est pas en ville à tous les jours, on prend le temps d’intégrer tout ce qu’il a à nous offrir.
Adamo réservera ses plus grands succès pour la dernière demi-heure du spectacle : après C’est ma vie, que les Québécois connaissent parfaitement grâce à la pub du Lait, il clôture sa performance sur Les filles du bord de mer, un hymne des années 60 qu’Arnold Hintjens, dit Arno, aura repris 30 ans plus tard, lui insufflant cette touche rock dévergondée qui le caractérise si bien. Adamo lève les yeux au ciel, car Arno s’y trouve depuis quatre ans, et le salue. On le salue également.
Ce n’est que partie remise, cher Adamo. Ce n’est qu’un au revoir!
Salvatore Adamo poursuit sa tournée québécoise jusqu’à la fin du mois de mai. Il se produira demain à la salle Maurice O’Bready de Sherbrooke, puis à Brossard, à Gatineau et à Québec.
- Artiste(s)
- Salvatore Adamo
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre St-Denis
- Catégorie(s)
- Chanson, Folk, Francophone,
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