Lancement d’ICI Musique Rock aux Foufounes Électriques | Le rock n’est pas mort… oh non!
Le rock est jeune, il est beau, diablement pluriel. Il ne coche plus une case ou deux : il les coche toutes. Ce mercredi soir, le temple montréalais des shows survoltés et des guitares hurlantes, les Foufounes Électriques bien sûr, recevait en grande pompe vétérans et jeunes pousses prouvant aux plus grincheux que le rock n’est pas mort. Loin de là!
Il est presque 23h. Ça fait quatre heures qu’on se fait travailler les oreilles, qu’on « pogotte » (excusez mon terme européen!) sur des classiques québécois du rock, et des classiques à en devenir. Voïvod vient de terminer son set, le quatuor de Jonquière qui effectuait son premier passage aux Foufounes Électriques en près de 30 ans. On est épuisé, on a tout donné. Et pourtant.
* Photo par Radio-Canada/Mathieu Catafard.
Olivier Robillard Laveaux, journaliste à ICI Musique et curateur de cette antenne OHdio spécialement dédiée au rock, nous annonce que la soirée n’est pas terminée. Un show surprise, comme une cerise sur le sundae, vient mettre un point final fabuleux à cette grand-messe du rock québécois aux Foufs, événement gratuit tentant de capter le plus exhaustivement le pouls de cette musique qui n’arrêtera jamais d’aller de l’avant. Il nous reste un peu de carburant, et on se rend religieusement au Cabaret Fouf, à une vingtaine de mètres de la salle principale, pour faire durer encore un poil le plaisir.
C’est Gros Mené qui conclut la soirée, alors que le projet porté par les Jeannois vétérans qu’on ne présente plus n’avait pas donné de spectacle depuis 2023, laissant place à Galaxie. Une superbe surprise.
* Photo par Radio-Canada/Mathieu Catafard.
Au cours de la soirée, on a également eu la chance d’entendre Population II, trio survolté originaire de Saint-Joseph-du-Lac, maintenant installé à Montréal, qui nous a livré son rock prog-fuzz-métal-kraut-tout-ce-que-vous-voulez qui les caractérise si bien. Trois musiciens exceptionnels, qu’on n’arrêtera pas de voir sur scène dans les prochaines années, c’est une certitude.
Trois (très) jeunes projets – existant, grosso modo, chacun depuis 2024 – répondaient également présents sur cette scène des Foufs qui a, par le passé, déjà vu fouler les pieds de légendes immortelles du rock comme Kurt Cobain, Billy Corgan, Josh Homme, Dave Grohl ou encore Black Francis : Thee Soreheads, Alix Fernz et DVTR. C’est punk, un peu électro par moments, mais surtout : c’est libéré.
* Photo par Radio-Canada/Mathieu Catafard.
Oui, le rock est loin de taper dans chiffres d’écoute du rap et de la pop. Non, il n’est pas mort.
Il ne mourra jamais.
Avant le tempête de décibels
Quelques heures avant d’entamer le spectacle, nous nous sommes entretenus avec Olivier Robillard Laveaux, qui détaillait certaines spécificités de l’antenne Rock d’OH Dio, tout en donnant son avis sur la scène actuelle.
Au bar des Foufs, bien sûr. Avec une bière dans la main, bien sûr.
« Avant, tu étais un band punk, tu étais un band ska, tu étais un band métal. Asteure, tu peux être tout ça en même temps, souligne Robillard Laveau. Je trouve qu’il y a un espèce de décloisonnement des styles, et c’est aussi à l’image de tout ce qui se passe mondialement. Même la scène pop de Québec : les Ariane Roy, les Lou-Adriane Cassidy, les Hubert Lenoir, les [Les!] Louanges, ça touche à plein de styles en même temps dans les mêmes tounes, poursuit-il. J’ai l’impression que c’est une scène qui a grandi avec les plateformes d’écoute en ligne. C’est-à-dire qu’elle pouvait entendre n’importe quoi au bout de ses doigts, et qu’elle a absorbé un paquet d’affaires. »
ICI Musique Rock diffuse 24/7 selon certains programmes saisonniers : on retrouve notamment les 30 ans de Bande à part, mais aussi des plages horaires spécialement dédiées au rock féminin ou au métal. Une émission toute particulière retient pourtant davantage notre attention : Monte le son, où des acteurs de la vie culturelle québécoise concoctent eux-mêmes une programmation taillée sur mesure, selon leurs goûts.
« Le but, c’est d’avoir une radio qui est choisie par des humains. Toutes les tounes qui sont programmées, c’est pas des algorithmes qui les ont choisies. »
En ce moment, c’est le duo DVTR (Laurence « Demi Lune » G-Do & JC « Jean Divorce » Tellier) qui sont derrière cette mouture de Monte le son, mais celui-ci laissera bientôt place à Despised Icon, pionnier du Deathcore.
* Photo par Radio-Canada/Mathieu Catafard.
Olivier Robillard Laveaux a 45 ans, il a connu la belle époque de la musique alternative des « nineties » et se qualifie lui-même d’un « vieux croûton »! Et pourtant, même si les années 1990 ont été l’un des terreaux les plus fertiles de l’histoire du rock, on ne ressent pas une seule once de nostalgie dans les paroles du journaliste montréalais. De la nouvelle scène rock québécoise (dont il est amoureux, évidemment!), il nomme notamment des projets comme zouz, blesse, General Chaos – formé par trois jeunes du secondaire –, La Sécurité, Enfants Sauvages ou encore Béton Armé. Il souligne l’audace de ces musiciens la tête remplie de rêves, qui savent, au fond d’eux, que la musique (particulièrement le rock) n’est pas, aujourd’hui, un mode de vie très confortable.
« Ça fait dix ans qu’on se fait casser les oreilles, comme quoi que “le rock est mort, le rock est mort”. Ceux qui arrivent dans le rock aujourd’hui, c’est parce qu’ils le ressentent vraiment, ils ne sont pas là pour faire plein de cash. [Ça donne] un espèce de sentiment d’abandon aussi sur scène, il y a des débordements, ça crie, dit-il. C’est un peu accrocheur, oui, il y a un côté pop, mais tu sens qu’ils sont bien plus là pour se faire plaisir à eux-mêmes que pour pogner. Je trouve qu’au niveau de la liberté, de la création artistique, ça apporte beaucoup, cette mentalité-là. »
Charli XCX déclarait il y a quelques semaines que le « dancefloor était mort » et que le futur, c’était le rock. Beyoncé, également, est pressentie pour livrer un album rock prochainement, après avoir tâté le country avec Cowboy Carter, en 2024. Là se trouve, selon Olivier Robillard Laveaux, l’une des avenues les plus intéressantes du rock en ce moment.
« Ce qui me donne confiance que le rock revient, c’est quand j’entends Olivia Rodrigo faire du rock. C’est quand je vois que Turnstile devient un peu plus pop et va rejoindre un [plus large public]. On dirait que j’aime voir des jeunes qui ont été nourris au hip-hop depuis 10-12 ans, et qui se mettent à accrocher sur un projet rock, ou en tout cas, qu’il y ait un artiste de cette génération-là qui rentre du rock dans sa musique, explique le journaliste. Ça, ça me donne l’impression qu’il y a une ouverture. J’espère qu’un jour, les jeunes vont comprendre que pour se défouler, pour sortir toute la haine que tu as en toi, puis la colère, il n’y a rien de mieux qu’une guitare en distorsion, puis un drum qui bûche. »
Vous pouvez écouter ICI Musique Rock juste ici, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Foufounes Électriques
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Francophone, Hard rock, Métal, Post-rock, Progressif, Psychedelique, Punk, Québécois, Rock, Stoner rock, Thrash metal,

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