Ichiko Aoba au Théâtre Maisonneuve | Folk angélique
La multi-instrumentiste nippone à l’intimiste musicalité communiait à son public dans un Théâtre Maisonneuve à la sonorité tristement défaillante. Un étrange bruit ressemblant à une mouche frappant une grille à vive allure, tout le long de la soirée. Face à cette inconnue, l’artiste a su faire montre d’agilité et abnégation, allant même jusqu’à s’asseoir à même le sol pour être plus proche et audible, elle dont la voix est un filet de miel et de cristal pur.
Parée d’une somptueuse robe kimono rouge à volants, Ichiko Aoba semble voler sur scène tellement elle baigne dans la volupté. Sa délicate physionomie, sa voix enfantine aux surprenantes envolées aiguës et son air impérial la rendent irrésistible. Sur scène, différents meubles et accessoires pour recréer un écrin d’espace d’expression. Un magnifique bouquet de fleurs, une jolie table et des chevalets sur lesquels l’artiste pose les feuilles de ses partitions, allant de l’un à l’autre, dans une tranquillité d’âme absolue. Nous sommes chez elle, dans son salon intime, et non à Montréal.
À chaque pièce, Ichiko noue un dialogue avec le public. Elle parle avec gentillesse, sans rien changer à son expression de la douceur. On la sent timide, réservée. Sa beauté laisse sans mot. Tout l’auditoire veut la prendre dans ses bras pour la remercier d’offrir sa présence intime, son hyper sensibilité. Son folk provient d’un souffle interne inexplicable, mystérieux. Dans son regard vaste océanique, les flots d’un imaginaire lointain et proche à la fois.
Sa première pièce jouée au clavier s’ouvre en douceur satinée, sa voix est irréprochable, juste. Puis advient cet intrus sonore qui ne disparaîtra qu’un court laps de temps durant le concert. Imperturbable, Ichiko Aoba n’en fait pas cas. Et le bruit revient, se répète et nuit à l’environnement zen recherché par l’artiste. Elle s’interrompt, rigole avec retenue, et s’empare de sa guitare acoustique. Mais rebelote ! Le son parasite revient martelé son onomatopée distordant. À la console, on tente de résoudre le problème, mais rien n’y fait. Le système des micros n’est pas au point. Poursuivant son tour de chant, la chanteuse décide de faire fi de ces accessoires et continue de s’adresser au public de sa voix non-microphonique, aérienne. Pour les premiers rangs, l’effet d’intimité tient, mais pour les gens plus reculés, c’est une autre affaire ! Car l’art de la musicienne est d’une telle finesse qu’à trop longue distance, à la manière d’un cri lancé dans une vallée, l’écho se perd jusqu’au silence.
Malgré cette lacune sono, il faut reconnaître le talent d’une artiste totalement prodigieuse à la guitare, à la maîtrise de l’harmonie. Ichiko Aoba se fond à sa guitare avec un jeu appliqué, une façon de pincer les cordes d’un toucher angélique. Par moments, elle donne l’impression d’être harpiste tellement intense est sa douceur. Une guitariste versatile, capable d’accélérer le tempo avec un piqué à la flamenco. Et que dire de sa voix, si ce n’est l’expression divine montant jusqu’aux anges et bien au-delà.
- Artiste(s)
- Ichiko Aoba
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Maisonneuve
- Catégorie(s)
- Acoustique, Folk, Folk pop,
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