Ciné-concert de La La Land à la salle Wilfrid-Pelletier | Pour (re)tomber amoureux de Mia et Sebastian… et pleurer à la fin!
La La Land est un chef-d’œuvre, une ode à cette époque où les couleurs dans le cinéma étaient encore saturées et brillantes. La La Land est une lettre d’amour au jazz, à ces belles romances qui nous font pleurer et aux comédies musicales de l’ère de Technicolor, style Singin’ in the Rain. La La Land est un terrain de jeu où chaque rêve semble réalisable avec un peu de volonté… à condition d’y perdre quelques plumes. Personne ne sort indemne de ce Damien Chazelle, je vous l’assure! Dans une formule ciné-concert dont la Place des Arts raffole, La La Land était présenté ce samedi, à la salle Wilfrid-Pelletier, avec orchestre et piano, ceux-ci dirigés par… Justin Hurwitz lui-même, le compositeur derrière la trame sonore du film.
Déjà, tout d’un coup, la soirée prend une toute autre ampleur, une couche d’authenticité supplémentaire. Il arrive qu’un compositeur de musique de films se produise en concert (Hans Zimmer est justement venu au Centre Bell il y a deux ans), mais diriger sa propre partition dans cette formule de ciné-concert; d’autres exemples ne me viennent simplement pas à l’esprit.
Justin Hurwitz et l’orchestre partent les festivités avec une courte introduction purement instrumentale, puis, le film débute… klaxons, autoroute. Le décor d’enfer urbain n’est pas bien ravissant, et pourtant, ce n’est pas bien grave, car c’est Another Day of Sun, une autre journée ensoleillée que vivent nos chers amis de Los Angeles. Si le grand Gene Kelly aimait chanter sous la pluie, les acteurs de La La Land, eux, chantent plutôt sous le soleil, malgré le trafic!
Entendre l’ouverture de La La Land interprétée par des musiciens sur scène est tout simplement une expérience fantastique, mais tellement d’autres pièces marquantes viendront faire fondre notre cœur pendant le reste du film : Planetarium, A Lovely Night, City of Stars, bien sûr, mais aussi Herman’s Habit, cette pièce fortement inspirée par le courant hard bop qui n’aurait pas fait tache sur un album d’Art Blakey & the Jazz Messengers ou d’Hank Mobley.
Le big band se débrouille particulièrement bien sur les pièces plus purement jazz, moins « broadwayiennes », notamment le saxophoniste ténor, mon ancien professeur au Conservatoire (je te salue, André!).
Un mot sur le pianiste, absolument saisissant tout au long de la soirée, qui reproduira les solos du personnage joué par Ryan Gosling, Sebastian, à la perfection. Reproduire la partition, c’est une chose, mais la reproduire en direct, comme « doublant » un film, c’en est une autre : lorsqu’arrive la scène où Sebastian part dans une envolée improvisée dans le restaurant tenu par J.K. Simons, lassé de jouer des pièces de Noël, la technique du pianiste sur scène est à couper le souffle.
Mia est sous le charme. Nous aussi.
Jongler entre musique et dialogues : un défi
Un bémol à dénoter pendant la soirée, qui aura rendu la scène un peu… bizarre. À l’automne, quand la relation entre Mia et Sebastian commence à devenir instable, le couple se dispute alors que Sebastian rentre d’une tournée avec les Messengers de Keith (John Legend).
C’est la première fois que nous voyons que leurs rêves ne seront sûrement pas compatibles. À chaque visionnement, les dialogues brisent le ou la romantique en nous : « Maybe you just liked me when I was on my ass because it made you feel better about yourself. »
L’instant se suspend, on entendrait presque une mouche voler.
En fait, non.
Le problème, c’est que l’orchestre joue simplement trop fort pendant la scène, et que quasi silence, il n’y a pas. Dans le film, la musique est diffusée en arrière-fond et occupe une place mineure dans ce segment tout particulier. Pendant le ciné-concert, on se sentait noyé par une pièce jazz plutôt upbeat, d’ailleurs, tuant le ton sinon si dévastateur.
Seul pépin à remarquer, car la balance du son, pendant le reste du ciné-concert, n’enterrait que très peu les dialogues.
Je pourrais déblatérer des heures sur cet objet de cinéma signé Damien Chazelle : La La Land est l’un de mes films préférés, je l’ai découvert au cinéma quand j’avais 13 ans, et chaque fois que je le revois, j’ai envie de rire, j’ai envie de pleurer et de rêver.
J’ai appris le thème de Mia et Sebastian au piano, je chantais City of Stars avec ma sœur : La La Land est un vaste segment de mon adolescence, et je ne pouvais pas rêver d’un meilleur contexte pour le redécouvrir.
On pensait qu’un cinéma aussi coloré appartenait au passé, mais Chazelle nous a prouvé qu’avec nos sensibilités actuelles, il est encore possible de rendre hommage aux films du passé sans tomber dans un mimétisme inintéressant.
Après l’Epilogue et ce dernier sourire échangé par Mia et Sebastian, on tombe aux crédits du film, mais pour une fois, on a diablement envie de rester après le clapet final : Justin Hurwitz et l’orchestre font durer le plaisir en interprétant encore de la musique jusqu’au City of Stars fredonné par Emma Stone, si intime.
Une soirée magique pour n’importe quel fan de ce film, et on souligne la générosité de Justin Hurwitz : visiblement épuisé après la performance, le compositeur américain a tout de même pris le temps de rencontrer les personnes ayant assisté au spectacle et de tenir une séance de signatures s’étalant jusqu’après minuit.
Des dizaines d’amateurs retourneront à la maison avec un artefact signé. Dont votre scribe, c’est avoué! Je chérirai encore plus mon vinyle.
- Artiste(s)
- La La Land In Concert
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Brass Band, Cinéma, Comédie Musicale, Jazz,
Événements à venir
-
samedi
-
samedi



Vos commentaires