Un nouveau jour au Duceppe | De Parizeau à Céline
Quelques mois après le 30e anniversaire du référendum de 1995, anniversaire qui coïncidait avec la création d’Un nouveau jour au Théâtre La Bordée et en cette saison de tous les bouleversements sociaux, la comédie politique satirique de Jean-Philippe Baril Guérard, mise en scène par Michel Nadeau, fait rire et réagir les Montréalais.e.s après son succès retentissant dans la Capitale Nationale.
Dans cette uchronie, les Québécois ont voté « oui » à la souveraineté et quatre personnalités créatives sont mandatées par le Ministère de la Culture pour créer le spectacle d’ouverture du nouveau pays en 24 heures. Mais rien ne sépare plus cette animatrice de télévision pragmatique, ce documentariste de gauche cynique et un brin snob, cette universitaire franco-ontarienne « exilée » au Québec et ce jeune publicitaire arrogant anglophone d’origine vénézuélienne. Le compteur tourne et les tensions montent quand les personnages se rendent compte que leurs visions du Québec divergent et que leurs egos ont du mal à tenir dans cette salle de réunion. Comment concevoir un spectacle qui reflète l’identité québécoise quand chacun.e a sa propre conception du « nous » québécois?
* Photo par Nicola-Frank Vachon.
Le décor minimaliste symbolique de Coralie Dansereau met en valeur le texte riche et intelligent de Jean-Philippe Baril Guérard. En effet, l’imposante table de travail en imitation marbre et bois, sorte de tabula rasa du nouveau pays en construction, qui trône au centre de la scène entourée de ses hauts panneaux assortis, détone avec la petite station à café et thé d’un prosaïsme extrême. Ce contraste entre le grand et l’important et le petit et le dérisoire teinte toute la pièce, se retrouvant dans les différentes identités culturelles des personnages qui défendent tour à tour l’histoire avec un grand H du Québec et la culture populaire.
* Photo par Nicola-Frank Vachon.
Les personnages étant des archétypes de la société québécoise, le jeu est quelque peu stéréotypé mais toujours juste et l’énergie est soutenue tout au long du spectacle. La distribution est excellente : Sophie Dion en animatrice d’émission de télévision populaire pétillante et fan de Céline, Danielle Le Saux-Farmer en universitaire franco-ontarienne hypersensible et elle aussi fan finie de Céline, Réjean Vallée en scénariste de documentaires engagés nationaliste et de mauvaise foi, et Juan Arango en jeune publicitaire capitaliste et très sûr de lui. Les 24 heures de l’action condensées en 90 minutes de représentation passent très rapidement, pour les protagonistes comme pour le public, grâce au rythme parfaitement maitrisé des interprètes. Ces dernier.e.s jouent parfaitement l’évolution dramatique des personnages dans l’escalade du conflit. Toutefois, à plusieurs reprises, on a de la difficulté à déterminer si les personnages se coupent la parole, ce qui serait logique vu leurs prises de bec incessantes, ou si les comédiens s’accrochent dans leur texte.
* Photo par Nicola-Frank Vachon.
À en croire les nombreux rires sincères dans la salle, certain.e.s se sont sans doute reconnu.e.s dans les travers et les contradictions des personnages. Et à en juger par les trois rappels à la fin du spectacle, la pièce de Jean-Philippe Baril Guérard est plus que pertinente pour nous inviter à réfléchir à notre identité collective dans cette époque individualiste, mondialisée et polarisée.
- Artiste(s)
- Un nouveau jour
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Duceppe

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