Francouvertes 2026 – Soir 5 | Bernadette, Mitaine et Kris Kinokewin
Après deux semaines de compétition acharnée, Les Francouvertes s’engagent dans leur dernière ligne droite et commencent à rendre les premiers verdicts d’artistes qui prendront part aux demi-finales. Hier, justement, en une performance rock électrisante, Mitaine a décroché son billet pour la prochaine phase du concours-vitrine, se logeant à la deuxième place du classement provisoire, juste derrière la Gaspésienne Luan Larobina. Artiste atikamekw, Kris Kinokewin s’est quant à lui placé à la sixième position, une place intéressante pour poursuivre son parcours, compte tenu qu’il ne reste que six projets n’ayant pas encore joué aux Francouvertes. Bernadette, duo d’art rock, n’a par pour sa part pu aller chatouiller le classement provisoire.
Bernadette
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Ouvrant avec La rivière aux serpents, Bernadette installe vite son univers poupée-esque sur lequel il base en grande partie son projet : les quatre musiciens sur scène sont tous habillés en blanc et arborent certains éléments rappelant, effectivement, l’esthétique de vieilles poupées, comme le col à dentelle dans le cou de Sophie Racine, parolière et compositrice de Bernadette.
La proposition est intéressante et j’y vois certainement du potentiel, mais malheureusement, je ne la trouve pas assez rodée encore pour un concours comme Les Francouvertes. La voix de Racine manque de tonus et ne porte souvent pas grand-chose, mais ça se travaille. Les arrangements musicaux, eux, sont déjà plus poussés : à un art rock plutôt intéressant s’ajoute quelques envolées de shoegaze, de trip-hop et de noise. Nicolas Matte, deuxième moitié du duo, à la guitare, offre quelques très bons licks et solos, notamment sur le morceau Acide, avant-dernier du set.
Une mention également à la bassiste Azure Dupuis, qui a elle aussi offert des lignes bien sympathiques. Une dernière mention à la chanson San Francisco Bay, qui contient une structure musicale fort surprenante.
Bref : aucune raison de les enterrer, mais on comprend pourquoi Bernadette n’a pas su aller chercher une place parmi les neuf potentiels demi-finalistes de la saison. À revoir d’ici quelques années.
Mitaine
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
De tous les projets s’autoqualifiant de rock, Mitaine est certainement celui qui se rapprochait le plus d’un vrai rock pur et dur. Alexandre Bergeron, visage du groupe, nous assomme dès le premier morceau avec Changer, puis ne nous laisse pas de répit en enchaînant avec Boucari, puis Portrait d’un down, chanson-titre de son premier et, pour l’instant, seul EP lancé.
Comme le soulignait le collègue Louis-Philippe Labrèche, du Canal auditif, dans sa critique de la soirée, on est effectivement sur un rock entre Queens of the Stone Age et Gros Mené / Galaxie, visages du Lac-Saint-Jean dont Bergeron, originaire de Normandin, s’inspire beaucoup.
Au niveau des paroles, c’est beaucoup moins solide qu’au niveau de l’énergie rock (par exemple : « Arrête de pleurer / Ton aquarium déborde », c’est très cliché ces lignes), mais ce qui se passe sur scène est tellement électrique qu’on finit par s’en ficher un peu. La musique parle d’elle-même.
Le parterre du Lion d’Or finit par se lever, et on ne doute pas qu’il y aurait eu des mosh pits si la salle n’était pas garnie de tables et de chaises. Bergeron termine sur Pekuakami, une chanson moins rentre-dedans, mais plus intéressante musicalement, se rapprochant du rock alternatif des années 90. Mitaine sait aller un peu partout.
Un coup de cœur personnel, sa deuxième place n’est définitivement pas volée.
Kris Kinokewin
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Pour terminer la soirée, Kris Kinokewin, alias Christian Boivin, offre du calme et de la sérénité après la tempête Mitaine.
Âgé de 55 ans, Kinokewin est, si je ne m’abuse, l’artiste de cette édition des Francouvertes le plus vieux et le plus expérimenté : et ça se ressent. Ayant débuté dans le monde de la musique dans les années 1990 (avant même la naissance des musiciens l’ayant précédé sur la scène du Lion d’Or le même soir, j’aimerais dire), l’artiste de Wemotaci offre une poésie atikamekw touchante et remplie de bienveillance, d’expérience.
En lisant la traduction de ses paroles (je vous invite à faire de même en cliquant juste ici), on découvre un homme mûr, qui en a vu d’autres, mais que le monde n’a pas réussi à pervertir. Kinokewin est heureux de chanter pour toi, pour « nous », il aime encore et toujours et veut le faire savoir.
Sur Ki Sakihitin, probablement sa meilleure chanson, Kris Kinokewin sort un harmonica accroché à son cou, à la troubadour, à la Bob Dylan. Ça tombe bien, le morceau recèle des airs de Dylan, et ça tombe encore mieux, Dylan est justement l’un de ses héros. Comme son idole dans Bringing It All Back Home, Kris Kinokewin trouve une belle balance entre le rock et le folk.
Je l’avais déjà écrit il y a deux ans pour Sakay Ottawa (d’ailleurs, c’est le prochain « ex » qui viendra refouler la scène du Lion d’Or, ce soir), mais je pense sincèrement que Les Francouvertes devraient trouver un meilleur moyen pour que l’on comprenne les paroles d’artistes autochtones. Oui, les textes traduits sont disponibles sur Internet, mais ce n’est pas bien vu de suivre la performance d’un musicien sur scène armé de son téléphone. À la limite, juste pour les artistes autochtones, l’organisation pourrait distribuer des pamphlets avec les textes en atikamekw, puis traduits en français. Ou mettre une petite télé aux pieds de l’artiste avec les paroles chantées en temps réel. Il me semble que ça rehausserait l’expérience.
Et pourtant : avec Kris Kinokewin, même si nous ne comprenions pas (malheureusement) la majorité des textes qu’il nous chantait, on le « comprenait » tout de même. C’est ça qui est bien avec le folk : pas obligé d’assimiler à 100% ce que l’on nous dit. Quand ça vient du cœur, ça te touche, forcément.
Mon Doux Saigneur
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Émerik St-Cyr Labbé faisait cavalier seul pour ouvrir cette soirée : l’artiste derrière Mon Doux Saigneur a débuté avec Si j’ai les yeux rouges, suivi de Flou. Entre deux chansons, il rappelle le drame qui lui était arrivé il y a 10 ans, entre les demi-finales et la finale des Francouvertes lorsqu’il y avait participé. Son père s’était enlevé la vie au printemps 2016. Évidemment, c’est la voix pleine d’émotion qu’il prononce ces phrases. Le temps a arrangé les choses, mais le temps ne fait pas des miracles, il ne panse à 100% des blessures aussi profondes. On ne le répètera jamais assez, si des idées noires vous passent par la tête, vous pouvez composer ce numéro : +1 866-277-3553.
Mon Doux Saigneur termine son petit set avec Respire, de son dernier album, Du soleil dans l’œil, excellent virage que la troupe a effectué vers le R&B.
Verdict
Il reste deux soirées des préliminaires des Francouvertes, d’abord aujourd’hui, puis demain, avant que l’on ne connaisse officiellement l’identité des neuf projets qui tenteront, à la phase suivante, d’accéder à la finale. Puisque Mitaine figure dans le top 3 actuel, il est assuré, quels que soient les résultats des deux prochaines soirées, de figurer dans le top 9. Kris Kinokewin a, quant à lui, encore sa place en jeu, sauf si aucun artiste du Soir 6 n’arrive à se loger dans les six premières places du classement.
Ce soir, nous retrouverons Banc d’Parc, Noëm et Thalia Rosaura.
Palmarès après 5 soirs
- Luan Larobina (QUALIFIÉE POUR LES DEMI-FINALES)
- Mitaine (QUALIFIÉ POUR LES DEMI-FINALES)
- Spaghatt (QUALIFIÉ POUR LES DEMI-FINALES)
- Komēdza
- Chaude Chaleur
- Kris Kinokewin
- Dauphins
- Colin Léo
- Charlie Rivard
Exclusion des demi-finales : Bernadette, Kèthe Magané, MARIE NEIGES, Olivier Faubert, Roxane Reddy et TDH
- Artiste(s)
- Bernadette, Kris Kinokewin, Mitaine, Mon Doux Saigneur
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Cabaret Lion d'Or
- Catégorie(s)
- Alternatif, Americana, Art rock, Folk, Francophone, Indie Pop, Rock, Trip-hop,
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