Moulin Rouge à la salle Wilfrid-Pelletier | Loin du film, pas si loin du coeur
D’entrée de jeu, parlons tout de suite l’éléphant dans la pièce. Si vous vous attendez à voir une adaptation copiée-collée du film, sachez que cette version de Moulin Rouge! prend plusieurs libertés artistiques sur la trame sonore. Autrement dit, elle tend à s’éloigner de la version de Baz Luhrmann. Plusieurs morceaux iconiques se retrouvent ainsi tronqués au profit de mashup songs, de classiques pop revisités ou de chansons plus actuelles. Volonté de correspondre à l’époque, de ne pas payer de droits d’auteur ou juste de proposer une vision différente, plus portée sur l’humour, le choix se discute. Mais lorsqu’il est accepté, la comédie musicale finit par respecter son cahier des charges.
Le consensus musical met donc un temps à s’obtenir ; celui sur la scénographie et les décors est beaucoup plus rapide. Avant même de commencer, le spectacle met de l’avant une structure en forme de cœur, avec un effet trompe-l’œil qui lui donne un relief hypnotisant. La couleur rouge dominante – bien sûr – offre un savant mélange entre mystère, érotisme et un je-ne-sais-quoi de mélancolique. Sans divulgâcher, il est presque de nature publique que la fin de l’histoire est plus amère que douce. De ce fait, l’ambiance est instaurée avec une pertinence bien travaillée.
Puis, l’introduction reconnaissable entre mille de Lady Marmelade s’élève. Le public est prêt et déjà conquis. Les quatre interprètes magnifiquement diversifié·es prennent possession de l’espace, mélangeant charisme et côté baveux-sexy. Parfait pour compenser une attaque vocale un peu fragile, voire fausse, de la chanson ; un type de faiblesse que l’on retrouvera d’ailleurs sporadiquement.
Rapidement, d’autres morceaux sont ajoutés. Comme mentionné, ce schéma est à la base de toutes les interventions chantées ou presque. Il entraîne souvent des réactions marquées de la part de l’audience, car les clins d’œil aux actions en cours sont en effet très bien trouvés. Cela dit, il a aussi tendance à détourner l’attention du propos. Il n’est pas rare d’entendre des rires ponctuer des passages un peu plus sérieux, juste parce que la référence musicale s’entoure d’un ressort comique inattendu.
Le premier tableau s’étire en longueurs, mais a le mérite de présenter l’ensemble des interprètes, leur caractère et les danses modernes joliment teintées de burlesque. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques principales de la pièce : Show Must Go On quelle que soit la narration!
Arrive enfin Satine. La comédienne Gabriella Carrillo possède plusieurs cordes très solides à son arc. On remarque rapidement sa polyvalence vocale qui lui permet d’être confortable aussi bien dans un style falsetto, qu’un style lyrique, avec des graves très appuyés et des aigus très cristallins. On apprécie aussi sa palette de jeu qui laisse une belle place à la comédie, notamment son sens du tempo, qui n’est pas si souvent appuyé pour les personnages principaux féminins. En revanche, la danse ne fait pas partie de ses points forts. C’est sans doute la raison pour laquelle on ne la reverra pas en mouvement après son numéro d’entrée… Quant à Luke Monday, il est très crédible dans le rôle de Christian. Il coche toutes les cases du parfait romantique, et déploie à plusieurs reprises de belles prouesses vocales. Il démontre également une fragilité dans son interprétation lors de moments cruciaux, ce qui a pour mérite de « casser » le plafond de verre artistique et de nous le faire paraître plus humain qu’interprète sans aspérité.
Les numéros de groupe, finalement peu nombreux, permettent aux chansons plus douces d’être délivrées en entier, ce qui donne plusieurs moments très réussis, à l’image de Your Song et des interventions de Toulouse-Lautrec (Alex Nicholson). Contrairement à beaucoup d’autres comédies musicales, aucun problème de rythme inégal dans et entre les parties n’est à déclarer.
Et le tableau de Roxane, si attendu? Il ne souffre pas des mêmes coupures que d’autres passages, brille par sa chorégraphie et par la chimie indéniable entre Santiago (Dany Burgos) et Nini (Kaitlin Mesh), instaurée quelques scènes plus tôt. Les interventions de ce couple volcanique sont, sans contredit, l’un des points forts du spectacle. L’autre étoile du match est décernée à Harold Zidler (Robert Petkoff) et à son Chandelier, autre numéro de groupe enlevant et rodé au quart de tour.
Ce n’est pas pour rien si Moulin Rouge – The Musical a été récompensé et salué par la critique. Il peut nous laisser sur notre faim si nous avons un grand attachement au film. Mais si l’on choisit d’embarquer dans cette proposition qui respecte l’histoire, verse dans le flamboyant à outrance et manie l’élégance nasty avec brio, on saura passer outre nos souvenirs musicaux et les quelques couacs de justesse.
- Artiste(s)
- Moulin Rouge The Musical
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Broadway, Comédie Musicale,
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