Querelle de Roberval | Entre désir, lutte sociale et violence
Présentée à Duceppe du 30 mai au 2 juin dans le cadre du Festival TransAmériques, Querelle de Roberval, adaptation du roman de Kev Lambert, mise en scène par Olivier Arteau, plonge le public dans une scierie du Lac-Saint-Jean en pleine grève. D’une durée de 2h30 avec entracte, la pièce rassemble désirs homosexuels, luttes ouvrières et critique sociale dans une proposition théâtrale ambitieuse et parfois étouffante.
Au cœur du récit se trouve Querelle, interprété par Philippe Thibault-Denis, figure à la fois désirée, admirée et rejetée. Sa présence agit comme un révélateur des tensions qui traversent cette communauté marquée par la précarité, la colère et les rapports de force. La narration est portée par Jézabel, incarnée par Ariel Charest, personnage lucide et souvent drôle, qui observe l’escalade des conflits et tente de comprendre comment l’injustice, le ressentiment et l’impuissance peuvent mener à la violence.
Dès les premières minutes, la scénographie d’Amélie Trépanier impose un univers fort. Un vaste écran de projection domine l’espace tandis qu’un imposant camion et une cabane occupent le fond de la scène. À l’intérieur du camion, l’organiste Carl Matthieu Neher accompagne l’action. Les projections vidéo, les éclairages aux teintes vives et la transformation de l’espace créent un monde oscillant entre réalisme et fantasme.
La mise en scène se distingue surtout par son travail sonore. Bruitages réalisés en direct et musique d’orgue composent une trame sonore riche. Tantôt inconfortables, tantôt évocateurs, ces procédés contribuent à l’expérience du spectacle.
Les corps occupent également une place centrale. Chorégraphiés ou exposés au regard des autres, les corps deviennent les vecteurs du désir, de la violence et de la domination, incarnant les tensions qui traversent la communauté. Cette dimension physique s’inscrit dans une réflexion plus large sur la virilité, l’homosexualité et les rapports de pouvoir qui structurent l’univers de la pièce.
La pièce aborde une multitude d’enjeux, du conflit entre grévistes et patronat à l’identité queer et aux réalités autochtones, en passant par l’exploitation du territoire et l’opposition entre régions et grands centres urbains.
Cette abondance thématique constitue toutefois la principale limite du spectacle. Le désir et la sexualité, traités de façon volontairement crue et provocatrice, occupent une place telle qu’ils finissent par éclipser la lutte ouvrière. Le lien entre combat social et désir masculin peine alors à convaincre pleinement. Après une première partie énergique, le rythme ralentit et certaines longueurs diminuent la tension du drame qui se profile.
Malgré ces réserves, Querelle de Roberval demeure une proposition théâtrale audacieuse qui impressionne par l’ampleur de ses moyens scéniques. Sans toujours parvenir à unir l’ensemble de ses ambitions, le spectacle offre une réflexion dense sur le désir, la violence et les fractures qui traversent la société contemporaine.
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