Francos de Montréal – Jour 2 | Zélie nous charme, Piche nous déçoit, et kinji00 nous amuse
13 juin, jour 2 des Francos de Montréal qui donnaient leur coup d’envoi vendredi avec Kassav’. Alors que c’était au tour de la géniale Ariane Roy de se payer une performance à la Place des Festivals, la première, mais certainement pas la dernière fois que ça arrivait, on est allé se balader à travers les différentes scènes du site toute la soirée.
Grand Eugène – Pop de velours
Il est 18h. Les festivaliers sont assis sous le ciel gris, ils attendent, probablement pour la plupart, leur premier spectacle de la journée. La formation Grand Eugène, avant tout un duo, mais sur scène un quintette, gagne la scène et interprète d’emblée Marcher, tirée de leur album Deux places au cimetière célébré ce soir.
La voix chuchotée de Melyssa Lemieux nous fait planer, comme les guitares très jangly de Jeremy Lachance, tête créatrice derrière Grand Eugène. Le groupe poursuit avec Celle-là, et se laisse bien plus aller que sur album : endisquée, la production est tendre, et au niveau de l’intensité, on est entre un Men I Trust et un Mac DeMarco. Devant public, Grand Engène n’hésite pas à laisser parler le groove et appuyer bien davantage la batterie. Ça en devient meilleur, à mon sens.
Melyssa Lemieux annonce que le groupe a été sur pause pendant un an parce qu’elle a eu un bébé (il est là dans la foule, d’ailleurs!), mais qu’ils sont très contents de retrouver la scène, avant d’enchaîner sur What It Feels Like. Grand Eugène interprète également Hier – une chanson composée après « une brosse à Lyon », de leur propre aveu –, ainsi que Loin, un morceau écrit avec le musicien français Miel de Montagne.
Ça ne se prend pas la tête, c’est douillet, et ça reflète bien la légèreté de la saison.
C’est l’été, bon Dieu, enfin!
On part avant la fin pour aller chercher l’accréditation pour Zélie, mais on se reverra, Grand Eugène.
Zélie – La découverte
Bien que j’essaie, en bon Européen, de suivre la scène musicale de l’autre côté de l’Atlantique attentivement, j’avoue que la jeune Zélie était passée sous mon radar.
La Lilloise de 24 ans gagne la scène devant une scénographie sobre (une bouche ensanglantée rappelant l’affiche du Rocky Horror Picture Show, mais renvoyant en fait directement à la pochette de son dernier album) et lance le bal avec IL L’A DIT. Influence d’Angèle effectivement reconnaissable (Zélie a même avoué que Brol, en 2018, était une révélation), mais la Française ne se cantonne pas qu’à ça : à son électropop, elle y ajoute des touches de soft rock (CHANSON DE RUPTURE), de soul (je suis une femme) et même des pointes de rap (ptn de bpm).
Je regrette constamment de voir des artistes pop proposer un son terriblement standardisé, et finalement, inintéressant : mais Zélie, elle, possède une excellente palette, et se démarque dans son propre univers tout en proposant des compositions accessibles. Au niveau de la voix, elle est capable dans une même chanson de faire aller son sens des mélodies plus calme, puis de se laisser aller dans des envolées plus flamboyantes.
Et puis, Zélie arrive à Montréal avec un message qui mérite d’être entendu : mal dans son corps une bonne partie de sa vie, en éternel besoin de validation, l’artiste française a récemment décidé de suivre la voie de l’émotion et de s’écouter, plutôt que d’écouter les opinions des autres. Voilà pourquoi son deuxième et plus récent album s’appelle Le cœur et sa dictature : il est souvent instable, le cœur, mais vaut mieux le suivre lui que sa tête.
Même en ayant vécu une agression sexuelle à l’âge de 13 ans (elle en parle dans la chanson Ce corps, en fin de set), et vivant encore aujourd’hui de constantes micro-agressions sexistes, Zélie ne tombe pas dans le piège du spleen infini et elle lui préfère un message positif. C’est le meilleur modèle qu’il peut y avoir.
Elle quitte Montréal avec JE NE SERAI JAMAIS, brandissant… le drapeau du Canada devant une foule, pour l’occasion, pas très ravie. Surtout aux Francos, on lui préfère nettement le fleurdelisé! Quelques secondes après avoir terminé la chanson, elle gagne la scène pour s’excuser d’avoir pris « le mauvais drapeau », et que ça n’arrivera pas la prochaine fois.
Faute avouée, vite pardonnée (pas juste à moitié).
On la reverra rapidement.
Piche – Moyen…
Sur la scène Desjardins (derrière la scène principale, au croisement de l’avenue du Président-Kennedy et de la rue de Bleury) se produisait la drag queen Piche. L’auditeur moyen aurait pu s’attendre à du cabaret, mais « non, ici, on fait du rap! » dit-elle.
« On va infiltrer toutes les putains de strates de cette société. Et on va le faire avec des perruques, mortecouille », poursuit celle qui a été révélée lors de la deuxième saison de Drag Race France, en 2023. D’origine algérienne et gitane, son alias, Piche, signifie littéralement « phallus » en gitan.
Débutant son spectacle avec Festin, tirée de son album du même nom, Piche propose un rap à infusion R&B pas très fin, qui finit rapidement par tourner en rond. La rappeuse, au moins, chante réellement ses chansons, alors qu’une bonne partie des drag queens ne font que du play-back. C’est à souligner, je suppose, mais si c’est ça le standard…
Piche annonce une chanson qui s’appelle Respire, ce qui provoque des rires dans le public, puisqu’elle n’arrête pas de tousser à profusion depuis le début du spectacle, elle qui a attrapé un mauvais rhume et a parfois du mal à reprendre son souffle à cause de celui-ci.
« Si ma voix est cassée, mon cul, lui, n’arrêtera jamais de twerker. »
À partir de Carré, Piche lorgne vers des chansons aux beats terriblement répétitifs, rappelant GIMS et son unique production qu’il n’arrive pas à lâcher depuis des mois. Celle-là.
Ça me pousse à me diriger vers la Place des Festivals plut tôt, quittant avant la fin.
Pas très intéressant, tout ça…
Ariane Roy débutera son spectaculaire spectacle à 21h. Mais ça, c’est mon collègue Arthur Chénier qui vous en parlera!
kinji00 – Le chaos rassembleur
kinji00, comment dire…
À la première lecture, c’est probablement le pire spectacle auquel j’ai assisté depuis belles lurettes. C’est terriblement amateur, ça hurle de partout sans proposer de flow un minimum intéressant, et les MC derrière les micros ne sont pas coordonnés pour un sou.
Bref, c’est approximatif, et extrêmement désagréable à l’oreille.
Mais kinji00, ça se prend au deuxième, troisième, dixième degré. Et en lâchant l’idée qu’on va assister à un spectacle de rap bien rôdé, en ne se disant pas qu’on tient là la relève la plus talentueuse du rap québécois, ça devient profondément amusant.
Entendre « shake that shit pour René Lévesque » en boucle sur un refrain, c’est abrutissant, mais c’est à la fois fédérateur : c’est comme lorsque le Québec en entier vibrait devant les débuts de la deuxième mouture d’Occupation Double, quand l’émission se faisait relancer avec Jay du Temple. Est-ce que c’est de la culture qui élève les esprits? Non. Est-ce qu’on passe un mauvais moment pour autant? Non plus!
kinji00 partage la scène avec des invités sur pratiquement chaque chanson (sans parler de la trentaine de jeunes qui ne servent pas à grand-chose au côté du DJ, mais qui sont quand même là), notamment Maire de Laval, mais surtout… Manon Massé. Oui oui, de Québec Solidaire!
À 63 ans, les cheveux blancs comme neige, elle se retrouve, casquette à l’envers, à sautiller sur scène entourée de membres de la « Gen Z » sur le morceau FADED À MON SHOW, qui la mettait déjà de l’avant dans son vidéoclip. kinji00 et ses acolytes lancent des billets dans la foule, avec, on s’en doute, le visage de Massé imprimé dessus.
« Parlez-vous, mobilisez vous. Joignez les OUI Québec », crie Manon Massé après le morceau. « Allez-vous être en avant de la marche? On va l’avoir, notre pays, si vous êtes en avant de la marche », poursuit-elle, vantant la fibre indépendantiste de cette nouvelle génération.
Si kinji00, ce n’est pas de la musique de grande qualité, c’est le message qui prime avant tout : « Québec sur le cœur, on s’en câlice d’où t’es né. »
kinji00 écoute autant Jeune Loup que Jean Leloup, sa révolution n’est pas tranquille et sa fleur préférée, c’est la fleur de lys (la chanson qui clôturera son set, et par la même occasion, notre journée).
Photos en vrac
Zélie
kinji00
Piche
Grand Eugène
- Artiste(s)
- Grand Eugène, Kinji00, Piche, Zélie
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le Parterre du Quartier des spectacles, Place des Festivals
- Catégorie(s)
- Alternatif, Electropop, Francophone, Indie Pop, Indie Rock, Pop, Québécois, R&B, Rap/Hip-hop,
Événements à venir
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vendredi
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