Compagnie Virginie Brunelle : Sans quoi nous crèverons à la Cinquième Salle | L’art d’encaisser la chute
Triomphe sans équivoque à la Cinquième Salle pour les cinq danseurs acrobates qui font tournoyer nos têtes, et renverser nos cœurs sensibles, par leur danse à bout de force. Une performance sublimée par des musiques d’intensité, du triste amer classique à l’électro groove, dans un décor sobre auquel pendent toutefois d’inexplicables longs colliers dorés aux tailles dépareillées.
Avec ce titre fortement lyrique et poétique, on pouvait s’attendre à des chorégraphies évoquant l’extinction, la survie. Le fil fragilissime entre existence et trépas. Mais la démarche de la chorégraphe Virginie Brunelle a surpassé ces dimensions par l’infiltration de mouvements sensuels et libérateurs. La première scène laisse place à un solo répétitif d’une chute en solitaire. Une danseuse piégée dans une gestuelle la laissant malgré elle effondrée sur scène. Et rebelote, jusqu’à la venue d’un être accourant pour la retenir de tomber, encore et encore. Émotion immédiate de ce geste salvateur qui résonne dans chaque vie humaine, lorsque le malheur survient sans crier gare. Une autre danseuse s’approche et reproduit cette danse vers le bas, reproduisant avec sa compagne de légers tremblements de tête à peine visibles. Signe de la détresse, de l’emballement de la raison face à l’émotion de la perte ? L’effet est total. Graduellement, chacun des artistes adoptent l’étrange oscillation du crâne.
Le rythme accélère visiblement, les corps se balancent de l’un à l’autre. Le tournis se démultiplie, en duo, et s’intensifie en groupe. La vue de cette course folle du vertige de la hauteur, du saut dans les bras de l’autre, contre sa poitrine par une pulsion de réconfort, estomaque presque et creuse en soi une gamme de sensations et de soupirs. Jusqu’où ira cette course aux gestes parfaitement calibrés de laquelle émane l’attraction et la descente au sol ? L’une des chorégraphies atteint un point culminant lorsqu’une danseuse grimpe sur le dos de son acolyte, ce dernier à quatre pattes, avançant lentement, support du poids d’un être inamovible, les yeux perdus dans le vide du lointain.
Plus la danse évolue, plus l’attitude des artistes se transforment. Elles et ils ralentissent le jeu de la chute, marchant sur scène, se mirant comme si la tempête venait de passer. La résistance a eu raison sur la chute et personne n’y a succombé. La musique change, laissant derrière la nostalgie du lyrisme pour une transe dynamique. Les performeurs sont soudainement animés par une force de vivre, de danser pour oublier le passé douloureux, et s’en donner à cœur joie ! Mais l’intensité est toujours là, et on est sidérés de voir ces danseurs bougeant de façon déchaînée, parfois même en mode dance hall, le fessier secoué. Les bras partent et valsent dans toutes les directions. On entend les onomatopées de chacune et chacun, leur souffle par des « OUF ! » et des « OH ! » tout au long de la fréquence effrénée de clôture. Une heure d’explorations de l’extrême, exécutées avec finesse au détail près, dont l’on sort plus vivant que jamais.
- Artiste(s)
- Compagnie Virginie Brunelle
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Cinquième Salle
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,



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