crédit photo: Gabriel Fournier
Hermanos Gutiérrez

Hermanos Gutiérrez en concert avec l’OSM | Grandeur épique

Il y a des rencontres qui nous semblent parfois évidentes : le beurre d’arachide et la confiture sur une tranche de pain; De Niro et Scorsese; les dimanches matins et les brunchs; la clope et le café. Dans cette catégorie, nous retrouvons également le duo équatoriano‑suisse Hermanos Gutiérrez et l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui se produisaient ensemble mercredi soir à la Maison symphonique pour la première de trois représentations en deux jours. La rencontre des deux entités musicales distinctes, mais complémentaires a donné lieu à mélange si grandiose qu’on se demande pourquoi la collaboration n’avait pas eu lieu plus tôt!

Le concert ne commence pas exactement à l’heure, des gens dans le public osent parler pendant les chansons et nous apercevons un stand de merch à l’entrée : pas de doute, c’est un spectacle de la série OSM Pop!

Porté par une volonté de rendre le classique plus accessible (et certainement de rafraîchir sa clientèle également), l’Orchestre symphonique de Montréal a tenté de faire des ponts entre différents genres de musique populaire et son institution au cours des dernières années : nous avions notamment assisté à IAM symphonique en 2023, Voïvod symphonique l’année dernière ou encore François Pérusse symphonique il y a tout juste quelques mois.

Et on ne s’est pas totalement fait convaincre : l’OSM est excellent, tout le monde le sait. Les autres projets musicaux à qui l’Orchestre s’est associé sont tout aussi excellents, chacun dans leur domaine. Mais il ne suffit pas que les deux institutions qui se rencontrent soient chacune des références pour que la rencontre soit évidente et plaisante. L’un enterre l’autre dans la balance sonore, le show n’est pas assez rôdé, la musique ne s’accorde pas particulièrement bien à un orchestre symphonique… Plusieurs raisons semblent avoir freiné l’OSM de proposer un immense spectacle dans sa série Pop ces dernières années. Jusqu’à ce soir.

osm x hermanos gutiérrez médias©gabriel fournier 1* Photo par Gabriel Fournier.

Transporter sans dire un mot

Après avoir pris place sur les chaises à l’avant de la scène, les Hermanos Gutiérrez s’effacent derrière une longue introduction instrumentale de la part de l’OSM qui semble être tout droit sortie d’une excellente bande son d’Ennio Morricone. Bien sûr, les cuivres se démarquent sur ce genre de partition : on rajoute une petite ligne vocale, et c’est bon, tu as ton Ecstasy of Gold! On espère une soirée dédiée au western spaghetti programmée prochainement, car l’Orchestre en a sûrement surpris plus d’un dans ce registre.

Après plusieurs minutes, Alejandro et Estevan Gutiérrez s’immiscent calmement dans la partition avec El camino de mi alma, tiré de l’album du même nom, suivi de Lágrimas Negras et d’El Fantasma, provenant de leur plus récent projet.

Comme du côté de Godspeed You! Black Emperor, la musique des Hermanos Gutiérrez, bien qu’instrumentale, nous raconte beaucoup : Estevan et Alejandro évoquent la nature de contrées lointaines, des déserts aussi arides qu’intrigants et des légendes sud-américaines. Et ce, sans prononcer un seul mot. La musique parle plus fort. À deux, les Hermanos Gutiérrez ont déjà ce don : rajoutez un orchestre symphonique à l’équation, magnifiant la grandeur épique de leurs compositions, et vous vous retrouvez avec un spectacle exceptionnel, émouvant et captivant.

osm x hermanos gutiérrez médias©gabriel fournier 6* Photo par Gabriel Fournier.

Estevan, le Malcolm de la fratrie, excelle à la guitare rythmique, insufflant à son instrument une percussion époustouflante que j’ai peu entendue ailleurs, alors qu’Alejandro, comme Angus, se charge des solos, au lap steel le plus souvent. On les sent en transe, vibrant sur la même corde, échangeant regards et sourires contenus comme deux frères qui s’aiment vraiment : ils sont bien plus charmants ensemble que les Gallagher! En restant très calmes, les Gutiérrez dégagent un charisme fou : pas obligé d’être surexcité sur scène pour être fascinant. Parfois, la retenue prime sur une expressivité mal placée.

Durant les 80 minutes qui totalisent le spectacle, les Hermanos Gutiérrez piochent autant dans leur plus récent album, Sonido Cósmico, que dans des disques comme Hijos del Sol, El Bueno y el Malo ou Hoy Como Ayer : c’est simple, toute leur discographie y passe. Depuis 2017, les Hermanos Gutiérrez développent un son qui leur est propre, sans pour autant se répéter sur chaque album : en 2022, le duo a même attiré l’attention de Dan Auerbach (The Black Keys), qui a produit leur deux derniers projets, confirmant leur talent et tout leur potentiel. Car même avec une demi-douzaine d’albums en poche, on ne doute pas que les Hermanos Gutiérrez ont encore beaucoup à nous raconter à travers leurs guitares : leur prochain passage en ville ne devrait pas trop tarder, on n’en doute pas.

osm x hermanos gutiérrez médias©gabriel fournier 3* Photo par Gabriel Fournier.

Les deux frères terminent leur prestation éclatante avec Esperanza et El Desierto, avant de laisser l’orchestre terminer tranquillement la soirée avec une jolie outro.

Il reste quelques billets pour leurs performances de ce soir juste ici. On vous conseille de ne pas manquer ça.

osm x hermanos gutiérrez médias©gabriel fournier 5* Photo par Gabriel Fournier.

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