crédit photo: Marie-Claire Denis
WILLOW

Festival international de Jazz de Montréal 2026 – Jour 6 | Willow à la scène TD : Un chantier à ciel ouvert

C’est sous un ciel doux que Willow a foulé la scène TD du Festival International de Jazz de Montréal le 30 juin dernier, au lendemain d’un passage remarqué à Ottawa. Devant une foule généreuse mêlant fans de la première heure et curieux venus découvrir l’artiste jazz qu’elle est devenue, la musicienne, fille des acteurs Will Smith et Jada Pinkett Smith, qui s’est peu à peu émancipée de son image familiale pour s’imposer comme une artiste respectée dans les milieux du jazz expérimental, a offert un spectacle à l’image de son dernier album Petal Rock Black : ambitieux et en constante reconstruction.

Le disque se construit comme un cycle de métamorphose, ouvert par une invocation du légendaire George Clinton et refermé par un écho de cette même phrase chantée par Willow elle-même, une figure de cocon qui traverse tout l’album. C’est peut-être ça, le vrai chantier de la soirée : non pas une pierre qu’on taille de l’extérieur, mais une transformation intérieure que l’artiste tente de rendre publique, avec les hésitations que cela suppose.

« Montreal, you look beautiful »

Le ton est donné dès les premiers mots adressés à la foule : « Montreal, you look beautiful. » On aurait apprécié quelques mots en français aussi, mais ça restera un des seuls reproches formulables envers une artiste par ailleurs très généreuse avec son public. Les quatre premières chansons, ouvrant sur la pièce titre Petal Rock Black, suivie de Vegetation, Hear Me Out et un segment plus improvisé, ont imposé d’entrée un rythme entraînant et une formation redoutablement solide. On sentait déjà que la soirée avait quelque chose à prouver.

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Une matière première solide

Willow alterne entre la guitare et le micro seul, jouant le plus souvent tout en douceur, sans plectre, ponctuant certains titres de riffs bien sentis. Sa gestion vocale impressionne : la voix reste solide, variée, capable de passer d’un souffle contenu à un éclat plus puissant sans perdre en justesse. Autour d’elle, une section rythmique aguerrie porte le spectacle, avec un bassiste particulièrement inspiré et une batteuse énergique qui gagne plusieurs fois la foule à elle seule, pendant qu’un clavier discret complète l’ensemble.

Le chantier s’essouffle

Passé cet élan, le spectacle change de texture. Les chansons suivantes, tirées en bonne partie de Petal Rock Black (Play, Not a Fantasy, Nothing and Everything, Sitting Silently), souffrent de la comparaison avec leurs versions studio. Les morceaux sont courts, les ambiances n’ont pas le temps de s’installer, et malgré des mélodies intéressantes, l’ensemble a du mal à décoller. Les jams où les trois musiciens se laissent aller, pendant que Willow les observe, viennent parfois masquer ces flottements plutôt que les résoudre : les incursions plus exploratoires, avec de longues plages instrumentales et des ruptures de rythme, n’apportent rien de bien neuf, et le clavier verse par moments dans un son d’inspiration progressive un peu convenu. On sent alors la foule perdre un peu d’intérêt, en particulier chez les admirateurs de la première heure, qui semblent chercher sans toujours trouver leur compte dans cette proposition plus expérimentale. Jusque-là, à l’oreille, aucune trace nette de l’album Empathogen (2024). Cela constituera probablement la déception la plus nette de la soirée pour certains fans qui ont découvert, avec cet album, la musicienne jazz qu’elle est devenue.

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Un aperçu de la suite

L’enthousiasme revient dans les quatre dernières chansons. La musicienne présente deux titres de son prochain album à paraître, The Thread : She’s My Religion et Talk on the Hill. La première est interrompue par un incident survenu dans la foule. Willow gère le moment avec une aisance remarquable, s’adressant directement au public (« I love you, the joy of my life to be here with you ») avant de reprendre la chanson là où elle l’avait laissée, sans perdre sa maîtrise vocale. Les deux nouveaux titres, encore inédits, sont prometteurs et donnent un aperçu intrigant de la suite. Elle plaisante avec la foule avant d’entamer Talk on the Hill, confirmant une aisance scénique et un contact avec le public qui ne se dément jamais, même dans les moments les plus délicats du spectacle.

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Refermer le cocon

La soirée se referme sur Ear to the Cocoon, portée par une intonation magnifique qui évoque, par moments, les grandes interprètes soul. Une voix encore en apprentissage, mais qui gagne clairement en maîtrise, avec des harmonies vocales soignées qui s’étagent avec beaucoup de soin. En rappel, Willow improvise, ou du moins donne cette impression, en interprétant a cappella Wait a Minute!, tiré de l’album Ardipithecus, entourée des fans de la première heure visiblement ravis. Le contraste est saisissant : après un concert porté par une formation complète et une sonorisation élaborée, ce moment presque nu, seulement la voix de l’artiste et celle du public, referme la soirée sur une note d’une grande simplicité.

Un chantier à ciel ouvert

Willow a beau avoir troqué son image de vedette pop pour celle d’une musicienne exigeante, entourée de figures aussi respectées que St. Vincent, Kamasi Washington ou George Clinton, la maîtrise scénique de cette nouvelle identité n’est pas encore tout à fait acquise. Le concert du 30 juin l’a montré sous deux angles à la fois : une artiste capable d’une présence et d’une aisance vocale peu communes, et un spectacle qui perd parfois en substance ce qu’il gagne en ambition. Comme le cocon qui referme l’album dont elle est encore en train de sortir, Willow avance par blocs inégaux, certains moments déjà pleinement assumés, d’autres encore en germination. C’est peut-être exactement ce que promet une artiste qui refuse de refaire deux fois le même disque : un chantier intérieur en cours, fascinant à observer, mais pas encore achevé.

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