crédit photo: Pierre Langlois
Nicholas Payton

Festival international de Jazz de Montréal 2026 – Jour 5| Rame, charme et triomphe !

Une autre belle journée au FIJM, où plusieurs artistes ont tenté de tirer leur épingle du jeu. Notre photographe, Pierre Langlois, y était. Retour sur cette soirée.

Keyon Harrold

Début de parcours au spectacle de Keyon Harrold. L’artiste, qui mêle avec aisance le jazz, le gospel, la soul et le R&B, a reçu un accueil plutôt mitigé. Habitué à établir un fort lien avec son public, il n’a pas réussi à créer cette connexion cette fois-ci. Il a pourtant eu recours à sa formule habituelle, s’adressant directement aux spectateurs et les invitant à chanter ou à taper des mains, mais sans grand succès.

C’est dommage pour cet artiste, qui n’hésite pas à intégrer les musiques actuelles à son univers. Sa musique puise autant dans le hip-hop, le néo-soul et le R&B contemporain tout en conservant un langage harmonique issu du jazz, créant un équilibre original entre tradition et modernité.

Je dois dire que c’était la première fois que je le voyais se produire sur une aussi grande scène extérieure. Ce type d’environnement ne semble tout simplement pas être celui qui met le mieux en valeur son approche, plus intime et fondée sur l’échange avec le public.

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Elena Pinderhughes

Deuxième arrêt au concert de la flûtiste Elena Pinderhughes, que l’on avait déjà remarquée lors de la série Invitation de Christian Scott aTunde Adjuah en 2016. Comme à l’époque, sa capacité d’improvisation et son jeu fluide, où chaque note reste parfaitement articulée, est impressionnante et ce qui l’est encore plus, c’est que tout semble se faire sans effort.

Elle nous offre des moments méditatifs magiques, des solos qui montent progressivement en intensité et des changements de dynamique très marqués qui maintiennent notre attention constante. Contrairement au concert précédent, la connexion se crée entre les spectateurs et la musicienne, qui dégage une sincérité irrésistible.

Tout cela se conclut par une chaleureuse ovation. J’ai comme l’impression que nous allons la revoir.

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Nicholas Payton & Butcher Brown présentent A Supreme Blue

Miles Davis et John Coltrane ont été revisités maintes fois, et pas toujours pour les bonnes raisons. Cela peut donc susciter des questions du genre : « Est‑ce un gimmick marketing ou une réelle tentative de rendre hommage et de revisiter des œuvres magistrales ? » Une partie de la réponse réside dans l’addition de Nicholas Payton, à la fois gardien de la tradition et musicien déterminé à la remettre en question. Là où plusieurs artistes de sa génération se sont spécialisés dans le jazz traditionnel, Payton a préféré suivre un parcours beaucoup plus personnel, mêlant jazz, funk, soul, hip‑hop, musique électronique et R&B.

C’est donc sur scène, en compagnie de Butcher Brown, qui puise son inspiration autant dans les grands groupes de fusion des années 1970 que dans la production hip‑hop contemporaine, que la réponse nous sera donnée.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Une pulsation lourde s’installe sous les doigts de Corey Fonville, tandis que Payton entre en scène presque en catimini. L’ensemble se met à jouer et on comprend immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une reconstitution, mais bien d’une relecture. Les morceaux émergent du moment, comme une improvisation collective structurée qui, pièce après pièce, nous offre des nappes synthétiques granuleuses, des basses saturées et des riffs minimalistes enivrants.

Le public exulte : il danse, réagit fortement entre les pièces, porté par cette énergie brute.

En conclusion, A Supreme Blue a été une réussite totale. Payton et Butcher Brown nous ont servi une vision du jazz qui refuse la nostalgie et revendique la transformation. Une œuvre qui honore Miles et Coltrane non pas en les imitant, mais en poursuivant leur geste : faire du jazz une musique en mouvement, ouverte, vivante.

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