The Alchemist

Festival international de Jazz de Montréal 2026 – Jour 6 | Un grand chelem signé The Alchemist

Depuis trois décennies, Allan Daniel Maman s’inscrit dans le paysage du rap américain en tant que pilier sonore. Ayant traversé plusieurs époques et produit pour des légendes du hip-hop, il a une fois de plus démontré l’étendue de son talent et de sa discographie, mardi soir au Club Soda, à l’occasion d’un DJ set présenté dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal.

Vers 21h, The Alchemist s’installe à l’arrière de sa table de DJ et commence sa performance sous un tonnerre d’applaudissements. C’est tout de même impressionnant de voir une salle comble pour un simple DJ set, sans le moindre artiste présent pour rapper sur les productions. En 2022, Allan était venu au MTELUS en compagnie de Boldy James, Action Bronson et Earl Sweatshirt, recréant une complicité entre DJ et rappeur que nous ne retrouvions pas ce soir. À quoi bon s’attarder à l’absence de ses collaborateurs lorsque la sélection musicale de The Alchemist était, à elle seule, parfaitement orchestrée!

Sur le site Genius qui répertorie les paroles et les informations de chaque pièce dans le monde, on ne dénombre pas moins de 2486 morceaux produits par The Alchemist, ce qui est énorme. On s’entend qu’il n’a pas joué l’ensemble de ses pièces, mais l’échantillon de la soirée était assez grand pour faire le tour de sa discographie afin de plaire à ses différentes bases de fans. En début de soirée, il se tourna vers un mix de ses premiers albums, avec notamment des morceaux comme Bangers et Tick Tock, issus de 1ST Infantry, ou bien What A Real Mobb Do, tiré de Rapper’s Best Friend. Plus le spectacle avance, plus il remonte dans le temps pour mixer ses plus récentes parutions, au plaisir des jeunes dans la salle.

À 48 ans, The Alchemist approche de ce qu’on pourrait appeler l’âge d’or de la vie, tout en étant déjà dans son véritable âge d’or sur le plan artistique. Sa lancée des dernières années est tout simplement incroyable. Il enchaîne les collaborations et les projets avec une constance digne d’Ichiro Suzuki, clin d’œil à son intérêt pour le baseball, qui transparaît notamment dans le titre Bo Jackson, un projet marquant réalisé avec Boldy James. Cette lancée se poursuit avec des projets comme The Great Escape (Larry June), Alfredo 2 (Freddie Gibbs) et Life Is Beautiful (Larry June et 2 Chainz), qui ont tous marqué le monde du rap depuis 2020. Il a ainsi puisé dans ces différents albums en interprétant quelques morceaux comme Ensalada, sur lequel Anderson.Paak prête sa voix, Life is Beautiful, dont les notes d’une flûte hypnotise le public, ou bien Turpentine, où l’on entend la voix grave de Boldy James.

La beauté dans la musique de The Alchemist, c’est qu’il trouve toujours le moyen d’utiliser des échantillons de style variés, que ce soit jazz, funk ou soul, avant de les remodeler à travers ses consoles et « drums pads ». Résultat : on est toujours capable de reconnaître la signature des beats de ce dernier. Il suffit d’écouter son EP Bread pour entendre toutes les facettes de celui que l’on surnomme aussi ALC. Il a d’ailleurs joué la magnifique E.Coli, ainsi que la très lente Ray Mysterio, tirée les deux, de ce EP.

Vêtu d’un chandail à l’effigie de Roy Ayers, figure emblématique du jazz et source d’inspiration évidente pour The Alchemist, le producteur nous rappelle à quel point les frontières entre le jazz et le rap demeurent liées. Cette proximité se voit très clairement dans la démarche de création qui se base sur la recherche et la fouille de disques rares.

Son passage à Montréal dans les derniers jours a pris la forme, si l’on veut, d’un pèlerinage musical, notamment aux enseignes Aux 33 Tours et 180 g, deux disquaires reconnus dans le milieu. On peut facilement imaginer que certaines trouvailles effectuées lors de ce passage aient, d’une manière ou d’une autre, participé à la création de morceaux inédits. Il a d’ailleurs joué quelques exclusivités qui semblaient, à la première écoute, excellentes.

Le retour d’Uncle Al dans la métropole a été un franc succès, autant pour son énergie sur scène que pour le set qu’il a offert. Une fois de plus, cette performance rappelle à quel point The Alchemist évolue dans une classe à part. Il fait sans doute partie des rares producteurs à avoir traversé et accompagné plusieurs générations marquantes du hip-hop, en collaborant à la fois avec des figures emblématiques des années 2000 comme Mobb Deep, Jadakiss ou Eminem, qu’avec des artistes de la scène actuelle, tels que Kendrick Lamar, Benny The Butcher, Mac Miller ou J. Cole.

YAMA//SATO en première partie

Le Montréalais avait la lourde tâche de réchauffer la foule avant l’arrivée d’ALC. Principal producteur de Skiifall, l’étoile montante du rap montréalais, YAMA\\SATO a marqué son passage par une créativité surprenante, surtout dans le choix de chansons et de transitions. Pour vous donner une idée, il a commencé son set avec Bam Bam de Sister Nancy, pour transitionner aussitôt avec Bam Bam, mais cette fois du Montréalais Mike Shabb, d’ailleurs présent sur scène tout au long de la performance de The Alchemist. Il a ensuite lancé des hits comme Good Flirts de Baby Keem, Saint Pablo de Kanye West ou bien, étonnamment, Numb Numb Juice de ScHoolboy Q. Bref, c’était le choix parfait en guise de première partie.

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