Chou à l’Esco | Lancement décalé pour musiciens singuliers
Fondé au tournant du millénaire en tant que bar jazzy, L’Esco (diminutif d’Escogriffe) est un débit de boissons, pour certains un haut lieu de perdition, doté maintenant d’une rock vocation, ayant par ailleurs doublé capacité il y a quelques années. Une salle un peu trash qui possède un caractère foncièrement chaleureux, avec sa scène d’un pied de hauteur, sa machine à boucane, son éclairage rudimentaire, sa petite terrasse, ses bières et des concerts à tous les soirs.
À notre arrivée en soirée jeudi dernier, il y régnait déjà une ambiance du tonnerre, alors qu’une bonne centaine de rockeurs et rockeuses s’y étaient rendus afin de célébrer le lancement du tout premier album (homonyme) de la formation anarco/arachno-punk Chou, qui était initialement sorti en 2022. Euh…. hein? On y reviendra plus bas.
Lors de cette soirée aux allures de fête de famille, on a aussi pu croiser une foule d’artistes, dont le bédéiste Jeik Dion (Aliss, Turbo Kid…), l’illustratrice Arielle Corbeau (les plus récents visuels d’Angine de Poitrine, dont la pochette du Vol.II), l’auteur Stéphane Larue (Le Plongeur) et Eric Brousseau, l’ex-rappeur (Gatineau, Séba et Horg) dorénavant photographe de shows (À l’Affiche Montréal), en plus de la polyvalente rockeuse Elyse Venne-Deshaies (Les Sorcières de salon, Tempête Solaire, Teke::Teke…), qui produisait la soirée via La Loba. Bref, ça débordait de beau monde.
Embarque dans mon char…
En ouverture, on eut droit à des prestations d’Ask Ophelia (que votre scribe a dû hélas manquer) et de Destruction Derby, composé de deux trippeux de chars et d’heavy rock, soit François « Machine » Mackin (aussi chanteur-bassiste de Lüger), à la batterie, et Jimmy « Charger » St-Amand, à la guitare et au micro. C’est pas mêlant, on aurait pu confondre ce duo de choc pour les gars de Fubar.
Basés à Montréal, ces expatriés du Saguenay ont fait paraitre une paire d’EP, soit Death in the Graveyard (2017) et Top Speed (2019), bien imbibés de gros rock heavy, se situant quelque part entre le son classique des années 1970 et celui plus métallique des défunts héros montréalais Priestess et Barnburner, mais en mode plus raboteux, style Gros Mené ou Band de Garage.
Et sachez que ça paraissait en s’il vous plait qu’on était le lendemain de la Fête nationale, avec les deux étendards fleurdelysés sur les amplis et le Gatorade que buvait Jimmy. D’ailleurs, afin de rester dans la thématique garagiste, ce dernier portait un drapeau damier de F1 en guise de cape de super-héros, alors que le gros tambour de François (qui arborait un beau t-shirt de Coroner) semblait avoir été décoré par un mécano. On adore.
Les gars nous ont servi une petite demi-heure de gros riffs aussi bruyants que pesants (se fendant même d’un p’tit bout de Raining Blood de Slayer, juste pour le fun), et de beats qui rentraient solidement au poste. On en aurait pris encore!
Faire Chou gras comme il se doit
Pour quiconque n’ayant pas suivi les déambulations musicales du groupe à saveur de choucroute, il faut savoir que ce lancement à retardement suit la parution de deux autres offrandes, soit un EP de reprises de groupes d’ici (Rose, mis en ligne en 2023) et un deuxième long jeu, lancé en bonne et due forme sur vinyle (Blanc, paru en 2024). C’était donc maintenant au tour du premier né de Chou de recevoir le traitement du format physique.
En plus de la jolie pochette colorée signée Jidé Simard sont inclus un feuillet incluant les paroles (avec au verso une marrante photo de Bruno, parodiant l’infâme et controversée pochette de Mayhem – les vrais sauront de quoi il est question, sinon, les internets vous aideront –), de même qu’un beau 33 tours semi-transparent bariolé de rouge sang. Bref, un bien bel objet que tous les fans du groupe doivent se procurer au plus sacrant.
Peu après 22h30, notre band chouchou, Chou, prenait d’assaut la scène pour le premier de deux sets uniques. Car ce soir-là, le Chou de 2022 ouvrait pour celui de 2026. Au programme, ledit album homonyme fut d’abord interprété dans son intégralité (mais dans le désordre) par l’alignement originel du groupe, soit les ex-Almatois fondateurs du groupe, Charles Laplante (chanteur, parfois guitariste; ex-Teen Seizure) et Bruno Bouchard (guitariste; ex-Sound Asleep), appuyés par la batteuse Gabrielle Oltra (ex-Cornette) et du bassiste original, Patrick « Patch » Chagnon, qui revenait jouer pour une dernière fois avec Chou, qu’il avait quitté l’an dernier.
C’est d’ailleurs le condimentaire Patch (dans son t-shirt au ketchup Heinz) qui monta sur scène en premier, pour jouer en boucle le riff d’Un gars dynamique, avant que Gabichou ne vint s’assoir derrière son kit pour ajouter son beat, suivi de Bruno et de Charles. Après que Bruno ait gueulé comme une damné son traditionnel « PROCHAINE TOUNE » (un classique) suivirent les énergiques et désopilantes Duo-Tang (dans laquelle le guitariste nous avertit qu’il sait « où t’habites et à quelle heure tu soupes! ») et Cages. Ensuite, c’est nul autre que Vincent Peake (le leader de Groovy Aardvark, mais a-t-il réellement besoin de présentation?) qui monta rejoindre le quatuor pour son featuring, soit l’excellente Sarpinchel et ses 65 secondes de weird punk endiablé fait de concentré.
Pas le temps de niaiser, donc on enchaîna avec l’enjouée Mort Papa, la grungesque Sonner Cute (avec un Charles couché par terre) et l’abrasive Souvenirs de secondaires en spectacle, qui généra un hyperactif mosh pit, dans lequel Charles s’est fait brasser la cage pas deux malabars se croyant dans un show de Limp Bizkit! On ralentit ensuite un tantinet le rythme avec l’espèce de ballade stoner rock qu’est Chaloupe et le parfait groove de la pièce qui ouvre l’album. Ce premier set se termina avec l’« inquiétante » Nic Melançon, le délicieux brûlot qu’est Miam Miam et l’entêtée Palmarès.
Mais encore?
Un court entracte (alias le « Korn’s Life is Peachy listening party ») plus tard, c’était reparti de plus belle pour une autre salve de punk rock alternatif en mode insolite, parfois progressif (pensez Nomeansno), débordant d’humour absurde, autant entre les pièces que pendant.
Après s’être débarbouillé (initialement maquillé façon Turnonegro), Bruno remonta sur les planches avec Gabichou et Charlot, rejoints illico par les recrues, soit le bassiste Sébastien Legault et le guitariste Vincent Joseph (la paire est aussi du nouveau groupe de Bruno, Forêt Noire). « Vous vous souvenez des deux dudes qui ont manqué de m’tuer dans le mosh pit tantôt? Ben… y sont rendus dans l’band! », de déconner le chanteur dans le micro, avant de lancer le deuxième set, principalement composé de pièces de leur deuxième album.
Après un power trio de pièces rentre-dedans (Barré du Couche-Tard, Il va avoir des morts et Pain) suivirent la toute nouvelle pièce Anexlevsky (qui se termine avec des « papapapas », évidemment!), Rien et Ça plombe. On crinqua la disto pour Du sang (mais quel son mutant, hein!), pour finir avec leur géniale reprise de Dead Obies, Tony Hawk.
Si les concerts de Chou sont toujours empreints d’une joyeuse camaraderie en mode déconnade, les paroles de leurs chansons — toujours concises, complexes et fort bien ficelées — sont tout aussi désopilantes. Et ce, bien qu’elles soient souvent mâtinées ici et là des critiques sociales à la fois inspirées, caustiques et pertinentes. Pour vrai, sérieusement niaiser, ça pourrait fort bien être leur devise, t’sais. Car live, les gars et la fille de Chou sont toujours tight, sans jamais oublier d’avoir du gros fun sale, qui ne peut qu’être contagieux. Surtout que jeudi soir, les « petits » nouveaux (AKA des gars dynamiques) étaient crinqués rare, tous deux habités d’un enthousiasme des plus dangereux. On ne pouvait demander mieux. On se voit la prochaine fois!
Photo de groupe (2026) : À l’affiche Montréal
- Artiste(s)
- Chou, Destruction Derby
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- L'Esco
- Catégorie(s)
- Alternatif, Métal, Noise, Punk, Stoner rock,
Événements à venir
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vendredi





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